Transport d'explosifs entre Marseille et Propriano : en appel, le parquet requiert une peine deux fois inférieure à la condamnation en première instance

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R. Akhazane avait été jugé, avec trois co-prévenus, en mai dernier à Ajaccio, pour acquisition et cession illégale de produits explosifs en réunion. Considéré comme le maître d'œuvre de l'opération, il avait été condamné à 8 ans ferme. Il avait été le seul à faire appel. Ce mercredi 2 novembre, le ministère public a requis 4 ans, dont un avec sursis.

"Je pense que la peine de première instance est disproportionnée, et je demande quatre ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis". C'est par ces mots que Catherine Levy, l'avocat général, conclut son réquisitoire. 

Voilà au moins un constat que le ministère public et les avocats de la défense partagent, concernant R. Akhazzane, polo blanc et pantalon beige, condamné à huit ans d'emprisonnement, le 17 mai dernier par le tribunal correctionnel d'Ajaccio. Et incarcéré depuis 22 mois. 

13 détonateurs

Le 19 janvier 2021, il était interpellé sur le quai de Propriano, sur lequel il travaille comme docker alors qu'il s'activait à amarrer le Kallisté. 

A l'intérieur du navire de la Méridionale qui venait de rentrer dans le port, un fourgon frigorifique avec, à son bord, une mallette contenant deux kilos de Semtex, un puissant explosif, et 13 détonateurs. c'est son chauffeur, M. Amhandi, qui avait appelé les gendarmes de Propriano la veille, pour les alerter. 

Selon ses dires, il devait transporter ce colis, sur l'insistance de R. Akhazzane, mais également de deux autres personnes, C.Ben Taleb et G.Rochey, qui lui avaient remis le colis, et aidé à passer la sécurité. Inquiet de ne pas savoir ce qu'il y avait à l'intérieur, il avait préféré y jeter un coup d'œil, quelques minutes avant que le bateau ne quitte Marseille. Quand il avait découvert le contenu, il avait préféré prévenir les autorités. 

Lors du procès du printemps dernier, R. Akhazzane était désigné comme l'organisateur de toute l'opération, en partie par les autres protagonistes. Il a été condamné à 8 ans ferme pour complicité d'acquisition illégale, en réunion, de produit ou engin explosif. 

C. Ben Taleb et G.Rochey, eux, ont été condamnés à quatre ans, dont deux avec sursis, pour cession de substance ou produit explosif. Aucun des deux n'a fait appel. M. Amhandi, qui avait donné l'alerte, a été pour sa part relaxé. 

Sous-fifres

Six mois plus tard, le ministère public ne doute pas plus du rôle central joué par R. Akhazzane. "Les éléments du dossier, et les affirmations des autres, confirment son implication en tant qu'instigateur". Catherine Levy l'a dit dès l'entame de son réquisitoire au prévenu : "je ne suis pas convaincu par vos explications"

Debout dans le box, R.Akhazzane l'a pourtant répété à plusieurs reprises, il est innocent. Le colis qu'il aurait demandé à M.Amhandi de lui rapporter du continent n'aurait rien à voir avec cette mallette remplie d'explosifs. Ce serait  un sac qui aurait contenu "un sweat-shirt noir avec Mickey, pour moi, et un coupe-vent avec Taz, pour mon neveu", ainsi que 4 boîtes d'herbe à chicha. Des produits que l'on ne trouve pas en Corse, affirme-t-il. 

La conviction de R. Akhazzane, il la livre à la cour : il aurait été "abusé" par les autres protagonistes. 

Le président, dubitatif, rétorque : 

     - "Ils apparaissent plutôt comme des sous-fifres, qui font transiter des choses plus ou moins licites... Si ce n'est pas vous le commanditaire, à qui tout cela profitait-il ? 

     - C'est pas à moi qu'il faut poser la question. 

     - Mais c'est à vous que je la pose, vous pouvez avoir un avis, ou ne pas en avoir, et ensuite, la cour se fera son idée. 

     - Je n'en sais rien, Ben Taleb a peut-être voulu faire d'une pierre deux coups. Moi j'attendais un sac avec des vêtements, et s'il y avait un deuxième sac, je n'y suis pour rien. Et pourtant ça fait 22 mois que je suis en prison pour rien. C'est grave monsieur le président"

Les explications fournies par sont parcellaires, hésitantes, tandis que les questions du président, au cœur d'une journée chargée, sont parfois un rien imprécises. Et aucune version claire ne se dégage des échanges entre la cour et le prévenu. 

Mise en cause

La parole est à la défense. Maître Jérôme Susini rappelle en préambule que son client a été condamné à la même peine que Mohammed Amri, qui avait transporté Salah Abdeslam jusqu'à Bruxelles le soir des attentats du 13 novembre à Paris. Manière de souligner à quelle point celle-ci lui semble, plus encore qu'au parquet, disproportionnée. 

Il développe ensuite, durant près d'une demi-heure, une plaidoirie qui a pour but de démontrer que rien, dans le dossier, n'incrimine clairement R. Akhazzane. "Aucune sonorisation ne met en cause monsieur Akhazzane. Aucun témoin ne le met en cause. Aucune expertise ADN, aucun élément téléphonique ou scientifique. Rien"

Avant de conclure : "je ne vous dis pas qu'il n'y a pas suspicion, que tout est régulier et clair, mais j'affirme que, dans un dossier, quand il n'y a pas de preuve, on relaxe !"

A qui profite le crime ?

Sa consœur, maître Charlotte Cesari, creuse le même sillon, mettant en avant ce qu'elle qualifie de "zones d'ombre de ce dossier". "Personne ne s'est interrogé sur l'acquisition du semtex, sur le trajet du colis jusqu'au port de Marseille, sur la filière, sur le but final... On a trois personnes, ses co-prévenus, qui le mettent en cause, et on le condamne à huit ans. Avec un casier vierge, réhabilité, de plein droit, depuis 2008. C'est trop simple". 

Le délibéré est attendu le 13 novembre prochain. 

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