Bastia : une plainte déposée après un contrôle de police violent

Choqué et anxieux. C'est ainsi que se décrit Mario, 58 ans. Cet habitant de la région bastaise a déposé une plainte, dimanche 22 novembre, à l'encontre d'un CRS. Il l'accuse de l'avoir agressé physiquement et verbalement lors d'un banal contrôle d'attestation de sortie.
ILLUSTRATION - Le commissariat de Bastia
ILLUSTRATION - Le commissariat de Bastia © Christian Giugliano
C'est une nuit pour le moins tourmentée que décrit Mario, 58 ans. Dimanche 22 novembre, cet habitant de la région bastiaise prend le volant de son véhicule en direction de l'aéroport de Bastia-Poretta, où il s'est engagé à récupérer un ami. 

Mais en chemin, avenue de la libération, devant la caserne de pompiers de Bastia, Mario est arrêté par un groupe de CRS. Il est alors aux environs de 21h15. Les policiers procèdent à des contrôles aléatoires des attestations de sortie relatives au confinement. 

Mario tend son attestation et ses papiers d'identité. Mais est malgré tout retenu par les agents de police."Un CRS s'est présenté à la fenêtre de mon véhicule et m'a expliqué qu'il y avait un problème avec l'assurance", raconte Mario.

L'agent lui demande alors les papiers de la voiture. Problème : le véhicule appartenant à son épouse, les documents se trouvent dans le sac-à-main de cette dernière, absente du voyage. Impossible également pour Mario de présenter son permis de conduire, oublié chez lui.

"Je lui ai dit : « J'appelle ma femme pour qu'elle me ramène les papiers »", poursuit le quinquagénaire. Dans le même temps, Mario propose à l'agent de lui montrer des photos de son permis, dont il dispose sur son téléphone. Et c'est à ce moment précis que la soirée aurait selon lui dégénérée.

Supposé usage de violence et d'intimidation

"Le CRS a pris mon portable, l'a jeté au sol et m'a dit : « J'en ai rien à branler de tes photos et de ton téléphone ! »". L'agent lui aurait alors intimé de sortir de la voiture, ce que Mario aurait refusé. Le CRS, poursuit-il, l'aurait alors sorti de force.

"Il m'a plaqué contre la carrosserie en me tenant par le cou, et m'a donné plusieurs coups de poings sur la poitrine", assure le quinquagénaire. "Je lui ai dit que je connaissais du monde à la caserne des pompiers pour qu'il se calme, et il m'a répondu : « C'est une menace ? ». Je lui ai dit que non, mais il m'a mis une gifle et m'a repoussé dans la voiture."

Le policier, poursuit Mario, aurait ensuite "mis sa tête dans la voiture" - moment durant lequel il assure avoir pu sentir "la forte odeur d'alcool dans l'haleine" de l'agent -, en continuant à lui serrer le cou. "Puis il m'a dit : « Sale Corse, tu ne me fais pas peur » [des propos qui n'ont à ce stade pas été confirmés par l'enquête]. Tout ça alors que mon épouse était toujours à l'autre bout de la ligne du téléphone, et entendait tout ce qu'il se passait."

Il m'a plaqué contre la carrosserie en me tenant par le cou, et m'a donné plusieurs coups de poings sur la poitrine.

L'agent aurait fini par s'éloigner du véhicule, avant d'être remplacé par une de ses collègues.

Là encore, décrit Mario, l'échange aurait été tendu. "Je n'ai plus que cinq points sur mon permis, donc elle me dit que je suis un mauvais conducteur. Ce à quoi je réponds qu'il est facile aujourd'hui de perdre des points. Elle s'énerve et me dit de ne pas l'agresser, ce que je ne faisais pas."

Plainte déposée dans la soirée

Un troisième policier, plus gradé que les deux autres, serait alors intervenu. Il aurait intimé à ses subalternes de "le laisser partir" avec une simple amende pour non-présentation d'assurance.

