Pétition pour la culture : “Qu'elle soit considérée comme la considérait le Conseil National de la Résistance”

Le musée du Grand Rigaud, à Perpignan - Photo d'illustration / © L'INDEPENDANT/MAXPPP
Le musée du Grand Rigaud, à Perpignan - Photo d'illustration / © L'INDEPENDANT/MAXPPP

Frédéric Maurin, l'un des porte-parole de l'intersyndicale du spectacle vivant de la région Centre-Val de Loire défend une pétition lancée par son syndicat. Ses membres interpellent les élus de chaque région : "quelle est la place des arts et de la cutlure dans vos choix politiques ?"

Par Yacha Hajzler

"Quelle est la place des arts et de la cutlure dans vos choix politiques ?" C'est la question que veut poser l'intersyndicale du spectacle vivant aux élus de la région Centre-Val de Loire mais pas seulement. Tous les élus, dans tous les territoires, sont interpellés par ce manifeste.

Les acteurs des arts y font le "constat amer" d'une politique culturelle qui a revu ses ambitions à la baisse. Frédéric Maurin, porte-parole de l'intersyndicale de la région Centre-Val de Loire, décrypte pour France 3 les difficultés et les attentes du milieu aujourd'hui. 
 
Frédéric Maurin : D'une part dans le grand débat national, la place des arts et de la culture était totalement inexistante. Ça nous a un peu relevé l'humeur. Le deuxième constat, c'est l'approche des élections municipales, départementales et régionales.

La politique des arts et de la culture est portée à plus de 80% par les collectivités territoriales en France, et on s'aperçoit qu'il y a eu, dans certaines collectivités, une réorientation des projets culturels qui ne vont pas forcément dans le sens des valeurs qu'on porte.

L'objet de ce manifeste est d'interpeller tous les représentants de la République. On veut ouvrir un débat sur le fond : pourquoi une politique des arts et de la culture ? A quoi ça sert ? Est-ce que vous, élus, êtes toujours en phase avec cet engagement républicain ?
 
Non, mais on a l'impression qu'on veut conditionner l'art et la culture à l'attractivité d'un territoire, au développement économique et à l'animation touristique plus qu'à leurs valeurs fondamentales. L'émancipation du citoyen, l'empathie entre les individus et le développement de l'esprit critique. Ça peut glisser dangereusement vers le divertissement commercial, et perdre un certain niveau d'exigence.
 
D'évidence. L'un des actes forts des révolutionnaires de 1792 a été de transformer le palais du roi, le Louvres, en musée. On a souvent tendance à l'oublier, il était gratuit et libre d'accès pour tous les citoyens. Ce n'est pas neutre.

On sait que forcément, si on fait preuve d'éducation auprès des individus, on va développer leur sens critique, ils vont chercher eux-mêmes des compléments d'information. On voit toutes ces fake news, qui circulent en permanence, comme cette rumeur de camionnette blanche qui enlève des enfants. C'est de l'obscurantisme. Si on sait pas lire, pas écrire, aiguiser son intelligence : oui, c'est dangereux.
 
On ne pense pas que, par exemple, directeur de théâtre est un vrai métier. Dans les petites collectivités, il y a une tentation pour l'adjoint de dire : "oh bah moi je vais le faire, je vais prendre un catalogue, faire venir un jongleur, une pièce de théâtre, et voilà". On a parfois l'impression que ce serait plus du ressort d'un comité des fêtes.

Mais il y a un professionnalisme dans le fait de penser une saison culturelle, une connexion idéologique, une animation patrimoniale. Oui, ce sont des vrais métiers, et qui sont à prendre en considération.
 
Ça revient comme une récurrence dans le débat public. Le fait que les partenaires sociaux n'aient pas pu s'entendre n'est pas étonnant, vue la lettre de cadrage posée par le ministère. Elle ne satisfaisait ni le MEDEF, ni les organisations salariales. Comme s'il y avait eu un petit piège, de façon à dire : regardez, ils n'arrivent pas à s'entendre, nous, le gouvernement, allons reprendre la main. Ce n'était pas arrivé depuis 1982, avec le gouvernement Mauroy.

L'intermittence a fait partie du wagon, et ça nous inquiète beaucoup. Le public entend en permanence que l'intermittence est un privilège, mais c'est un droit social acquis, sur lequel repose un grand pan de la politique des arts et de la culture.
 
Rouvrir le dialogue, et repositionner les choses dans le débat public. Il faut revenir aux valeurs républicaines d'une politique des arts et de la culture. Qu'on en parle ensemble. On demande que les arts et la culture soient considérés comme les considéraient le Conseil National de la Résistance.

Le CNR demandait dans son programme un égal accès à la culture pour tous, "afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous", ndlr

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