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Mutisme et poing levé à l'ouverture du procès de trois nationalistes corses

Nicolas Battini fait de son procès une tribune politique
Marie-Françoise Stefani

Mutisme et poing levé: le procès de trois jeunes nationalistes corses jugés pour un attentat commis en 2012 contre la sous-préfecture de Corte (Haute-Corse) s'est ouvert mercredi devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Par AFP

Seul accusé à comparaître détenu, Nicolas Battini, portant lunettes et barbe, vêtu d'un costume noir et d'une chemise blanche, a fait son entrée dans le box de la cour d'assises le poing levé, lançant "Viva a Nazione" à des proches assis dans la salle.

S'il accepte de décliner son identité, son âge et son lieu de naissance, il prévient la cour qu'il refusera ensuite de répondre aux questions. "Vous pouvez changer d'avis, la grandeur de l'être humain, c'est d'évoluer", lui glisse la présidente Jacqueline Audax sans trop y croire.

Silence sur l'affaire


Depuis son arrestation, Nicolas Battini a en effet refusé de répondre aux questions des enquêteurs et des juges sur l'affaire, se contentant de développer un discours politique.
Devant la cour, il lit un texte dans lequel il affirme assumer ses "responsabilités et les conséquences de (ses) actes". "J'accepte de comparaître devant vous en tant que prisonnier politique", lance-t-il en réfutant d'avance "l'emploi du mot infâme de +terroriste+". Il fustige les témoins qui l'ont mis en cause en parlant des "trahisons de quelques vils personnages (...) qui ont permis de (le) confondre".

"J'accepte de comparaître devant vous en tant que prisonnier politique"


"J'ai rallié la cause du peuple corse en sachant parfaitement à quoi je m'exposais (...) et "je paierai le prix de mon engagement sans aucun regret", ajoute Battini en affichant sa fidélité au gouvernement actuel de la Corse, dirigé par des nationalistes. Déniant toute "légitimité" à la cour d'assises pour le juger, il finit son texte en lançant à ses juges: "faites votre devoir, je suis convaincu d'avoir fait le mien".

Quelques jours avant l'ouverture du procès, il justifiait à nouveau son "combat politique" sur une radio locale corse, Radio Paese (radio pays) qui l'avait enregistré dans sa cellule de la maison de Bois-d'Arcy (Yvelines). Assis face à la cour devant le box, le second accusé, Stéphane Tomasini, lui, comparaît libre. Visage juvénile, sweat-shirt, jean, baskets, il explique avoir repris des études à l'université de Corte par correspondance.

Le dernier accusé, Joseph-Marie Verdi, sera le grand absent du procès. Le petit-fils de Charles Pieri, figure du nationalisme corse, est en fuite depuis le printemps 2013. Un mandat d'arrêt a été délivré contre lui.

Tentative d'attentat


Les trois jeunes hommes, âgés de 22 à 24 ans, sont accusés d'avoir participé à un attentat à la voiture bélier le 1er avril 2012 contre la sous-préfecture de Corte. Ce jour-là, une voiture avait défoncé la grille et pénétré dans la cour. Elle avait été incendiée et un engin explosif, qui n'avait pas fonctionné, avait été retrouvé.

Les accusés étaient tous trois à l'époque membres d'un syndicat étudiant Ghjuventu Indipendentista, implanté à l'université de Corte. Ce syndicat, proche du mouvement nationaliste Corsica Libera, affichait son soutien à l'action du FLNC, qui a annoncé le dépôt des armes en 2014. Le procès est prévu jusqu'au 7 octobre.

"Cette afaire relève de l'histoire"
 

"Cette affaire relève aujourd'hui de l'histoire. Ce que vous avez à juger est dépassé, définitivement dépassé", a expliqué à la cour le président nationaliste de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, cité à l'audience par la défense.

Evoquant la situation des corses poursuivis ou en prison, il a expliqué que 95% des Corses étaient pour une amnistie. "Vous ne pouvez pas la décider mais vous pouvez prendre en compte la situation de la Corse d'aujourd'hui. Elle a besoin de sa jeunesse..." Le procès est prévu jusqu'au 7 octobre.

 

Mutisme et poing levé à l'ouverture du procès de trois nationalistes corses
Equipe : Marie-Françoise STEFANI

 

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