À Merusaglia et San-Lurenzu, un 8 décembre sous le signe de la transmission

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Écrit par Julia Sereni .

Pour célébrer la festa di a Nazione, les écoles de Merusaglia et San-Lurenzu ont proposé aux enfants des ateliers culturels en lien avec les traditions insulaires. Au programme : pulenda, Morra ou encore quadrigliu.

"Ottu !", "Cinque !". Dès l’entrée de l’école, les voix enfantines, sonores, résonnent dans le silence matinal du village. En ce 8 décembre, les élèves de San-Lurenzu accueillent leurs camarades de Merusaglia pour célébrer la festa di a Nazione. Et c’est par un atelier de Morra que débute la journée.

"J’ai gagné contre Silvia !", s’enthousiasme Sofia, pressée d'aller inscrire ses points au tableau. Si les plus grands se lancent rapidement dans des parties animées, pour les plus petits, pas toujours facile de se familiariser avec les règles de ce "jeu de mains".

Pasquale Picoury, graphiste de métier et professeur de Morra d’un jour, passe dans les rangs prodiguer ses conseils. "C’est important pour moi de transmettre cela aux enfants, de leur apprendre à jouer, cela fait partie de notre patrimoine, au même titre que la polyphonie, estime le jeune homme. Et l’enseigner le jour du 8 décembre, ça a du sens, car c’est notre histoire", poursuit-il.

Créer du sens autour des célébrations de la festa di a Nazione, c’est précisément le but recherché par Mylène Terrachon et Julia Moracchini.

Enseignantes à San-Lurenzu et Merusaglia, elles ont décidé de mettre leurs forces en commun pour offrir un programme d’activités le plus riche possible à leurs élèves, en cette journée banalisée. Pour ces deux classes uniques d’une dizaine d’élèves chacune, la mutualisation et l’entraide sont souvent vitales.       

« Souvent, ils fêtent le 8 décembre mais ils ne savent pas pourquoi »

Julia Moracchini, enseignante à Merusaglia

"Au lieu d’organiser deux petits événements, on a voulu en faire un seul, plus important, pour transmettre à nos élèves leur culture et leur histoire, indique Julia Moracchini. Souvent, ils fêtent le 8 décembre mais ils ne savent pas pourquoi".

Mylène Terrachon s'empresse de poser la question à ses élèves, réunis autour d'elle. "Pourquoi c’est une journée importante aujourd’hui ?", lance la jeune femme. "Parce que c'est la fête !", répond une tête blonde. "Mais si c’est la fête, on ne travaille pas !", renchérit une autre. 

On ne travaille pas, mais le programme est tout de même bien chargé. Pour célébrer cette festa di a Nazione, outre l’initiation au jeu de Morra, un atelier tissage est prévu, avec Carole Sambroni-Leschi, adjointe à la mairie de San-Lurenzu déléguée aux affaires scolaires et Angèle Santini, animatrice au parc naturel régional de Corse.

De la toison de l’animal au pull tricoté, la bénévole explique aux enfants le parcours de la laine. "C’est important que les évènements de ce type ne se déroulent pas toujours dans les grandes villes, indique-t-elle, pelote à la main. Il faut privilégier les petites écoles rurales, ce sont elles qui en ont le plus besoin."

En parallèle, un autre groupe d’enfants s’attèle à la confection de la pulenda, pour le déjeuner. Avant d’attaquer, une fois les ventres pleins, un atelier musical, animé par Livia-Maria Bartoli et une démonstration de quadrigliu, avec Marie-Hélène Menozzi.

"Cette journée s’inscrit dans un travail de longue haleine, que nous réalisons autour de la culture et de la langue", précise Mylène Terrachon. Pour l'enseignante bilingue comme pour sa collègue, développer le volet culturel de l’enseignement est primordial.

Toute l’année, les deux jeunes femmes ne ménagent pas leurs efforts pour organiser des sorties au musée ou encore des visites d’exploitations agricoles. "Les emmener sur le terrain, les faire sortir, c’est essentiel", souligne l'enseignante de San-Lurenzu. Une méthode héritée de l'ancien instituteur de Merusaglia. "Il enseignait les mathématiques sous les figatelli, il avait un savoir-faire extraordinaire !", se remémore-t-elle.

"On veut montrer qu'une école rurale, une classe unique, ce n’est pas forcément cloisonné. On peut faire des choses, même si on manque de moyens", ajoute la jeune femme.

Pour le maire de San-Lurenzu, Jérôme Negroni, venu en tant que parent d'élève, le dynamisme de l'école profite à l'ensemble du village. "C’est important que la commune vive", souligne-t-il.

Et ce jour-là, malgré les deux degrés extérieurs, il règne dans la petite école de Castagniccia, au cœur du village de cent âmes, une chaleur incomparable. 

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