Loiret : après une moisson difficile, les céréaliers se retrouvent dans "l'incertitude" pour les prochaines récoltes

Après une moisson 2020 "éreintante" avec "des chiffres qui font froid dans le dos", des céréaliers de la région Centre-Val-de-Loire s'inquiètent des prochaines récoltes, alors que la campagne de semis doit s'achever mi-septembre.
Illustration. La sécheresse et les insectes ravageurs perturbent les récoltes de colza depuis plusieurs années.
Illustration. La sécheresse et les insectes ravageurs perturbent les récoltes de colza depuis plusieurs années. © Guillaume Souvant/AFP
L'heure du bilan de la moisson est arrivée pour bon nombre d'agriculteurs, alors que la campagne de semis a débuté. Et les premiers constats sont difficiles. Notamment en ce qui concerne le colza.

"Il n'y a aucune certitude pour le moment de récolter du colza l'été prochain", avance déjà Sébastien Méry, agriculteur dans le Loiret. Premier accusé : le changement climatique. Pour la troisième année consécutive, le colza, planté entre début août et mi-septembre est souvent en butte à une terre trop sèche, faute de précipitations suffisantes.

"Parfois il y a deux graines sur dix qui lèvent", indique-t-il, après avoir semé "40 à 45 graines au mètre carré". Début juillet, Sébastien Méry avait évoqué sa "pire moisson" depuis dix ans.
   

Les insectes ravageurs s'ajoutent à la sécheresse

Que ce soit en région Centre-Val-de-Loire ou ailleurs en France, les agriculteurs se "grattent la tête" devant des cultures qui ne sortent pas d'un sol trop sec et colonisé par les ravageurs.
 
Alors que la campagne de semis s'achève à la mi-septembre, le colza, premier rempart contre les importations de soja, est mal en point.

En France, "on avait 1,6 million d'hectares il y a trois ans, on va emblaver (semer, ndlr) cette année autour d'un million d'hectares, avec un petit risque que ce soit un peu moins. Ça veut dire qu'on a perdu près de 40 % des surfaces en trois ans", déclare à l'AFP Arnaud Rousseau, président de la FOP (producteurs d'oléo-protéagineux).

"Ces deux dernières années, notre recours aux importations a eu tendance à augmenter" de quelques pour cent, indique Stéphane Radet, directeur du Snia, qui regroupe les fabricants d'aliments pour l'élevage.

Une situation pas "insoluble"

"Ce n'est pas parce qu'on a une conjonction d'années successives difficiles que c'est insoluble et que ça ne laisse plus la place pour cultiver du colza", estime cependant Afsaneh Lellahi, directrice des actions régionales et du transfert à Terres Inovia, l'institut technique des oléprotéagineux.

Parmi les préconisations adressées aux agriculteurs, se préparer à semer au plus tôt, dès début août : "en général, il y a une période de pluies début août qui permet de faire un certain nombre de semis", indique Mme Lellahi... "sauf cette année", reconnaît-elle.

Autre objectif des semis précoces : permettre aux cultures d'atteindre fin septembre un stade de développement qui les rend plus résistantes aux attaques de coléoptères friands de ces plantations.

Des ravageurs que Sébastien Méry tente de "détourner" en implantant avec les colzas des "plantes compagnes", telles que les féveroles, la lentille ou le trèfle. La lutte contre les ravageurs passe cependant toujours par la chimie, en dépit de l'interdiction des néonicotinoïdes.
   

"On verra disparaître 300 000 à 400 000 hectares"

Les cultivateurs s'inquiètent du devenir du phosmet, un insecticide dont l'approbation par les autorités européennes arrive à échéance le 31 juillet 2021, selon l'Anses (agence de sécurité sanitaire).

"On a besoin de conserver des moyens de production", déclare Arnaud Rousseau. "Que signifierait un plan protéines si, in fine, on n'est pas capable de produire ? Cela n'a pas de sens".

"Si on n'a plus ce produit, on n'a plus de rempart et on verra disparaître 300 000 à 400 000 hectares de plus. On peut se retrouver exactement dans la situation de la betterave. C'est tout à fait plausible qu'en cas d'absence d'alternative, les producteurs se détournent de la production", ajoute-t-il.

"La solution de l'autonomie protéique de la France passe par le développement d'autres cultures protéiques, qui ramèneront de la biodiversité cultivée sur nos parcelles", estime Gilles Menou, agriculteur en Eure-et-Loir. Mais pois ou féveroles sont eux aussi "assez sensibles aux périodes de sécheresse au printemps", conclut-il.
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