Docteur Anthony Sanchez : "l'hyperactivité, c'est comme la fièvre. C'est juste un symptôme. A nous de découvrir de quoi"

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Durant toute la journée d'hier, un colloque s'est tenu sur le sujet à l'Alb'Oru. Des spécialistes de la question se sont succédé derrière le pupitre, afin de donner des clés pour mieux comprendre un trouble très répandu, et qui inquiète les parents. Nous avons voulu en savoir plus.

Le TDAH, ou Trouble du Déficit de l'Attention/Hyperactivité. Un trouble du comportement dont tout le monde a entendu parler, mais dont seules celles et ceux qui y sont confrontés quotidiennement connaissent vraiment la réalité. 

Ce 15 juin se tenait à l'Alb'Oru, à Bastia, un colloque organisé par la mairie de Bastia, avec l'hôpital, la MDPH, les Peps2 2B, l'IREPS de Corse, le pôle Salute et l'association Corsia Dys-TDAH;

Le but, offrir toutes les informations possibles sur le TDAH, et permettre les échanges. Et près de deux cent personnes étaient réunies à l'Alb'Oru pour assister aux interventions des spécialistes du sujet. 

Dans l'assistance, associations, professionnels, et représentants du corps professoral, confrontés au quotidien à des enfants victimes de ce trouble très répandu. Mais le colloque était également ouvert à tous, et gratuit, afin permettre de mieux comprendre ce qu'est le Trouble du Déficit de l'Attention/Hyperactivité. 

Nous avons demandé au docteur Anthony Sanchez, spécialisé en neurologie pédiatrique à Bastia, de nous en dire plus. 

Entretien

Quels sont les signes qui doivent alerter, chez un enfant ? 
Il y a plusieurs signes. Un trouble de la concentration à l'école, un refus de faire ses devoirs, une agitation psychomotrice qui persiste malgré les années, une impulsivité dans les réponses...
Mais le premier symptôme, c'est l'inattention. L'inaptitude à ce qui demande un effort mental soutenu. 

On imagine les conséquences...
Ca va se répercuter dans sa vie scolaire. A travers une difficulté à accéder au langage écrit, par exemple. Ce n'est pas une question d'intelligence. Il ne peut pas, tout simplement. Mais cela se retrouve aussi dans sa vie sociale. Tout sera compliqué, par rapport à un enfant du même âge, et qui ne sera pas atteint de TDAH.

On a l'impression que l'hyperactivité est un terme utilisé parfois à tort et à travers. C'est votre sentiment ? 
C'est un mot tiroir, effectivement, c'est un peu galvaudé. On peut jouer au tennis, au foot, avoir des tas d'amis, sauter dans tous les sens, multiplier les activités, avoir besoin sans cesse d'être sollicité, et pour autant, si cela n'a pas de répercussions négatives, peu importe. On peut très bien vivre avec. En fait, l'hyperactivité, c'est comme la fièvre. C'est juste un symptôme. Et c'est à nous de découvrir de quoi c'est un symptôme. Est-ce que l'enfant est maltraité, anxieux, TDAH, haut potentiel, autiste... 

A partir de quel âge doit-on s'inquiéter ? 
Vous savez, à 4 ans, l'hyperactivité n'est pas anormale. Etre hyperactif, à cet âge-là, alors que le processus attentionnel est bas, c'est normal. On ne peut poser un vrai diagnostic qu'à partir de 6, 7 ans, même si on sentait qu'il y avait quelque chose auparavant. Et il ne s'agit pas, de toute manière, de poser un diagnostic en une consultation. Il faut laisser le temps à l'enfant de suivre sa trajectoire comportementale. 

Sait-on à quoi ces troubles sont dus ? 
Comme la dyslexie, ou le trouble du spectre d'autisme, ce sont des troubles du développement, et c'est pendant la grossesse qu'il s'est passé quelque chose. On a une explication spécifique pour chacun de ces troubles, mais ils peuvent être aggravés, ensuite, par l'environnement dans lequel ils évoluent, comme tous les troubles. 

On vit une époque d'immédiateté, où l'on est entourés d'écrans, et sollicités en permanence. N'est-ce pas un danger supplémentaire ? 
Tout le monde est happé par ça, pas uniquement les TDAH. Mais, à notre différence, leur cerveau a besoin de dopamine, en permanence. Ce sont des enfants très créatifs, alors pour eux, je ne dirais pas que les tablettes et les jeux vidéo sont un avantage, mais ça peut l'être. Ils sont stimulés en permanence, sautent d'une chose à l'autre, et cela les maintient éveillé. 

Mais n'est-ce pas, d'une certaine manière, les pousser du côté où ils penchent déjà ? En clair, accentuer encore les troubles ? 
C'est comme tout dans la vie, il ne faut pas abuser. S'ils passent six heures par jour sur un écran, ce n'est pas bon, bien sûr. C'est autant de temps qu'ils n'utiliseront pas dans leur vie sociale, leur vie scolaire, ou une discussion avec leur père ou leur mère. Autant de choses qui sont importantes pour la construction d'un enfant. Mais trouver un équilibre, cela permettra de l'aider.