Interpellation de onze militants nationalistes : la vidéo qui fait polémique

Des policiers de la Sdat qui prendraient la pose sur le tarmarc de l'aéroport Bastia Poretta, devant l'avion dans lequel seraient les 10 militants interpellés lundi et depuis transferés à Paris. Cette vidéo, postée jeudi matin par l'association Aiutu Paisanu, fait polémique sur les réseaux sociaux.

© Capture d'écran Aiutu Paisanu
Des policiers en file devant un avion, sur le tarmac de l'aéroport Bastia Porretta, font face à un autre homme, accroupi quelques mètres plus loin. Il tient à la main ce qui pourrait être un appareil photo.

Cette scène, filmée et publiée sur Twitter ce jeudi 12 décembre par l'association nationaliste Aiutu Paisanu, comptabilise à 17h plus de 11 800 vues. Et a lancé une polémique. Car selon les allégations du vidéaste, "les policiers de la Sdat, cagoulés" prendraient une photo de groupe "devant leur « trophée »".
 
Ces policiers, membres de la sous-direction anti-terroriste, étaient en Corse dans le cadre d'enquêtes du Parquet national anti-terroriste portant sur des attentats ayant visés des résidences secondaires au printemps dernier.

Onze personnes ont dans un premier temps été interpellées, et 10 ont été transferées à Paris, où se poursuivent depuis les gardes-à-vues.
   

Entre vives critiques et interrogations



Les réactions des internautes sont nombreuses, depuis ce matin. Certains critiquent sévèrement ce qui aurait été selon Aiutu Paisanu l'acte des policiers : "c'est pitoyable", "toujours la même méprise de notre peuple", "lamentable, "il faut réagir face à ces dérives de l'Etat" .

À l'inverse, d'autres s'interrogent sur la crédibilité des allégations de l'association : "on ne voit rien du tout", "rien n'interdit de prendre une photo, surtout que les 10 jeunes ne sont pas présents", "vous en êtes sûrs comment qu'ils prennent une photo  Vous le leur avez demandé ?".
 

Réactions politiques


Plusieurs personnalités politiques ont également réagi à cet extrait. "Que font ou que fêtent ces policiers, au terme d’une opération qui a conduit à l’interpellation de 11 jeunes Corses et au transfert à Paris de 10 d’entre eux par avion spécial ? Le caractère ambigu et choquant de ces images impose une explication publique de Christophe Castaner" interpelle ainsi Gilles Simeoni, président du conseil exécutif.
 
Paul-Félix Benedetti est plus bref : "Safari en Corse pour la Sdat", commente le leader de Core in Fronte. 
 
Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse, estime que "le gouvernement Français doit s'expliquer au plus tôt sur ces pratiques inadmissibles". 

Le président de l'ADEC et de l'OFC Jean-Christophe Angelini exige de son côté des explications "et même des excuses publiques" : "que des policiers plastronnent ainsi après l’interpellation, au petit matin et manu militari, de 11 jeunes corses en dit long sur l’état d’esprit à l’endroit de notre peuple."
 
Jean-Félix Acquaviva fait quant à lui part de sa décision de saisir le procureur de la République "devant le large doute qui plane sur le comportement des policiers de la Sdat".
 
Une décision confirmée par le député de Haute-Corse Michel Castellani, qui poste sur son compte Twitter la copie de la lettre envoyée en son nom et ceux de Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani.

"Les images et le déroulé de la bande sonore peuvent laisser supposer la présence des jeunes interpellés aux côtés des policiers tels un "trophée" de chasse brandi, et comme de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux le postulent" écrivent ainsi les élus, qui estiment qu'"au regard du caractère ambigu et choquant de ces images, il est de la responsabilité du devoir judiciaire de lever toutes les ambiguïtés sur la réalité effective des comportements évoqués."
 
Si les faits sont averés, poursuivent-ils, "nous serions manifestement devant une humiliation publique de jeunes interpellés, une violation tant des principes fondamentaux du respect de la personne humaine en état de vulnérabilité que de la présemption d'innocence, garantie par le code pénal". 

Dans le cas contraire, "il appartient de mettre fin rapidement" à des rumeurs susceptibles de provoquer de graves tensions sociales et politiques en Corse, arguent-ils.

Contactée par nos soins, la procureure de la République de Bastia Caroline Tharot explique cependant ne pas avoir été à cette heure avisée ni saisie des faits en question.
 

Rassemblements de soutien


Les gardes à vues des 10 Corses interpellées se terminent vendredi 13 décembre 6h. Selon nos informations certains auraient déjà été déférés. 

Des rassemblements de soutiens se sont tenus jeudi soir devant les commissariats de Bastia et d'Ajaccio, et à la sous-préfecture de Corte.
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