Procès Mediator : les laboratoires Servier veulent gagner du temps

Dominique Martin (ANSM), bras croisé face à deux représentants des laboratoires Servier, Jean-Philippe Seta et Emmanuel Canet. / © Benoit PEYRUCQ / AFP
Dominique Martin (ANSM), bras croisé face à deux représentants des laboratoires Servier, Jean-Philippe Seta et Emmanuel Canet. / © Benoit PEYRUCQ / AFP

Les laboratoires, mis en accusation, ont porté leurs efforts sur une demande de contre-expertise, susceptible de mener à un report du procès. 

Par Yacha Hajzler

Les victimes devront-elles (encore) attendre ? Depuis lundi, les laboratoires Servier sont jugés à Paris, en même temps que l'Agence du médicament, dans l'affaire du Mediator, antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts. 
 

Les manoeuvres de procédure


Les laboratoires Servier ont décidé de jouer la procédure, puisqu'ils ont déjà avancé en une semaine trois questions prioritaires de constitutionnalité dont ils ont demandé la transmission à la Cour de cassation. L'une concernait notamment une possible prescription sur les accusations de "tromperie", mais n'a, comme les deux autres, pas été retenue.

Le groupe pharmaceutique s'est alors rabattu sur l'expertise médicale versée au dossier. Ils la considèrent biaisée sur une question centrale : la définition du caractère anorexigène du Mediator. Le groupe est en effet accusé d'avoir caché cette propriété du traitement à ses clients. 

"En ordonnant une contre-expertise, vous vous prévenez de rendre un jugement approximatif, voire erroné", a lancé l'un des avocats du groupe, François de Castro. Sans solliciter le renvoi, il a proposé au tribunal "une alternative": désigner des experts le temps des débats, prévus pour durer plus de six mois. 
 

Un "sabordage du procès"


"Une plaisanterie", pour Sylvie Topaloff, qui représente 200 des 2600 parties civiles du procès. "On nous explique qu'il n'est pas question de reporter, mais cette demande de supplément d'information reporterait le procès d'au moins deux ans, pointe-t-elle du doigt. Pourquoi encore une fois vouloir différer le vrai procès que nous attendons et que les victimes attendent ?"

"Ce n'est ni plus ni moins qu'une demande de sabordage de ce procès", a abondé Georges Holleaux, l'avocat de la Caisse nationale d'assurance maladie, également partie civile. "Certaines victimes sont déjà démobilisées, vu le temps qui s'est écoulé depuis le début de cette affaire. Un quart de celles qui avaient prévu initialement de se présenter au procès ont déjà abandonné" avait déjà dénoncé un autre représentant des victimes, Me Didier Jaubert, dans les colonnes du Parisien.

Las, le parquet a requis le "rejet pur et simple" de cette demande de contre-expertise. Le tribunal devrait rendre sa décision lundi, lors d'une nouvelle journée consacrée à des questions de procédure. 

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