Pêche à la truite en Corse : "Notre réglementation est la plus permissive de France"

Depuis ce week-end, la pêche à la truite est ouverte en Corse. Au cours des six prochains mois, entre 4000 et 5000 passionnés pourront pêcher sur l'ensemble de l'île où certains cours d'eau ont dû être fermés à la suite des tempêtes de novembre dernier. Président de la Fédération Corse de pêche, Antoine Battestini fait le point sur la réglementation de la saison 2024.

France 3 Corse : La saison de la pêche à la truite a commencé le samedi 9 mars. Comment s’est déroulée l’ouverture ? 

Antoine Battestini : Compte tenu des conditions météorologiques, l’ouverture n’a pas été exceptionnelle. Évidemment, le mauvais temps a fait que les gens se sont moins déplacés. Les rivières sont assez chargées et importantes. Il est donc difficile, notamment pour les personnes un petit peu plus âgées, de se déplacer dans nos rivières avec tous les risques que cela comporte. Néanmoins, l’ouverture s'est globalement bien passée. Les premiers résultats qui nous sont parvenus sont globalement positifs. Désormais, on espère que les beaux jours vont faire en sorte que l’on puisse sortir pêcher de manière plus régulière. 

La pêche en eau douce est ouverte pour une durée de six mois. Qu’en est-il de la réglementation ?

La période de pêche s’étend jusqu’au troisième samedi de septembre. En Corse, notre réglementation est la plus permissive de France : on peut pêcher jusqu’à 10 truites maximum par jour et par pêcheur. Leur taille ne doit pas dépasser 18 cm en rivière, et 23 cm dans les lacs de montagne. Cette réglementation est permissive dans le sens où, sur le continent, la plupart des fédérations de pêche ont des autorisations de prélèvement de trois truites par jour et par pêcheur, avec des tailles supérieures à 23 cm. Chez nous, certains pêcheurs sont mécontents des quotas mis en place. À la fédération, nous sommes parfois sollicités pour augmenter le nombre de prises. Bien évidemment, nous ne le ferons pas.

Quelles sont les démarches à effectuer pour pouvoir pêcher la truite en Corse ?

Il faut disposer d'une carte que l'on prend en fonction de son association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques (AAPPMA). En Corse, il y a vingt structures. On prend donc sa carte en fonction de sa région et du lieu où l’on souhaite pêcher. Elle permet de pratiquer l’activité sur l’ensemble de l’île. Son coût est de 67 euros pour les adultes, de 40€ pour les femmes. Il y a également des cartes de pêche pour les enfants à 7€, ainsi que des cartes saisonnières et aussi hebdomadaires, notamment pour les touristes de passage. Ce panel important permet à un maximum de personnes de pêcher sur un territoire magnifique. En dehors de la pêche, il y a aussi le fait de pouvoir se promener et de profiter de notre région.

A la suite des tempêtes et des crues de novembre dernier, certains cours d’eau ont dû être fermés, notamment dans la Restonica. Combien de temps seront-ils interdits à la pêche ?

L’impact des tempêtes a été considérable, principalement en Haute-Corse. Dans la Restonica,  vu l'importance des dégâts, on a décidé d’y interdire la pêche pendant trois ans par arrêté préfectoral. Cela a été fait car il n’y a presque plus de poissons. La pêche sera donc fermée jusqu’à 2027. Seule la pêche "no-kill" y est autorisée. C’est-à-dire que l’on peut pêcher sans ardillon et relâcher le poisson, sauf pour les saumons de fontaine. 

Au printemps, on va vérifier s’il y a du poisson sur tous les affluents de la Restonica. Si c’est le cas, on va faire des translocations ; c'est-à-dire qu'on va prélever des poissons dans les affluents pour les mettre dans la rivière principale afin qu’elle puisse se ressourcer. Dès lors que l’on laisse un peu les truites tranquilles, les populations reviennent à la normale en 2 ou 3 ans. 

D’autres secteurs sont-ils également concernés par des mesures restrictives ?

Pour des raisons là aussi climatiques, le lac de Ninu a été impacté l'année dernière. Entre le réchauffement de l'eau et la prolifération d'algues, des gaz se sont dégagés et ont eu des répercussions sur la ressource. On a donc également décidé d'interdire la pêche sur le lac et sur près d’un kilomètre en aval. Des panneaux ont été apposés pour expliquer les conditions et les situations. Il était primordial de faire une mise en réserve sur ces secteurs.

Des lâchers de truites sont-ils prévus dans les semaines à venir ?

Oui, il y en aura mais de manière moins importante que les années précédentes. Ce sont des truites arc-en-ciel qui sont achetées et élevées en Corse, chez nos pisciculteurs. Nous faisons des lâchers pour permettre aux pêcheurs de s’adonner à leur passion. Nous réservons également ces truites pour les fêtes de la pêche organisées par les associations, principalement pour les enfants afin de les initier à cette pratique et surtout les sensibiliser aux questions environnementales et de protection.

Où seront effectués ces lâchers ?

Un peu partout dans nos rivières, principalement dans le Golo, la Gravona et le Cruzzini. Ces lâchers se font en fonction de la demande des présidents d’associations de pêche. Certains ne souhaitent pas en faire. Je rappelle que les truites arc-en-ciel qui sont lâchées ne se reproduisent pas. On peut donc se permettre de les relâcher.

Concernant le braconnage et les abus, les contrôles ont-ils été renforcés ? 

Les contrôles sont renforcés par une présence bien plus importante. On a sensibilisé les gendarmes. On a organisé plusieurs réunions avec les directions générales la gendarmerie qui sont présentes sur tout le territoire insulaire. Il y a donc un maillage important. Il y a effectivement du braconnage. On le trouve principalement dans les zones de moyenne montagne et de montagne. Il est moins important que par le passé, mais il est toujours là. Il se manifeste principalement par des méthodes électriques ou avec des filets. Il y a également la surpêche avec certains pêcheurs qui ne respectent pas les quotas.  

Changement climatique, respect de la réglementation, de l'environnement. Les défis sont nombreux pour la fédération régionale que vous présidez. Dans ce contexte-là, que préconisez-vous pour pérenniser la pratique de la pêche de loisir en eau douce ?

À la fédération, nous sommes pour une protection patrimoniale de notre ressource et de nos rivières. Pour nous, il est donc très important de se mobiliser, de sensibiliser et de toujours informer pour éviter les prélèvements, les abus et les introductions d’espèces exogènes qui polluent nos rivières. En Corse, nous avons des ressource et des poissons exceptionnels. Le réseau hydrographique est important et possède une eau de qualité. Face aux situations et aux changements climatiques dont nous sommes tous conscients, il faut tout faire pour préserver ces différentes ressources et ne jamais cesser de se battre pour les garder.