Bastia affiche son opposition à la métropolisation d'Ajaccio

L'évocation, par le ministre de l'Intérieur, d'une possible métropolisation d'Ajaccio fait grincer des dents du côté de Bastia. Lors du Conseil communautaire du 19 février, la majorité a tenu à faire savoir qu'elle resterait vigilante sur le sujet.

Métropolisation. Le terme est sur toutes les lèvres lors du Conseil communautaire de ce lundi 19 février.

L'idée avait été avancée, parmi de nombreuses autres, lors du discours d'Emmanuel Macron, en septembre dernier. Mais, dans l'effervescence du moment, alors que d'innombrables questions se posaient sur le processus d'autonomie, l'idée d'une métropolisation d'Ajaccio était passée plutôt inaperçue.

Six mois après, son retour, à l'occasion d'un entretien accordé par Gérald Darmanin à nos confrères de Corse-Matin, provoque bien plus de remous.

Sud contre Nord

"Ce projet de métropolisation n'a jamais été abordé dans aucune réunion, ni à Beauvau, ni en Corse", rappelle Pierre Savelli à la tribune du Conseil communautaire. Et son adoption serait, pour Louis Pozzo di Borgo, le président de la CAB, "un cataclysme pour le territoire".

Il n'est guère étonnant que la nouvelle suscite l'inquiétude du côté de Bastia. Ce serait l'assurance d'une puissance accrue pour Ajaccio, la rivale sudiste. Et le Nord n'entend pas rester à la traîne.

À demi-mot, Louis Pozzo di Borgo y voit l'ébauche d'un coup de force. "Une fois qu'on aura défini le périmètre de l'autonomie, discutons organisation infraterritoriale, dans le respect des territoires. Pour l'heure, on ne connaît pas le périmètre de cette métropole, on ne connaît pas les compétences transférées".

Pour le président de la communauté de communes, cette métropolisation, en l'état, pourrait avoir de graves conséquences, et pas uniquement pour Bastia et les communes alentour : "Ce débat-là, on doit l'avoir dans le respect de chacun. C'est du moins notre vision d'un territoire équilibré, avec de l'urbain solidaire du rural. Que deviendrait le rural, de nos jours, sans le soutien de l'urbain ? Le rural ne peut pas devenir une réserve d'Indiens à laquelle on jetterait quelques pièces en passant".

Deux métropoles

Dans l'opposition, on ne voit pas vraiment les choses de la même manière. Jean Zuccarelli estime que si Ajaccio a sa métropole, Bastia doit avoir la sienne. Pour Julien Morganti, c'est l'occasion de repenser l'architecture institutionnelle de la Corse : "on aurait deux métropoles qui engloberaient chacune 100.000 habitants, et le reste de la Corse serait sous l'autorité de la Collectivité de Corse. Bastia pourrait récupérer quatre compétences propres : l'action sociale, le logement, l'action économique, et l'ensemble des réseaux et des infrastructures, afin d'avoir un projet de territoire cohérent pour servir la population".

Pour les Nationalistes, la métropolisation d'Ajaccio, c'est avant tout un moyen d'obtenir "une autonomie dans l'autonomie". La ville assiérait ainsi un peu plus son statut de bastion de droite face à la majorité nationaliste au pouvoir à l'Assemblée de Corse, et se donnerait les moyens d'une certaine indépendance, dans le cas où les négociations en faveur d'une autonomie de la Corse viendraient à aboutir.

Hier soir, le Conseil majoritaire a voté une résolution stipulant qu'une nouvelle organisation institutionnelle issue du processus de Beauvau ne peut avoir pour prisme la métropolisation. 

Seuls les trois opposants de la majorité bastiaise ont voté contre.