L’Assemblée de Corse se positionne contre un projet de stockage des déchets

Le 26 juillet 2018,  une motion de "Femu a Corsica" a fait voter en 20 minutes un avis "solennel et négatif" contre un projet de centre de déchets en cours d’instruction par les services de l’Etat sur la commune de Viggianello (Corse du Sud).
Séance publique de l'Assemblée de Corse.
Séance publique de l'Assemblée de Corse. © Michel LUCCIONI / MAXPPP
À l’heure où l’île connaît une crise de ses capacités d’enfouissement et se prépare même à exporter ses déchets, ce vote semble paradoxal. À moins qu’il ne reflète parfaitement l’embrouillamini de la situation.
 

Un projet pour traiter 65.000 tonnes par an

Traiter 65 000 tonnes par an dont 45 000 enfouies : c’est une entreprise du Valinco qui propose ce projet depuis 2016. Le terrain projeté est mitoyen de l’actuel site de Viggianello, que Lanfranchi TP exploite, par ailleurs, pour le compte du Syvadec.

Les services de l’Etat instruisent ce dossier depuis deux ans et demi plutôt d’un bon œil. Mais ils ne se décident pas.

Le passage devant un comité ad’hoc - le Coderst (Conseil de l’Environnement et des Risques sanitaires et technologiques)- pour décision préfectorale a déjà été repoussé trois fois depuis la première date retenue en octobre 2017.

Aujourd’hui, c’est une "procédure nouvelle dans l’analyse des risques aviaires" qui a été avancée pour le dernier report. Dans les services, on vise maintenant "avant la fin de l’année", une forme de prolongations du ni non ni oui. 
 
Le centre d'enfouissement technique (CET) de Viggianello (Corse-du-Sud).
Le centre d'enfouissement technique (CET) de Viggianello (Corse-du-Sud). © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP


Beaucoup d’avis défavorables et une instruction qui traîne

Il faut dire qu’à différentes étapes, le dossier a rencontré de nombreux avis défavorables. Le village, la communauté de communes – Paul Marie Bartoli seul le soutenait-  le commissaire enquêteur, la Collectivité de Corse et le Syvadec, déjà une première fois en 2017… tous ont déjà dit niet.

La motion adoptée ce jeudi réchauffe donc le cœur des élus de l’intercommunalité. Leur argument est simple : c’est sur leur territoire qu’ont déjà été enfouies près de 470.000 tonnes sur le site du Syvadec et presque toutes les communes de l’île s’en sont servies quand les autres centres fermaient sous l’impulsion des collectifs d’habitants ou par décision administrative.

La perspective de voir encore, et pendant 20 ans, enterrés ici près de 900.000 tonnes d’ordures, ils n’en veulent pas. 

Mais ces avis défavorables sont aussi importants et légitimes que non déterminants. En matière d’installations classées, ils sont seulement consultatifs, la décision du préfet, de la préfète est prépondérante.
 
Déchets : le Syvadec réuni pour discuter du marché d’exportation des ordures 


Une gestion très politique du temps et des capacités

L’Etat semble mettre du temps à se décider comme quand on se garde un projet sous le coude... d’autant qu’il n’y en a toujours pas d’autre sur la table….  

Mais la Collectivité, le Syvadec et l’Etat avec eux jouent aussi une autre carte dans cette histoire. Car ils ont besoin, le plus vite possible, que le site actuel de Viggianello soit prolongé de 200 000 tonnes supplémentaires jusqu’en 2020.

C’est, en deux ans, 50% de plus que la capacité initiale. Dans l’hémicycle, jeudi matin, le conseiller exécutif en charge du dossier parlait lui de "discussions autour d’une légère augmentation des possibilités d’enfouissement à Viggianello". 

La communauté de communes avait averti depuis longtemps d’ailleurs : pas d’accord pour l’extension du premier site si le projet privé n’est pas refusé. 
 
Dans l’assemblée, la discussion a donc été tranchée avec une procédure rapide "de demande d’examen prioritaire" : la motion ne nécessite aucun rapport et n’engage aucun débat. 

Xavier Lacombe de "Per l’Avvene" a exprimé le regret de cette procédure et a proposé un amendement sans conséquence qui a été partiellement intégré, son groupe a voté pour ;  le groupe "Anda per dumane" s’est abstenu ainsi que le groupe de Valérie Bozzi.

Une première manche vient d’être jouée et gagnée par les élus de la microrégion mais ce n’est pas la dernière. L’exploitant et porteur de projet a saisi ses avocats. Les services de l’Etat poursuivent leur instruction.

En attendant le Syvadec a relancé son appel d’offres pour l’exportation, le premier marché s’était révélé à la mi-juillet, infructueux.
 
 
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