Baptême du bébé panda à Beauval avec Brigitte Macron : enjeu économique et diplomatique

Arrivée à Beauval de Brigitte Macron, la marraine du bébé Panda et le vice-ministre des affaires étrangères chinois, Zhang Yesui / © Arnaud Moreau - F3CVDL
Arrivée à Beauval de Brigitte Macron, la marraine du bébé Panda et le vice-ministre des affaires étrangères chinois, Zhang Yesui / © Arnaud Moreau - F3CVDL

Le bébé panda du zoo de Beauval, dont les parents ont été prêtés à la France par la Chine, est baptisé ce lundi 4 décembre après-midi en présence de Brigitte Macron. Un privilège que l'Empire du Milieu ne réserve qu'à ses alliés. 

Par Fabienne Marcel

Mini Yuan Zi s'appelle désormais Yuan Meng 


C'est quoi la diplomatie du panda ? 


Sous son air de peluche photogénique, le panda représente un enjeu économique et diplomatique. La Chine ne prête en effet ses bêtes qu'à des pays alliés, pour dix ans maximum, contre une somme d'argent fixée en fonction du nombre de visiteurs.

Le zoo de Beauval bat d’ailleurs des records de fréquentation depuis la naissance du bébé panda, qui n’a pourtant pas encore été montré au public. Il sera présenté aux visiteurs à partir du samedi 13 janvier, lors d’une autre grande cérémonie.

  • Le "prêt de panda", une tradition chinoise qui remonte au VIIe siècle

Depuis le VIIe siècle et la dynastie Tang, la Chine utilise les pandas géants comme cadeau, afin d’entamer ou d’entretenir des relations internationales. Mais c’est depuis Mao Zedong que les pandas géants sont devenus des diplomates à part entière.

En 1972, Richard Nixon est le premier président des Etats-Unis à rendre une visite officielle en Chine. Pour contribuer à la normalisation des relations entre les deux pays, Mao offre alors à Washington deux pandas géants. La tradition prend ainsi une dimension extrêmement symbolique. 

  • Un moyen de faire passer des messages

A un autre niveau, le panda contribue également à l’expansion du "soft power" (le pouvoir de convaincre sans la force) chinois. Le plantigrade, que les Chinois surnomment "guo bao" ("trésor national"), "donne une image rassurante de la Chine et colle à la doctrine de 'l'émergence pacifique' promue par le précédent président chinois", indique Samuel Richer, responsable du programme Asie de l'Institut Open Diplomacy, interrogé par France Info. Même les noms des pandas ne sont pas anodins : "Ceux envoyés au Japon étaient ainsi nommés Ping Ping et An An, ce qui signifie 'paix', tandis que ceux envoyés à Taïwan s'appelaient Tuan Tuan et Yuan Yuan, ce qui veut dire 'réunion'."

Si le prêt de panda reste totalement symbolique, en diplomatie, cela a "une importance toute particulière", précise le consultant. "Taïwan a ainsi refusé de recevoir un panda en 2006 car les conditions dans lesquelles il était offert auraient pu faire penser que Taïwan acceptait d'appartenir à la Chine."

Les plantigrades permettent aussi d’envoyer des messages à la Chine. En 2012, un panda avait failli provoquer une crise diplomatique avec le Japon, lorsqu'un responsable japonais avait suggéré de baptiser le bébé né de l'union des deux pandas prêtés par la Chine du nom des îles Senkaku, que se disputent les deux pays. Cette plaisanterie, jugée de très mauvais goût par Pékin, a failli provoquer une "affaire d'Etat", rapportent nos confrères de France Info.

  • Un baromètre des relations internationales
Depuis 1990 et la classification comme espèce en danger par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la Chine ne donne plus, mais "prête" ses pandas. Lorsqu’un zoo souhaite en acquérir, la démarche est donc compliquée. L’équipe du ZooParc de Beauval ( Loir-et-Cher) a dû faire des pieds et des mains pendant six ans pour accueillir un couple de pandas dans son zoo en 2012.

Une lettre du président de la République, des entrevues entre les officiels des deux pays, des allers-retours de l’équipe du zoo en Chine… "Le panda est symbole de paix et de confiance entre deux pays. A tel point que l’avancement du dossier a varié selon les relations sino-françaises", confie Delphine Delord, codirectrice du zoo, contactée par France Info.

Ainsi, en 2008, en amont des Jeux olympiques de Pékin, la flamme olympique est passée à Paris. Les incidents se sont enchaînés : manifestations pro-Tibet, pour les droits de la presse ; sit-in de certains députés devant l’Assemblée... Alors que Paris critiquait la répression chinoise au Tibet, Nicolas Sarkozy rencontrait le dalaï-lama. Ces relations tendues ont fragilisé, pendant un temps, le dossier du zoo de Beauval. "Les Chinois ne nous ont jamais dit non, raconte Delphine Delord. Mais on a senti qu’à certains moments, les relations étaient tendues, à un niveau qui dépassait l’aspect zoologique."

Les pandas Huan Huan et Yuan Zi sont finalement arrivés au ZooParc de Beauval en 2012. 

 


 


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