Réactions après les mises en examen pour l'assassinat d'Antoine Sollacaro

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est félicité d'un "succès significatif" et de la mise "hors d'état de nuire" d'un "noyau de criminels ajacciens particulièrement dangereux", "piliers de la trop célèbre bande du Petit Bar".

Deux hommes ont été écroués jeudi pour assassinat dans l'enquête sur la mort en 2012 du célèbre avocat corse Antoine Sollacaro un troisième suspect étant incarcéré, a annoncé le parquet.

Âgés d'une quarantaine d'années et déjà condamnés dans des affaires de banditisme, ils avaient été interpellés samedi au terme d'un coup de filet ayant conduit à l'arrestation de 11 personnes au total depuis le 27 mars en Corse et sur le continent.
Le 16 octobre, Antoine Sollacaro, qui a défendu notamment Yvan Colonna - condamné pour l'assassinat du préfet Erignac - avait été tué par balles au volant de sa Porsche décapotable par un commando de deux hommes en moto, à son arrivée dans une station-service proche du centre d'Ajaccio où il s'arrêtait chaque matin acheter le journal.


Un succès significatif selon Manuel Valls

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est félicité d'un "succès significatif" et de la mise "hors d'état de nuire" d'un "noyau de criminels ajacciens particulièrement dangereux", "piliers de la trop célèbre bande du Petit Bar".

André Bacchiolelli et Mickaël Ettori ont été mis en examen pour assassinat en bande organisée, association de malfaiteurs et recel de vol aggravé en bande organisée, a précisé le procureur de la République à Marseille, Jacques Dallest, dans un communiqué.

Pascal Porri a été mis en examen des mêmes chefs, exception faite de l'assassinat qui ne lui est pas directement reproché.


La bande du Petit Bar

Après 96 heures de garde à vue, les trois hommes ont été présentés aux juges de la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille qui instruisent le dossier et "ont fait le choix de s'exprimer ultérieurement", a indiqué le procureur, ajoutant qu'ils ont été écroués dans des établissements pénitentiaires distincts.

La bande dite du Petit Bar, du nom d'un débit de boissons d'Ajaccio, réunit des proches de l'ancien parrain présumé du sud de l'île, Jean-Jé Colonna,
mort dans un accident de voiture en 2006, et de son "héritier", Ange-Marie Michelosi, assassiné en 2008.
             
L'assassinat de Me Sollacaro, suivi un mois plus tard de celui du président de la CCI de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, un autre proche d'Alain
Orsoni, ont fortement ébranlé l'île et conduit le gouvernement à renforcer la lutte contre la criminalité insulaire, qui a fait 19 morts en 2012, plusieurs dizaines depuis 2008, et déjà six depuis le début de l'année.


Questions sur la défense des personnes mises en examen

Aucune des trois personnes mises en examen jeudi dans le cadre de cette affaire n'est assistée par un avocat du barreau d'Ajaccio.
Y a -t-il eu des consignes pour ne pas entrer dans ce dossier ? Le bâtonnier d'Ajaccio Marc Maroselli s'en défend.


Les défenseurs des trois hommes arrêtés réagissent​

La défense des trois membres de la bande dite "du petit Bar" à Ajaccio, soupçonnés d'avoir assassiné l'avocat corse Antoine Sollacaro, a jugé vendredi "consternant" le message de satisfaction du ministre de l'Intérieur Manuel Valls publié après leur incarcération jeudi soir.

"Dans une affaire aussi sensible, il n'est pas concevable que la présomption d'innocence ne soit pas respectée", affirme dans un communiqué Me Leslie Andrieu, avocate d'André Bacchiolelli, Michael Ettori et Pascal Porri.

"Il est consternant que la défense soit contrainte de rappeler aux autorités de l'Etat le caractère impératif du respect de ce principe fondamental", ajoute-t-elle.

Jeudi soir, M. Valls avait fait état d'un "succès significatif" dans ce dossier, se félicitant "de la mise hors d'état de nuire d'un noyau de criminels ajacciens".

Dans son communiqué, Me Landrieu rappelle que ses clients "sont présumés innocents" et que "leur implication" dans l'assassinat de l'ancien bâtonnier d'Ajaccio "doit être démontrée".

"L'instruction confiée aux magistrats instructeurs n'est pas une formalité. Elle doit être menée à charge et à décharge et se poursuivre sereinement", conclut-elle.

Trois hommes connus de la justice
Pascal Porri et Mickaël Ettori ont été interpellés à Paris. 

André Bacchiolelli a été arrêté dans un luxueux hôtel de Porticcio, station balnéaire de la rive sud du golfe d'Ajaccio, jetant alors un pistolet automatique 9 mm à la mer, récupéré et examiné par la police.

Pascal Porri avait été condamné en 2011 à six ans de prison pour une tentative d'assassinat déjouée en 2008 contre l'ancien dirigeant nationaliste corse Alain Orsoni, aujourd'hui président du club de football AC Ajaccio (L1) et qui était proche de Me Sollacaro. Pour la justice, la volonté de tuer Orsoni répondait à la mort d'Ange-Marie Michelosi. Libéré à l'été 2012, Porri portait un bracelet électronique au moment de l'assassinat de l'avocat, selon son défenseur, Me Pascal Garbarini.
André  Bacchiolelli et Mickaël Ettori avaient été condamnés en 2010 à Marseille dans une affaire de trafic de drogue par hélicoptère. Ettori était en liberté conditionnelle depuis octobre dernier.

Début février à Ajaccio, il avait été condamné, sans mandat de dépôt à la barre, dans une affaire d'extorsion impliquant aussi Pascal Porri, relaxé, et Jacques Santoni, souvent présenté comme le "cerveau" du Petit Bar.

Parmi les autres interpellés, un CRS arrêté près de Marseille a été relâché sans charge et trois hommes ont été placés sous le statut de témoin assisté dimanche, dont un concessionnaire et un garagiste d'Ajaccio.

Les enquêteurs ont en effet travaillé sur une moto découverte abandonnée en décembre près d'Ajaccio - c'est l'objet du recel reproché aux suspects
- qui aurait pu être utilisée par les tueurs de Me Sollacaro. Un engin identique, une BMW 1200 GS, avait été filmé par les caméras de surveillance de la station-service où l'avocat avait été tué.

L'un des assassins présumés aurait contribué à trafiquer cette moto constituée de pièces provenant de différents engins volés, selon une source proche du dossier.