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Racket homicide: les enquêteurs sur la piste de deux ou trois équipes au même mode opératoire

Trois individus interpellés lundi en Haute-Corse après le meurtre la veille d'un ouvrier agricole marocain ont été remis en liberté mardi 26 février. Connus des services de police pour "vols aggravés", les trois hommes ont été libérés mardi avant le terme des 48 heures de leur garde-à-vue.
Le domicile de la victime sous scellé à Abazzia (Haute-Corse)
Le domicile de la victime sous scellé à Abazzia (Haute-Corse) © FTViaStella
Aucune charge n'a été retenue contre eux par le parquet, qui avait exclu l'hypothèse d'un crime raciste, a-t-on indiqué de source proche de l'enquête.Yves Paillard
Vice-procureur de Bastia
Didier Rahmani
Commandant du groupement de gendarmerie de la Haute-Corse


Taib Adaime tente de s’enfuir, il est mortellement touché

Les faits se sont déroulés dans la minuscule pièce de 3,5 mètres sur 5, attenante à un hangar agricole, qu’occupaient la victime et son frère. Vers minuit, les deux hommes reçoivent la visite de trois individus cagoulés et, pour l’un d’eux au moins, armé. Ce dernier se poste à l’entrée du domicile de M. Taib Adaime tandis que ses comparses entrent, frappent le frère de ce dernier d’un coup de crosse à la tête et d’un autre dans les reins.

Dans la confusion, les deux victimes parlant un Français rudimentaire, M. Taib Adaime tente vraisemblablement de prendre la fuite et reçoit une balle tirée pratiquement à bout portant dans l’aine par le guetteur. L’artère fémorale est touchée, la victime décède quelques minutes plus tard alors même que les agresseurs le fouillent à la recherche d’argent liquide. Constatant la mort de leur victime, les 3 hommes s’enfuient aussitôt.

L’alerte ne sera donnée que trois quarts d’heure plus tard, précisément en raison des explications confuses du frère de Taib Adaime : un neveu est joint par téléphone, puis les pompiers de Ghisonaccia et la gendarmerie, enfin, est avisée. Il faudra plus d’une heure pour que les secours arivent finalement sur place.


Un scénario identique à d’autres agressions

Dès dimanche matin, la gendarmerie mobilisait 25 enquêteurs de la Section de recherches, de la brigade de recherches et de la brigade locale de Ghisonaccia sur ce dossier. Un médecin légiste et un balisticien devaient gagner la Corse dès la mi-journée, lundi, en provenance de l’Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

D’après les premières constatations menées par les enquêteurs, cette agression a été précédée d’une première tentative, dans un local attenant, au cours de la même nuit. « La porte a été fracturée en l’absence de son propriétaire, indique une source proche de l’enquête, et l’endroit fouillé, visiblement sans résultats. » Ce n’est qu’après cet essai que les malfaiteurs, bredouilles, auraient pu décider de tenter de rançonner une autre victime. La justice cherche surtout à déterminer si ces faits sont liés à d’autres affaires, plus anciennes. Car le mode opératoire observé sur place concorde singulièrement avec quatre autres agressions, toutes commises dans la région de Ghisonaccia depuis l’été dernier.

Pour Yves Paillard, vice-procureur de la République à Bastia, « le même scénario se répète : des individus cagoulés, gantés, armés, se présentent au domicile de leur victime et tentent de lui extorqer quelques centaines d’euros sous la menace. »

De faibles butins pour une violence extrême

Au moins autre autres affaires similaires ont été recensées par la justice et la gendarmerie depuis le début de l’été. Toutes concernent des travailleurs agricoles marocains, précaires et vivant isolés en marge des centres d’habitations :

- le 30 juillet 2012 à la périphérie de Ghisonaccia, un ouvrier marocain se voit délesté de 2000 euros (le plus gros « butin » enregistré à ce jour) par deux hommes dont l’un est porteur d’un pistolet automatique ;

- le 3 août 2012, à Ghisonaccia toujours, un compatriote de la première victime reçoit une balle de calibre 9mm dans la jambe à l’occasion d’une tentative d’extorsion. Son agresseur repart sans butin ;

- le 29 novembre 2012, un père et son fils sont braqués par au moins deux individus et menacés par un fusil de chasse. Butin : 400 euros ;

- le 16 janvier dernier, un homme est retrouvé ligoté dans le mobile-home qu’il occupe. Ses agresseurs lui ont soustrait 500 euros.

Ces faits se déroulent la plupart du temps peu avant ou peu après les weekends, alors que les victimes conservent encore chez elles leur paie hebdomadaire.  Pour Yves Paillard, ils ne pourraient constituer que « la partie émergée de l’iceberg, la plupart des victimes recensées n’ayant pas témoigné de leur propre initiative mais après que des proches aient avisé les services d’enquête. »
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