Port de Bonifacio : face à la colère des élus, la préfecture annule sa fermeture

Un arrêté préfectoral interdisant l'entrée des navires dans le port de commerce de Bonifacio jusqu'au 1er décembre a entrainé une levée de boucliers des élus corses, ce mardi 3 novembre. La préfecture l'a annulé et promis une concertation.
ILLUSTRATION. Le port de Bonifacio
ILLUSTRATION. Le port de Bonifacio © Christian WATIER / MaxPPP
Une décision aux "modalités inacceptables", établie sans consulter la Collectivité de Corse (CDC), la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), ou encore toutes les personnes qu'il impacterait…

La publication de l'arrêté préfectoral visant à interdire l'entrée de navires dans le port de commerce de Bonifacio, ce mardi 3 novembre, s'est suivie d'une véritable levée de boucliers au sein du Conseil exécutif de Corse, municipalité ou encore des élus de la région.

Cette mesure avait été décidée par le préfet au vu de la situation épidémique de Covid-19 en Corse comme en Sardaigne, mais aussi "des risques que la contraction de la maladie pose pour la santé publique" ; elle devait rester en vigueur jusqu'au 1er décembre inclus.

L'arrêté préfectoral d'interdiction d'entrée des navires dans le port de commerce de Bonifacio, désormais rapporté (3 novembre 2020)

Problème, pour le conseil exécutif de Corse, cet arrêté a tout faux, sur le fond comme sur la forme.

"L'arrêté de fermeture explique que la «la réalisation de contrôles au débarquement et la production d'une attestation sur l'honneur ne permettent pas dans ce cas de garantir la sécurité sanitaire de manière suffisante», indique dans un communiqué la CDC. […] Qu'en est-il des relations maritimes, voire aériennes avec les autres régions d'Italie ou les régions de France qui ont des taux de circulation très souvent supérieurs à celui de la Sardaigne ?"

Si ces liaisons sont maintenues, s'interroge la CDC, "pourquoi supprimer celles avec la Sardaigne, qui portent sur des flux beaucoup moins importants ?"

Et pour ne rien arranger, l'arrêté, assure la CDC, a été décidé sans concertation aucune avec les élus de Corse, "ignorés", tout comme "leurs propositions". Un comportement et un "mépris pour la Corse, ses institutions et son peuple" qui ne sont "pas acceptables", martèle-t-elle.

L'arrêté préfectoral finalement rapporté

Ces violentes contestations ont finalement donné raison au conseil exécutif. Quelques heures seulement après sa parution, la préfecture de Corse-du-Sud a indiqué que l'arrêté était "rapporté", c'est à-dire annulé.

Alain Charrier, secrétaire général de la préfecture de Corse-du-Sud, reconnait ainsi une "erreur dans la forme". "L'objectif était de garantir une situation fonctionnelle. L'arrêté, en l'état ne l'est pas. Maintenant, ce qui est important, c'est d'entamer une phase de concertation pour aller de l'avant."

Pourquoi la liaison Bonifacio-Sardaigne était-elle visée, et non pas celle d'Ajaccio-Porto Torres ? Pour Alain Charrier, la réponse est simple : la préfecture s'est basée sur les chiffres de trafic des deux ports. "Celui-ci était moins élevé pour le port de Bonifacio, et représentait ainsi peu de personnes transportées pour une force importante de moyens mobilisés."L'arrêté, a rappelé la préfecture de Corse-du-Sud, ne concernait également que les passagers, et pas le fret.

Des mesures pourraient être prochainement annoncées par la préfecture. Mais cette fois, assure Alain Charrier, "avec plus de synchronisation".

"Pour l'heure, nous sommes sur une phase de regards précis des données, d'auscultations de l'ensemble des mouvements et acteurs sur le territoire. La situation évolue : nous devons faire en sorte de nous adapter à un contexte hors du commun, et les bonnes solutions d'aujourd'hui seront celles qui seront basées sur une concertation approfondie."

En attendant, le trafic maritime va donc se poursuivre entre Bonifacio et la Sardaigne.
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