Ghjiseppu Turchini : "avec a Scola Corsa, la langue corse doit redevenir a lingua di u pane"

Ghjiseppu Turchini est le président de la Scola Corsa Federazione, qui a ouvert ses deux premières classes, à Bastia et Biguglia, en cette rentrée scolaire 2021. L'occasion de faire un point sur les choix et les craintes de l'association, qui s'est donné un défi de taille.

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Il existe déjà six écoles immersives en langue corse sur l'île. Pourquoi avoir créé Scola Corsa ? 
L'immersif dans le public n'est permis que sous l'aspect expérimental. Et puis cette expérience prend fin à l'entrée au CP. Les enfants, à ce moment-là, rejoignent le cursus classique. Nous, nous avons l'ambition de nous développer jusqu'au lycée. Enfin, dans l'immersif, la langue corse ne représente que 70 à 80 % de l'enseignement. Le reste se fait en français. 

Et ces 20 % font tant de différence que cela ? 
Evidemment. Seule une immersion totale produit des résultats probants. D'autant que ces 70 à 80 % concernent le temps scolaire, et pas le reste du temps. A a Scola Corsa, nous pensons que les gosses, quand ils sortent en récréation, ne doivent pas recommencer à parler français ! Alors le corse est présent partout. Dans les activités scolaires et périscolaires, durant les sorties, les activités sportives, à la cantine ou à la garderie. Comme c'est le cas au Pays Basque ou en Bretagne.   

Il n'est pas question d'opposer un monolinguisme à un autre monolinguisme.

Et que répondez-vous à celles et ceux qui vous accusent d'écarter le Français ? 
C'est ridicule. Le Français est omniprésent dans la vie des élèves et des parents ! Comment croire qu'il puisse pâtir d'une telle initiative ? Il n'est pas question d'imposer un monolinguisme en réponse à un autre monolinguisme. Et puis il est prouvé par les statistiques de l'Education nationale que les élèves issus de l'immersif n'ont pas de compétences moindres en français, mais au contraire meilleures. Au bac français, les résultats sont meilleurs en immersion. Ensuite en bilingue. Et enfin, en cursus standard...

Un enseignement gratuit

N'avez-vous pas dû faire face aux craintes de parents qui ont pu croire que ce n'était pas vraiment une école avec les mêmes garanties que celles du public ? 
Nous avons fait des réunions, pour expliquer notre démarche. C'est une démarche pédagogique qui répond à toutes les exigences pédagogiques d'une école digne de ce nom. Les élèves bénéficieront du même programme que celui des écoles du public, et leur évaluation sera la même. A une différence près. Cela se fera en langue corse, voilà tout. Et nos trois enseignantes ont été recrutées dans le vivier du service public. Elles étaient jusque-là enseignantes en site immersif. 

Elèves, parents, enseignante, élus et membres d'A Scola Corsa devant l'école Simone Peretti, à Biguglia. © S.Bonifay/ FTV

Pour autant, vous restez dans le giron du ministère ?
Notre démarche vise en tout cas à recevoir l'agrément de l'Education nationale, dans trois ans. Voire peut-être dès l'année prochaine. Comme c'est le cas dans les autres régions du réseau Eskolim. 

Nos trois enseignantes ont été recrutées dans le vivier du service public.

Comment financer un tel projet, en dehors du giron du ministère ? 
Ce n'est pas facile. Le budget pour les deux écoles, cette année, est d'environ 100.000 euros. Et il faut rappeler bien sûr que l'enseignement est totalement gratuit pour les enfants. Alors pour l'heure, le financement nous incombe entièrement. La CDC et les mairies, bien sûr, nous aident grandement. Et nous avons de notre côté réussi à réunir 50.000 euros, grâce à la souscription que nous avons lancée. Les entreprises, les particuliers se sont mobilisés. On sent un vrai engouement. Les gens sentent qu'il se passe quelque chose de fondamental, avec la création d'A Scola Corsa.  

Ghjiseppu Turchini (à droite), au côté de l'eurodéputé François Alfonsi, à l'initiative du projet. © S.Bonifay/FTV

Le plus dur est fait ? 

Certainement pas. On n'est pas à l'abri que le Conseil constitutionnel bloque les financements de la Collectivité de Corse. Ou que l'Etat nous refuse l'agrément. Ce qui mettrait en péril à Scola Corsa. Pour pouvoir nous développer, et ouvrir d'autres écoles, il faut absolument que le ministère de l'Education nationale prenne en charge le poste budgétaire principal, celui des salaires des enseignants...

Au Pays Basque, ils ont commencé avec 5 élèves, dans une salle à manger...

Vous avez bon espoir ?
Prenez le Pays Basque. Ils sont 300.000 comme nous, c'est en tout point comparable à la Corse. Ils ont commencé il y a cinquante ans. Avec une première classe de cinq élèves, dans une salle à manger. Les professeurs ont hypothéqué leur maison pour pouvoir trouver un local. Et aujourd'hui ils sont 45.000 élèves, dans 50 écoles primaires, 4 ou 5 collèges et un lycée, à Bayonne. Alors bien sûr, on a bon espoir. 

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