Politique vers les franges franciliennes ou comment mieux vivre entre Centre-Val de Loire et Île-de-France

Aux frontières entre l'Île-de-France et le Centre-Val de Loire de nombreux habitants vivent avec des politiques régionales, des transports et des services différents pour des raisons administratives. Le Conseil Économique et Social préconise plus de coopération interrégionale.

Multiplier les abonnements pour quelques kilomètres. C'est le problème que rencontre les navetteurs entre la région Centre-Val de Loire et l'Île-de-France.
Multiplier les abonnements pour quelques kilomètres. C'est le problème que rencontre les navetteurs entre la région Centre-Val de Loire et l'Île-de-France. © N. Lemaire

Dans leur rôle d'avis sur les questions concernant la politique régionale, les 2 CESER (Conseil Economique Social Environnemental Régional) de la Région Centre-Val de Loire et de la Région Ile de France se sont saisis du sujet des franges du nord de la région Centre-Val de Loire avec le sud de la Région Ile de France. Un travail réalisé en commun et présenté dans un épais rapport ce lundi 19 avril.

Dans ces zones à cheval sur la frontière administrative de deux collectivités régionales aux politiques différentes, les habitants peuvent être confrontés à des inéquités pour quelques centaines de mètres de distance en matière de santé, d'éducation, de services publics, d'emploi, de transports collectifs, de couverture numérique, etc.

Aujourd'hui, notre exécutif régional veut retrouver une dynamique dans l'intérêt des habitants de chaque côté de cette frontière qui n'en est pas une.

Eric Berger président du CESER Île-de-France

Pour présenter l'intérêt porté à cet espace des franges franciliennes, le président du CESER Centre-Val de Loire, Eric Chevée précise la question posée par ces territoires à la marge : "au-dela de l'apport et de l'attraction du Grand Paris, comment ces territoires peuvent retrouver un développement harmonieux, qui leur soit propre, qui émerge de leurs ressources? Il y a un autre avenir pour ces secteurs que d'acceuillir uniquement le trop plein du Grand Paris. Les nouvelles frontières des régions, ce sont les franges".

Coté Île-de-France, on cherche toujours à rééquilibrer la métropole Paris et le reste de la région. Un déséquilibre francilien qui se traduit par une trop forte concentration sur le nord. La Seine-et-Marne, les Yvelines, l'Essonne qui jouxtent la Région Centre-Val de Loire font figure de seconde zone.

Dans son rapport, les CESER analysent des situations différentes entre l'Eure-et-Loir et le nord du Loiret : "Les dynamiques à l’œuvre au niveau des franges ne sont cependant pas toutes identiques selon les zones géographiques. Ainsi, l’agglomération parisienne entretient les relations les plus intenses avec l’Ouest et l’Eure-et-Loir. Hors de ces deux zones, les relations se développent et engendrent des besoins d’infrastructures ou de services pour les nouvelles populations s’installant dans ces territoires."

A l'Eure-et-Loir est associée la dynamique liée à l'emploi et l'économie : "Du côté de Rambouillet, on trouve de nombreux actifs du territoire qui travaillent dans les départements voisins du 91 et du 92, du 75, mais aussi en Eure-et-Loir. De même, le territoire de la Communauté de Communes des Portes Euréliennes d’Île-de-France est largement tourné vers la région parisienne, avec de nombreux actifs occupants des emplois dans les Yvelines mais aussi dans les pôles de Chartres et de Dreux."

Du côté du Nord Loiret, le constat met en évidence une population vieillissante, en plus grande précarité, et avec moins de service que dans le sud de la Seine-et-Marne.

Au-delà de sensibilités politiques régionales différentes, les CESER insistent sur la nécessité d'une cohérence inter-régionale des politiques publiques sur 3 secteurs : les transports, le tourisme et les débouchés agricoles.

Prés de 60 000 navetteurs

Ainsi, le volume total du trafic journalier de navetteurs vers l'Île-de-France toutes régions confondues s’établit à près de 215 000 personnes. L’Eure-et-Loir se situe en deuxième position avec 40 550 navetteurs, et le Loiret en quatrième position, avec 19 350 personnes. 

Une population souvent confrontée "au mur tarifaire" dans ses mobilités quotidiennes. C'est le cas pour prendre le train quand il faut utiliser le forfait Optiforfait du Centre-Val de Loire puis le Pass Navigo de l'Île-de-France.

C'est à ce titre que les CESER font ces propositions communes :

Pour le transport, l'Eure-et-Loir compte déja beaucoup d'infrastructures avec la RN10, l’A12, l’A10/A11, et les lignes SNCF Paris-Le Mans, Paris-Étampes et Paris-Dreux. 

Aujourd'hui, les transports régionaux Rémi (transports du Centre-Val de Loire) débordent largement côté Yvelines et sont utilisés par des lycéens inscrits dans les établissements situés de l’autre côté de la limite régionale.

La voiture le mode de déplacement le plus utilisé

Dans le nord du Loiret, la voiture reste le mode de déplacement le plus utilisé. Côté Pithiverais en Gâtinais, on note une dépendance accrue à la voiture individuelle : le taux d’équipements des ménages augmente. L’usage de la voiture connaît des temps de déplacements de plus en plus importants. 

Ainsi, le territoire est mal desservi par le rail et exprime un besoin de connexion évident avec les gares RER, notamment Malesherbes et Étampes, qui peinent à être assurées autrement qu’en véhicule individuel. 

De nombreux utilisateurs du nord du territoire se rendent directement à la gare de Corbeil-Essonnes (RER D) pour gagner du temps, voire à la gare d’Étampes (RER C) ou de Nemours (RER et grandes lignes).

Jardin de la France, jardin de Paris

En matière de tourisme, si la Région Île-de-France est la première destination touristique nationale grâce au poids de la capitale, la Région Centre-Val de Loire avec la Loire à vélo, son patrimoine historique et sa nature peut être complémentaire dans le cadre de coopération inter-régionale.

D'ailleurs dans son avis sur l'économie touristique, le CESER propose le développement de cet axe nord-sud :

Nourrir l'Île-de-France

Avec 12 millions d'habitants à nourrir en Île-de-France et les grandes cultures au nord de la région Centre-Val de Loire, les deux régions ont aussi intérêt à travailler ensemble, d'autant plus qu'apparaît récemment une volonté commune des deux cotés de la frontières administratives de favoriser les circuits-cours.

Pour le secteur agricole, le CESER recommande :

Malgré le poids donné par l'union des deux CESER dans ce rapport, cela ne reste que consultatif et n'engage en rien les élus régionaux. 

L'objectif des deux présidents des CESER est "de pouvoir interpeller les nouveaux exécutifs régionaux qui vont être élus en juin prochain avant qu'ils ne développent leur politique d'aménagement territorial qu'ils développeront demain.

Conclusion d' Eric Chevée "Que ce soit le Centre-Val de Loire, ou l'Île-de-France, ces collectivités locales sont souveraines mais interdépendantes avec la nécessité de se concerter. Il n'y a rien de pire qu'une politique qui s'arrête à une frontière régionale qui n'a pas lieu d'être."

Vous trouverez ci-joint l'integralité du rapport commun des CESR Île-de-France et Centre-Val de Loire :

Rapport commun des CESR Île-de-France et Centre-Val de Loire 2021 publié par france3centre

 

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