Cold case : 19 ans après un meurtre, un Loirétain est confondu par son ADN

Le 2 août 2001, Chantal de Chillou de Saint-Albert est retrouvée morte dans la Drôme. Mercredi 3 juin 2020, Raymond T, loirétain depuis plusieurs années, est interpellé par la gendarmerie et mis en examen, à Valence, pour "meurtre précédé, accompagné ou suivi d'un autre crime".
 

La gendarmerie a rouvert le dossier juste avant qu'il ne soit classé.
La gendarmerie a rouvert le dossier juste avant qu'il ne soit classé. © Lionel Vadam / MaxPPP

"Ce meurtre a détruit notre famille. Aujourd’hui, on va peut-être connaître la vérité et pouvoir faire notre deuil." Dix-neuf ans. dix-neuf longues années d’attentes à se demander "pourquoi ?", "qui ?". Vendredi 5 juin 2020, Richard de Chillou, le neveu de la victime, apprend la nouvelle par son avocat.

Trace d'ADN et mégot de cigarette

"Quand Maitre Fousquet m’a annoncé l’arrestation de cet homme, j’étais choqué. On ne s’y attendait pas, vous savez, 19 ans c’est une éternité. On n’y croyait plus", confesse-t-il. Une trace d’ADN retrouvée sur le t-shirt de Chantal de Chillou et sur un mégot de cigarette relevé sur le lieu du crime donnent de l’espoir à la famille de la victime. L’ADN appartient à un homme, Raymond T. qui vit aujourd’hui aux alentours de Montargis. Il est enregistré dans les fichiers de la police et connu pour une affaire de viol, mais aussi pour des faits de violence.

"Ma tante était une femme sans histoire, sans problème. Qui pouvait lui en vouloir ? Pourquoi elle ? Pourquoi là-bas ? Etait-ce une vengeance liée à son fils qui avait fait quelques bêtises ? Ma famille était-elle visée ? Etait-ce une mauvaise rencontre ? On s’est toujours posé des centaines de questions, aujourd’hui on s’autorise à espérer. On a besoin de réponses", continue Richard de Chillou.


Au mauvais endroit, au mauvais moment ?


Cette mère de famille de 55 ans, domiciliée à Allauch dans la banlieu de Marseille, se rendait dans les Hautes-Alpes pour un entretien d’embauche. Arrivée en retard à la gare, elle rate sa correspondance à Valence et est obligée d’y passer la nuit.

Le lendemain, son corps est découvert à 240 kilomètres de chez elle, sur un chemin en bordure de l’Isère à Chatuzange-le-Goubet (Drôme). Il est dénudé, à moitié brulé, porte des traces de coups et de relations sexuelles suggérant un viol. C’est à Valence qu’elle aurait croisé Raymond T, 36 ans au moment des faits. Le coupable présumé est interpellé mercredi par la gendarmerie dans le secteur de Montargis.

Selon nos confrères du Parisien, il reconnaît partiellement les faits en garde à vue, expliquant avoir "rencontré la victime dans un bar, avoir parlé avec elle, avoir eu une liaison puis évoque une embrouille, une altercation, mais reste très imprécis". Raymond T. admet des coups portés avec un objet contondant mais nie le meurtre.

Il a été mis en examen pour "meurtre précédé, accompagné ou suivi d'un autre crime" avant d'être écroué vendredi 5 juin. "Ça sonne comme un début d’aveu, se réjouit Maitre Fabien Bousquet, avocat de la famille de Chillou de Saint-Albert. Cela faisait plus de dix ans qu’il n’y avait eu aucun rebondissement, quel soulagement de se dire que la police n’a rien lâché. Je pense beaucoup à son défunt frère, pour qui c’était devenu une obsession. Il est parti avec des questions pleins la tête mais le reste de sa famille va peut-être enfin avoir des réponses".

Une famille brisée, terrassée, qui n’a jamais réussi à s’en remettre.

Mon père a pété les plombs après avoir identifié le corps, le fils de Chantal aussi. Encore aujourd’hui, nous avons du mal à en parler, regrette le neveu.


Après des dizaines de pistes vaines, l’enquête est clôturée en 2010. Mais en 2019, à un an du délai de prescription (vingt ans pour un meurtre), le plateau d'investigation "cold cases" (PICC) de la gendarmerie nationale reprend l’affaire.
Des scellés qui n'avaient pas été analysés ou insuffisamment exploités dans les années 2000 faute de technologie adaptée sont examinées.

"Heureusement que la technologie évolue. Mon dossier faisait 4 tonnes, il m’a rendu malade. J’ai d’ailleurs grandi avec ce crime sordide, se souvient Maitre Bousquet. Ce qui me fait peur, c’est l’âge de cet homme et son palmarès viol et violence. Quand on a un parcours comme ça à 36 ans et qu’on réalise qu’il s’est passé dix-neuf ans
depuis... on peut se demander ce qu’il a fait après…"

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