Mario descend alors chercher son ami à l'aéroport, avec presque une heure de retard sur l'horaire convenu.

Bouleversé par les événements, il raconte avoir appris, une fois rentré à son domicile, que son épouse avait déjà contacté le commissariat de Bastia. "Ce sont eux qui m'ont appelé dans la foulée, assure-t-il. Ils m'ont demandé de venir porter plainte pour ce qui s'était passé."

Une fois sur place, il décrit un accueil "compréhensif" de la part des policiers. Ces derniers lui auraient assuré leur soutien.

"Ils ne comprenaient pas cette violence, souffle Mario. Ils ont tous été très gentils avec moi, m'ont dit « Monsieur, on est avec vous. Vous savez, on n'est pas tous comme ça.» Un policier m'a même appelé pour me dire de ne pas m'en faire, qu'ils feraient tous bien remonter l'information, et qu'ils s'excusaient pour ce qui s'était passé."

Transporté en fin de soirée aux urgences, Mario se voit prescrire cinq jours d'incapacité temporaire de travail. "Le médecin qui me traitait m'a demandé ce qui m'était arrivé. Et quand je lui ai raconté, il m'a dit que ça commençait à bien faire, et que je n'étais pas le premier dans cette situation".

Confrontation organisée le lendemain

Depuis cette affaire, Mario a revu le CRS qu'il accuse de l'avoir agressé lors d'une confrontation organisée au commissariat de Bastia, lundi 23 novembre.

"Je lui ai demandé : « Mais pourquoi vous m'avez fait ça ? » et il m'a dit que je l'avais agressé verbalement, que j'avais été colérique. C'est faux, je suis resté très calme tout au long de cet épisode. Je lui ai quand même dit que si ça avait été le cas, il aurait fallu m'emmener au poste, je l'aurais suivi sans problèmes. Mais il n'y avait pas de raison de me frapper."

Ce sont des CRS du continent. [...] On ne supporte pas de travailler avec eux.

Mario affirme avoir reçu, à nouveau, le soutien des forces de l'ordre. "Un policier est même venu me voir et m'a dit : « Ce sont des CRS du continent. Ils viennent là pour casser du Corse. On ne supporte pas de travailler avec eux.»"

Aujourd'hui, deux jours après cette nuit mouvementée, Mario témoigne être toujours "très choqué" et blessé "psychologiquement".

"Ce sont des gens qui sont censés nous protéger, pas nous attaquer. Nous sommes dans une République, on n'a pas le droit de maltraiter les gens comme ça."

Père de trois enfants et chef d'une entreprise dans le bâtiment, "je n'ai jamais eu aucun problème avec la police", clame-t-il. "Mais maintenant, je suis anxieux. J'ai une fille de 20 ans, et je me dis, et si ça avait été elle dans la voiture ? Si je n'étais pas resté calme ce soir-là, je ne sais pas comment tout cela se serait terminé."

Enquête en cours

Contacté, Arnaud Viornery, procureur de la République de Bastia, confirme qu'une plainte a bien été déposée pour agression. "Une enquête a été diligentée pour éclaircir la situation, et déterminer si la plainte est fondée, ou si elle ne l'est pas", précise-t-il.

Nous sommes encore au stade d'un plaignant qui dénonce des faits. Il faut rester prudent.

Arnaud Viornery, procureur de la République de Bastia

Arnaud Viornery indique ne pas avoir la connaissance d'autres plaintes récentes du même acabit. "Mais dès qu'une plainte d'agression par un agent est déposée, par définition, nous ouvrons une enquête."

Le policier accusé exerce de son côté pour l'heure toujours ses fonctions le temps de l'enquête. "Il n'y a en l'état pas d'éléments qui, de mon côté, justifieraient à ce stade de mettre à pied le policier en question. Nous sommes encore au stade d'un plaignant qui dénonce des faits. Il faut rester prudent."
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