Création d’un Samu social en Corse : "l’esprit est déjà là"

Un colloque sur la création d’un Samu social en Corse se déroule mercredi 20 octobre à Ajaccio. Ex-chirurgien urologue à l'hôpital de la Miséricorde et président de la Coordination inter-associative de Lutte contre l'Exclusion (CLE), François Pernin dévoile les enjeux de cette "réunion action".

France 3 Corse : Un colloque sur la création d’un Samu Social en Corse est organisé ce mercredi à l’Espace Diamant d’Ajaccio. Qu’en attendez-vous ?

François Pernin : Que cet événement soit la première pierre de la création d’un véritable Samu Social dans l'île. Nous avons les pièces du puzzle aux trois quarts. Maintenant, il faut monter la véritable orchestration qui s’appellera Samu Social. Pour cela, on compte beaucoup sur la venue de son fondateur corse, le docteur Xavier Emmanuelli (invité du Corsica Sera ce lundi, ndlr). Il sera présent ce mercredi. C’est une personnalité remarquable, accompagnée de plusieurs acteurs crédibles des autres Samu de France. Ils seront là pour nous apporter leur expérience que l’on va nuancer avec nos réalités locales. Car le Samu Social en Corse ne sera pas le même que celui de Paris. Ce sera autre chose. La question de cette création intéresse de nombreux acteurs. Rien qu’avec les politiques, les acteurs sociaux, médicaux et associatifs, on a dépassé la jauge. On ne pourra donc pas accueillir le grand public.

Comment se présente le Samu Social ?

C’est une cellule d’urgence ouverte non-stop qui va à la rencontre des personnes qui présentent un symptôme aigu de détresse sociale. En plus des symptômes sociaux, il y a les médicaux (dépression, alcoolisme, accident aigu, tentative de suicide) et les psychiatriques (dépression). On intervient donc sur ces trois facettes de la détresse humaine : sociale, physique et psychique.

Quels sont les différents acteurs concernés ?

Ce Samu social travaillera en étroite collaboration avec tous les acteurs capables de déceler la détresse : police, pompiers, Samu médical etc. Il apportera aussi tout ce qu’on a déjà : services sociaux qui fonctionnent, centres d’hébergement, d’alimentation, d’urgence. Ce Samu permettra également d’apporter une réponse en urgence à la détresse et, surtout, de remettre la personne en détresse totale et souvent seule dans le droit commun, ainsi que dans les processus qui existent déjà pour la remettre sur pied. Un suivi sera bien sûr établi afin de ne pas la laisser seule. Voilà à quoi on pense quand on parle de Samu social.

La structure devra s’adapter à la réalité d’une petite ville, d’une petite région.

François Pernin

Selon l’Insée, 18,5% de la population corse vit sous le seuil de pauvreté. Ce qui fait de l’île le territoire de France métropolitaine le plus touché par la précarité, la pauvreté et l’exclusion. Pourquoi un Samu social n’a toujours pas été créé en Corse ? Y a-t-il eu des obstacles ? 

Il n’y a pas eu d'obstacles mais une évolution, notamment de notre pauvreté qui, jusqu’à présent, n’atteignait pas ces niveaux-là. Les Samu sociaux en France se sont d’abord construits dans les grandes villes, puis dans les villes moyennes, et ensuite dans les régions insulaires comme La Réunion. On en est là, à cette irradiation du Samu social devant une pauvreté qui a augmenté chez nous et dans nos villages. La structure devra s’adapter à la réalité d’une petite ville, d’une petite région ; je le redis : elle ne devra pas être calquée sur la réalité d’une ville comme Paris sinon on va dans le mur.

L'île n'est donc pas en retard sur ce point-là ?

On n’a pas pris de retard mais on anticipe un peu. On sent bien qu’en prononçant le mot Samu social on peut heurter un certain nombre de sensibilités, parce que c’est la constatation que notre pauvreté atteint désormais ces niveaux-là. Cette situation s'est aussi aggravée en raison de la pandémie de Covid qui a eu des conséquences économiques et des incidences psychologiques anxiogènes. 

Avez-vous des exemples de villes similaires à Ajaccio ou Bastia qui disposent déjà d’une telle structure ? 

Oui. D’ailleurs, mercredi, un responsable de la Croix Rouge qui s'occupe des Samu sociaux viendra nous parler de Poitiers, d’Angoulême et de La Réunion. Il y aura la notion de "petites villes" et d’insularité. Ce sera très intéressant car en Corse on est proche de ces réalités-là. De notre côté, nous apporterons notre connaissance du terrain, avec nos spécificités particulières.

On est davantage dans une réunion d’action que dans un simple colloque où l’on va discuter comme ça.

François Pernin

Selon vous, quand ce Samu social corse pourrait-il voir le jour ?

Même si on la souhaite bien évidemment le plus vite possible, cette création n’est pas pour demain. Les acteurs de terrain sont prêts mais il faut encore une acceptation politique à différents niveaux : national, territorial et municipal. Ensuite, tout ce qui va structurer ce Samu social se fera sur un cahier des charges précis. Néanmoins, un certain nombre de choses fonctionnent déjà très bien. Le background est prêt. Et l’esprit Samu Social est déjà là. Maintenant, il faut se structurer pour vraiment être réactif sur l’urgence afin que l’on puisse y répondre. Ce qu’il faut, c’est le contact direct, réactif et reconnu d’un Samu social qui sera le pendant d’un Samu médical, et plus tard je l’espère d’un Samu psychiatrique. 

À vous entendre avant ce colloque, vous semblez déjà avoir à l'esprit les différents actes à réaliser pour créer la structure…

Avec la Coordination inter-associative de Lutte contre l'Exclusion (CLE), on n’organise pas un colloque de parole uniquement pour parler. L’an dernier, sur le thème du développement durable et de la précarité, les intervenants avaient apporté des solutions "clés en main" pour les maires concernés par cette problématique. Ce mercredi, on va parler de la création d’un Samu social en Corse pour la rendre possible. On est donc davantage dans une réunion d’action que dans un simple colloque où l’on va discuter comme ça. Dans cette nécessité de créer ce Samu social, il y a simplement la volonté d’apporter le meilleur service aux gens en danger. Parce qu’au bout de tout ça, c’est très simple, il y a la mort. On ne fait pas dans la dentelle. On va éviter que des gens ne meurent.

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