Démuni et peu formé pour réagir face aux élèves violents, le personnel enseignant d’Orléans en colère

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À la suite de l'agression qui a eu lieu au sein du collège orléanais Alain Fournier le 18 janvier, le personnel enseignant a exercé son droit de retrait. Ces professionnels demandent avant tout la création de nouveaux postes. Comment gèrent-ils les élèves violents ? Ils nous répondent sans détour. 

Par Flore CARON

"Ce matin, on est en colère parce qu'un de nos collègues s'est fait agressé, assénait Stephie Pandela ce lundi 20 janvier devant le collège Alain Fournier où elle est assistante d'éducation. On est les premiers face au danger". En effet, un surveillant a subi des violences de la part d'un élève vendredi 18 janvier et en est ressorti avec la mâchoire fracturée. 
 

Cet incident a été la goutte d'eau pour le personnel enseignant qui dit voir augmenter la violence de jour en jour. Les professeurs et surveillants ont exercé leur droit de retrait et n'assurent plus les cours depuis vendredi. À la place, les professeurs se réunissent pour trouver des solutions. Ils demandent urgemment une augmentation du personnel et ne reprendront pas les cours mardi 21 janvier. "On a l'impression de ne pas avoir été pris au sérieux", regrette Amandine Debaert, professeure de français.

Ça fait plusieurs mois et même plusieurs années que l'équipe enseignante mais aussi tout le personnel alerte le département pour souligner de nombreux problèmes notamment en termes d'effectif et de budget. Personne ne nous écoute,  personne ne nous répond. Et là, l'administration et le rectorat nous reçoivent et on a l'impression qu'ils n'ont jamais entendu parler de rien. Ils nous disent qu'il faut attendre et qu'ils ne peuvent pas donner de réponse tout de suite. Sauf que maintenant, c'est trop tard. On a passé un cap dans la violence et on aurait aimé avoir des réponses plus tôt qui ne sont jamais venues,
- Amandine Debaert, professeure de français au collège Alain Fournier à Orléans. 


Des élus locaux dont Michel Ricoud, conseiller municipal d'opposition à Orléans, avait notamment demandé la création d'un nouveau collège il y a quelques années. Une demande qui avait été écartée en raison de la diminution des effectifs dans les écoles maternelles. En effet, d'ici 5 ans, les classes devraient être moins chargées au collège "mais en attendant on sacrifie une génération", déplore Céline Weiss, professeure d'histoire-géographie dans l'établissement orléanais. 
 

Jusqu'à 26 élèves par classe

"Il y a des bagarres tous les jours et on est bousculés. Plus les années passent et plus la violence augmente", raconte Stephie Pandela. Le personnel enseignant fait la corrélation entre l'augmentation de ce type d'incident et celle du nombre d'élèves. Les surveillants, notamment, se sentent en sous-effectifs. "La semaine dernière, des enseignants ont été caillassés. Un professeur de français a été agressé par un parent d'élève avant les vacances de Noël. Et cette semaine, il y a eu deux agressions [dont celle du surveillant, cnrtl] : une élève a été tabassée par un groupe d'élèves et elle a une commotion cérébrale", raconte quant à elle Amandine Debaert.

Concernant l'accompagnement individuel des élèves, une seule assistante sociale doit répondre à tous les besoins. "Il y a des enfants qui ont évoqué des problèmes familiaux depuis le mois de décembre et qui n'ont toujours pas été reçus", regrette la professeure de français. Il en va de même pour le personnel enseignant : d'après les Syndicats généraux de l'éducation nationale (SGEN), un seul psychologue du travail, une dizaine de médecins environ et autant d'assistants sociaux sont en poste pour l'académie entière. 

Une réunion était organisée ce lundi soir entre l'inspection académique et le personnel enseignant. Ces derniers avaient pour objectif de demander un poste d'assistant d'éducation supplémentaire ainsi qu'un remplaçant pour celui qui s'est fait agressé ainsi qu'une infirmière. Ils exigent également que le nombre d'élèves ne dépasse pas les 24 par classe. Aujourd'hui, il peut y avoir jusqu'à 26 élèves d'après les professeurs. Le Sénateur Jean-Pierre Sueur a apporté son soutien au personnel enseignant par un tweet mais également sur son blog.
 

 

 "J'ai eu zéro formation pour prendre en charge les élèves"

"Ce qui nous a traumatisés, c'est le manque de réponses concrètes de l'académie", déplore Céline Weiss, professeure d'histoire- géographie. "Normalement il y a un protocole de crise mais on n'y a pas eu accès". Une cellule psychologique a toutefois été mise en place lundi 20 janvier de 8 heures à 10 heures, comme il est de mise dans ce genre de situation. "C'est déjà ça", assure Anne Hedde même si elle concède que ce n'est pas suffisant avant de conclure : "l'académie fait ce qu'elle peut avec les moyens qu'elle a.

Céline Weiss a passé l'agrégation il y a maintenant 18 ans. "A l'époque, j'ai eu zéro formation pour prendre en charge les élèves avant de me retrouver pour la première fois devant une classe", raconte Céline Weiss. Dans la majeure partie des cas, les professeurs et les surveillants ne sont pas préparés à ce genre d'incident. Nous avons contacté l'académie sur ce point qui n'a, pour le moment, pas répondu à nos questions.

Dans le Loiret, il existe des stages au cours desquelles ces problématiques sont abordées mais seulement une fois que des incidents ont eu lieu, explique Anne Hedde, secrétaire départementale des SGEN. Pour le syndicat, la solution se trouve dans le temps accordé à la communication : "Le personnel aurait besoin de plus de moments de dialogue en équipe". Constat partagé par Céline Weiss qui pense que cela pourrait réduire les violences même si elle considère que la solution se trouve dans l'équilibre entre le nombre d'élèves et le nombre d'enseignants et d'assistants d'éducation. 

Face à cette situation, certains vont jusqu'à changer leurs enfants d'école constate Amandine Debaert : "Beaucoup de parents qui ont le choix ont pris la décision de déscolariser leurs enfants pour les mettre dans le privé."

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