L'équipe féminine de football d'Orléans lâchée par son président : "En gros, on coûte trop et on ne rapporte pas assez"

Arrivé à la présidence du club de football en avril 2024, Cyril Courtin annonce officiellement vendredi 24 mai la direction qu'il veut faire prendre à l'US Orléans. Tout miser sur la ligue 2 pour l'équipe masculine. Laissant l'équipe féminine sur la touche, vouée à disparaître, faute de budget.

"Il fout tout en l'air", au lendemain de l'annonce, certaines joueuses sont profondément en colère. D'autres dans un mélange de tristesse et de sidération.

Faire chuter l'équipe féminine pour miser sur les hommes

Vendredi 24 mai, Cyril Courtin, le nouveau président de l'USO, club de football d'Orléans rencontre l'équipe féminine, à la demande des joueuses. Après quelques minutes à "tourner autour du pot", il annonce la couleur : un budget minoré pour la section féminine et l'accent porté sur l'équipe masculine. Avec un objectif, viser la ligue 2.

"Il arrive de nulle part, et détruit tout." Certaines joueuses décrivent le président comme un homme "hautain, méprisant, qui lève les yeux au ciel quand on lui parle". 

Ce qu'il fait, c'est une honte au football féminin.

Une joueuse de l'US Orléans

L'homme indique alors qu'il souhaite reléguer l'équipe en D3 au lieu de la D2, le championnat dans lequel les féminines évoluaient jusque-là. 

Sauf que cela paraît compliqué. Les résultats sportifs leur avaient permis de rester à ce niveau. Sans budget, la descente sera directement à un niveau bien inférieur, en Régionale."Il n’a jamais été spécifié que l’équipe première féminine serait supprimée" réagit le club sur son site internet. Pourtant, beaucoup de joueuses pourraient décider d'aller jouer ailleurs : "Aucune fille ne restera pour évoluer dans ces conditions". 

De la victoire au chômage

"Dans un mois, on est au chômage", résume l'une des joueuses. Toutes ne font pas que du football dans la vie, mais depuis quelques années, le sport était enfin rémunérateur. Elles qui pensaient rester encore au moins pour une saison doivent désormais penser à la suite : Dans quelle ville ? Dans quel club ? Comment faire avec les délais de préavis des logements de chacune ?

C'est le coup de massue "deux semaines plus tôt on jouait le maintien, il fallait s'arracher pour ça et on l'a fait". Un tour de force pour une équipe qui faisait déjà des prouesses avec l'un des plus petits budgets de leur niveau. Elles se pensent alors en sécurité, "tranquilles pour les vacances" puisque la saison est sur le point de se terminer.

Ce sont des articles de presse qui inquiètent l'équipe. Fraîchement arrivé et sans avoir pris le temps de les saluer, Cyril Courtin affirme déjà ses ambitions. "À croire qu'il pense qu'on joue en Loisir" se désole une autre joueuse. "On est pourtant l'équipe de son club qui évolue au plus haut niveau". Les hommes sont en National, "nous, on est dans les 24 meilleures équipes de France". 

Ironie du calendrier, l'équipe joue son dernier match de la saison ce dimanche 26 mai au stade d'honneur de la Source contre Strasbourg. Une rencontre difficile à envisager psychologiquement, mais que les joueuses souhaitent honorer.

On n'a pas la tête à jouer au foot, mais on va y aller à fond, pour nous et pour nos adversaires.

Une joueuse de l'US Orléans

La France avance, Orléans recule 

Et pour cause, les Divisons 1 et 2 féminines sont en passe de devenir Première et Seconde Ligue. Équivalent des Ligues 1 et 2 masculines. Une Ligue féminine de football professionnelle voit aussi le jour. 

Le tout pour que les équipes féminines les plus performantes évoluent, comme leurs homologues du sexe opposé, dans un cadre professionnel. "Ce qui oblige les clubs à investir davantage, on en est conscientes". C'est ainsi que le club Orléanais justifie sa décision : "L’USO ne peut malheureusement pas supporter les charges financières de deux clubs professionnels, masculin et féminin".

Qui pour faire rêver les petites filles ? 

"Il brise les rêves de jeunes filles" souligne aussi une joueuse présente depuis plusieurs saisons. Elle le sait, sans équipe référente avec un bon niveau national, et sans budget, difficile de pouvoir encourager une dynamique intéressante du côté des plus jeunes.

Le club "réaffirme" de son côté "sa volonté de valoriser et de renforcer l’ensemble de la pratique du football féminin pour tous. Le club accentuera ainsi son accompagnement au développement de la formation de ses jeunes joueuses, à l’image de son équipe U18F qui joue les barrages d’accession en U19F National."

Les joueuses étaient jusque-là investies dans la formation et les entraînements des autres catégories. Plusieurs membres de l'association qui encadre l'équipe féminine et les plus jeunes ont déjà annoncé leur démission "un crève-cœur" pour les joueuses.

Depuis l'annonce, toutes reçoivent de nombreux messages de soutien. Notamment celui du Bourges FC. Le club du Cher fait ainsi du pied à de possibles nouvelles recrues les invitant à rejoindre leur équipe. 

Mohamed Moulay, Conseiller régional chargé des Sports délégué auprès du Président en Centre-Val de Loire a lui aussi exprimé son mécontentement sur le réseau social X " Le sport féminin n'est pas la variable d'ajustement économique dans les choix budgétaires". Devant l'élan de solidarité, certaines espèrent encore que les choses changent. 

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