François-Xavier Bustillo, nouvel évêque de Corse, livre sa vision de sa mission dans l'île

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Écrit par Audrey Altimare .

François-Xavier Bustillo recevra l'ordination épiscopale le 13 juin prochain. Dans un entretien à France 3 Corse, il évoque sa relation à la religion et sa vision de la mission qui lui est confiée en Corse.   

François-Xavier Bustillo a été nommé évêque de Corse le 11 mai dernier par le pape François.

Né en 1968 à Pampelune,  François-Xavier Bustillo suit une formation franciscaine à Toulouse et en Italie avant d'être ordonné prêtre en 1994. D'abord curé puis vicaire épiscopal à Narbonne, il est, depuis 2018, gardien du couvent Saint-Maximilien Kolbe à Lourdes.

François-Xavier Bustillo recevra l'ordination épiscopale le 13 juin prochain. À l'occasion de sa première visite à Ajaccio, il a accordé un entretien à France 3 Corse ViaStella.

  • Quelle est votre vision du rôle d'un évêque ?

François-Xavier Bustillo : Je pense que l'évêque n'est pas seulement un fonctionnaire et l'évêché n'est pas une maison d'administration même s'il faut être responsable. Je pense que l'évêque doit être un pasteur. Pendant longtemps on a dissocié la mission du prêtre ou de l'évêque, on les a vus comme des hommes du culte, souvent débordés et devant assumer beaucoup de logistique. Mais je pense que le prêtre et l'évêque doivent être des hommes de communion et de contact.

Ma mission en tant qu'évêque et de franciscain c'est de travailler la proximité pour qu'il y ait une belle intelligence relationnelle sans forcer mais sans être indifférent non plus.

  • Vous parlez beaucoup d'écoute, de rencontres, de proximité et d'amour. C'est ce que vous inspire la Corse ?

F-X.B. : Oui. Parce qu'il me semble que nous vivons dans une société où il y a un déficit d'écoute et d'amour. Tout le monde se plaint de la violence, personnellement je suis terrifié que je vois dans l'actualité des jeunes très violents, qui se tuent. A la fin, tout le monde essaye de gérer, de légiférer mais je me dis qu'à la racine il y a un problème d'amour. Je ne dis pas "Amour, gloire et beauté", je dis l'amour de l'évangile, c'est-à-dire un amour qui va jusqu'au bout, qui construit.

Amour signifie absence de mort. Et quand on aime on est dans le mouvement de la vie. Si notre société est parfois cruelle, dure et difficile, c'est parce que l'amour qui est le moteur de la vie est absent. Moi je vais aimer à ma manière et je crois que c'est fondamental d'aimer dans l'esprit de l'évangile dans un amour gratuit, libre et respectueux.

 

  • Lorsque vous parlez d'amour vous parlez aux croyants, mais aussi aux non-croyants. C'est important de s'ouvrir à cette population non-croyante ?

F-X.B. : Absolument, ça a été le moteur de ma mission. Pendant de nombreuses années j'ai vécu avec une pratique catholique très légère avec beaucoup de catholiques non-pratiquants voire hostiles. L'enjeu c'est d'écouter tout le monde et de rencontrer tout le monde. Tout le monde à quelque chose de bon et de bien à proposer, à nous de le voir, de le saisir et de le mettre en valeur.

Parce qu'il y a des catholiques pratiquants, c'est formidable, il y a aussi des catholiques non-pratiquants, des gens qui ne sont pas catholiques du tout mais il y a des valeurs. On peut se retrouver sur le terrain des valeurs. On aspire tous à une vie meilleure et il faut trouver l'espace où on peut se retrouver. On n'a peut-être pas la même foi mais on a les mêmes aspirations. À nous d'être attentifs et à avoir du tact dans le contact pour saisir ce qui est bon et bien en chacun.

  • Vous abordez les valeurs, l'identité forte, vous avez déjà connu ça au pays basque, vous pensez retrouvez ça en Corse ?

F-X.B. : Je pense qu'il y a beaucoup d'analogies et je trouve ça fascinant. Ce sont des terres avec une culture et des racines profondes et des personnes qui ont eu la capacité de conserver la tradition, de donner une continuité aux traditions et c'est là que l'on peut se retrouver.

Je pense que lorsque l'on parle de traditions et de racines, c'est la sève, c'est la vie. En un sens, les Corses ont voulu transmettre leur vie aux générations actuelles, même maintenant au XXIe siècle. C'est formidable parce que nous vivons dans une société où souvent on risque d'être dilué dans des vies assez floues. C'est dommage. 

  • Les traditions en Corse sont aussi les confréries et là aussi vous êtes ouvert ?

F-X.B. : Bien sûr parce que c'est un groupe où on se retrouve et c'est déjà une force. Dans un monde assez individualiste, et loin de moi l'idée de diaboliser le monde, où nous voyons naître des idées de fatalisme par rapport à la vie en commun, quand il y a des confréries les gens se retrouvent pour vivre la solidarité, la fraternité.

Eux aussi ont des traditions, des articulations internes mais en même temps il y a des manifestations extérieures. Donc pour moi il est aussi important de voir comment ils vivent, de quoi ils rêvent et où ils vont. Il est important pour moi de saisir tout ce qui est bon et bien en chaque confrérie.

  • Vous arrivez en Corse en période électorale, lors de votre nomination par le pape François vous disiez que vous n'étiez ni maire, ni député et que vous arriviez sans programme, ni projet …

F-X.B. : Je dois apporter à la société ce que je suis, ma responsabilité et ma dimension spirituelle. J'ai toujours admiré ceux qui s'engagent en politique. Ceux qui ne s'engagent pas dans la vie politique peuvent se plaindre, se lamenter, mais ne proposent pas.

Tous ceux qui s'engagent dans la vie politique ont des propositions à faire pour que la vie sociale soit meilleure. Ils font leur travail, laïcité oblige, et moi j'apporte ce que je suis, ce que je sais et ce que je vois dans une société. Et je pense qu'il y a une belle complémentarité entre ces deux réalités. La dimension politique d'un côté avec la gestion de la vie sociale et la dimension spirituelle de l'autre côté.

  • Vous être franciscain, ouvert, moderne, c'est facile dans l'Église d'être tout ça à la fois ?

F-X.B. : Je pense que oui, après chacun a sa personnalité. Si on est responsable, et j'essaie de l'être, on ne peut pas se limiter à constater les failles d'une société. Il faut apporter des réponses et chacun avec son patrimoine et selon ses capacités. Personnellement je vais apporter à la Corse ce que je suis, avec les prêtres, les diacres, les religieux et tous ceux qui croient et qui veulent avancer ensemble.

  • Pour terminer, quel message voulez-vous passer aux Corses ?

F-X.B. : Je le dis avec beaucoup de simplicité, je ne viens pas ici pour gérer, je viens ici pour aimer. Derrière le mot aimer j'entends la capacité d'avoir du respect pour chaque personne et de découvrir chaque personne.

Je suis convaincu que ma mission c'est de sortir l'être de l'autre. C'est à ce moment-là que l'on s'enrichit et que l'on crée une communion. Si on est indifférent on est dans le protocole mais on reste distant. Je pense qu'il est important qu'il y ait un contact vrai et authentique. Je crois profondément aux relations authentiques.

 

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