Météo en Corse : "On a eu une année particulièrement chaude"

Derrière 2022, 2023 est la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée en France. En Corse, plusieurs vagues de chaleur ont eu lieu l'été dernier, avec des températures dépassant parfois les 40 degrés.

Dans son bilan annuel publié vendredi 5 janvier, Météo-France indique que "2023 se classe au deuxième rang des années les plus chaudes sur notre territoire après 2022 avec une température moyenne de 14,4 degrés". 

Selon l'organisme météorologique, "l'anomalie thermique sur l’ensemble de l’année atteint +1,4 degré par rapport aux normales 1991-2020". 

En Corse, le constat est similaire : la chaleur, puis la douceur ont persisté une grande partie de l'année. L'été dernier, des épisodes de canicule ont été recensés, avec un record de température pour un mois de juin.

Prévisionniste au centre Météo-France d'Ajaccio, Patrick Bonicel revient sur cette année dans l'île, également marquée par de forts contrastes en termes de pluviométrie. 

France 3 Corse : quelle est votre analyse de l'année 2023 en Corse ? 

Patrick Bonicel : Sur le plan des températures, 2023 se classe deuxième de toutes les années les plus chaudes, tout juste derrière 2022. D'ailleurs, si l’on regarde le graphique qui représente l'évolution de la température moyenne sur la Corse de 1950 jusqu'à 2023, on s'aperçoit que jusqu'au milieu des années 90, on avait systématiquement des années en dessous de la normale en termes de température.

À partir du milieu des années 90, on a ensuite des années supérieures à la normale. Là, on s'aperçoit que sur les dix dernières années, on est systématiquement dans "le rouge". C'est-à-dire que l’on est au-dessus des normales avec deux pics marqués : en 2022 et en 2023. 2022 restant l’année la plus chaude jamais relevée dans l’île.

Quels ont été les épisodes les plus intenses ?

On a eu une année particulièrement chaude, et plus particulièrement l’été. Cette année, on a eu trois vagues de chaleur. La première a eu lieu fin juin. À cette occasion, on a battu le record absolu de température pour un mois de juin en Corse : c’était à Sartène avec 41,6 degrés. Ensuite, en juillet, on a eu une canicule qui a duré 18 jours et une de 6 jours au mois d'août. Sans parler de canicule pour septembre et octobre, ce sont néanmoins des mois où il a fait particulièrement chaud.  

Concernant la pluviométrie, quel bilan dressez-vous ?

2023 présente un déficit global - à savoir sur l’année et sur l’ensemble du territoire - de 12%. C’est une année légèrement déficitaire. Néanmoins, il faut préciser qu’il y a un fort contraste entre l'ouest et l'est de l'île. En fait, la Corse-du-Sud est excédentaire et la Haute-Corse très déficitaire. En mettant les deux ensemble, on obtient un déficit global sur l'ensemble du territoire de 12%. Mais il y a un vrai contraste entre l'Est et l’Ouest. 

Cela est-il un indicateur du changement climatique ? 

Le cumul global annuel de précipitations n'est pas forcément révélateur et n’est pas un indicateur du changement climatique. En revanche, ce qui l'est beaucoup plus, c'est la forte variabilité annuelle de ces précipitations. On s’aperçoit de plus en plus que l’on va vers une saison sèche autour du printemps et de l’été. Le reste de l'année, l'automne et l'hiver, on va vers une saison humide, là aussi avec un fort contraste annuel. Cette année, il y a donc un fort contraste géographique, Est-Ouest, mais aussi annuel. C'est-à-dire que l’on a la saison sèche, voire très sèche, avec des sécheresses, et la saison humide avec un excédent de pluviométrie. Cela vient finalement compenser en partie le déficit de l'été. 

L'année a également été marquée par des tempêtes assez violentes, notamment en novembre dernier. Ces phénomènes sont-ils plus fréquents ? 

On a effectivement eu notre lot de tempêtes. On se souvient des deux dernières qui nous ont concernés début novembre, Ciarán et Domingos. Il y en a eu beaucoup d'autres avant mais, globalement, je dirais que les tempêtes ne sont pas plus fréquentes. En tout cas, ce n’est pas un indicateur très marqué. En revanche,  ce qui l’est davantage, c'est l'intensité de ces tempêtes. Il n’y en a pas forcément beaucoup plus mais elles sont en revanche plus intenses. On a eu très fréquemment des vents qui ont excédé les 150 km/h dans certains secteurs, notamment dans le Cap Corse.

Le reportage de Caroline Ferrer et Mathias Landry : 

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2023 est la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée en Corse. ©C. Ferrer - M. Landry - D. Lameta