Un militaire attaché à une cible d'obus et en proie à des tirs : un terrible bizutage à la base aérienne de Solenzara

Une recrue de la base aérienne 126 de Solenzara (Haute-Corse) a été bizuté, en 2019 : attaché à une cible, il a essuyé des tirs d'avions Mirage à proximité de sa personne. Deux ans plus tard, il a porté plainte. Le Chef d'état-major de l'Armée de l'Air a diligenté une enquête, ce vendredi 7 mai.

Illustration. Un exemple d'un avion Mirage 2000D de l'armée de l'Air française.
Illustration. Un exemple d'un avion Mirage 2000D de l'armée de l'Air française. © Alexandre Marchi/MaxPPP

Une scène d'une violence inouïe. D'après les informations rapportées par une enquête de La Provence, un militaire de la base aérienne 126 de Solenzara aurait été bizuté de la pire des manières, en 2019, par ses compagnons d'armes.

D'après les faits rapportés, la recrue, âgée d'une trentaine d'années, a enduré un long calvaire. Le matin du 27 mars 2019, le jeune homme "bardé de diplômes" débarque sur l'île en provenance d'Orange (Vaucluse). A peine arrivé, il est pris à partie par ses nouveaux acolytes et ses supérieurs. Les premières remarques désobligeantes à son encontre ne sont rien à côté de ce qui l'attend.

Dans un premier temps, il aurait été sommé de faire l'horloge humaine pendant de longues minutes, avec un bras qui indique les heures et l'autre les minutes. Mais encore une fois ces brimades n'ont rien à voir avec ce qui va suivre.

Tirs factices et tirs d'obus

Le jeune homme est ensuite cagoulé par ses confrères puis transporté au milieu du champ de tir de Diane, situé au nord de la BA126 de Solenzara. Ses mains attachées par du scotch, il a ensuite été ligoté au niveau du buste, des jambes et des pieds à une cible. Puis, pendant "vingt minutes", des avions Mirage ont volé autour de sa tête et ont lâché des obus près de sa personne, toujours cagoulée et attachée.

Des tirs réels ont été effectués sur des cibles à près de 500 mètres de lui, selon ses estimations. Il a entendu "des bruits d'obus qui se fracassent à sa droite provoquant un bruit effrayant et impressionnant", selon ses dires. La victime fait également part de tirs factices réalisés dans sa direction.

Toute la scène a été filmée et photographiée par les commanditaires de ce bizutage. Ces derniers l'ont ensuite relâché et l'ont sommé de rejoindre le pick-up à pieds joints. 

Une plainte déposée avec circonstance aggravante

Contacté, son avocat, maître Silvio Rossi-Arnaud, n'a pas encore répondu à nos sollicitations. Il a toutefois fait savoir à La Provence qu'une plainte pour "violences volontaires aggravées" et "mise en danger délibérée d'autrui" avait été déposée en milieu de semaine devant le parquet de Marseille. Le tout infligé par "des professionnels, personnels de l'armée et gradés", ce qui constitue une circonstance aggravante.

Après cet épisode traumatisant, la victime a demandé une réaffectation à plusieurs reprises, mais sans succès. Un nouveau désaveu qui l'a poussé, deux ans plus tard, à déposer cette plainte.

Dans un communiqué rendu public le 10 mai, la procureure de la République de Marseille, Dominique Laurens, indique qu'une enquête judiciaire a été ouverte et confiée à la section de recherches à la gendarmerie des transports aériens, sur la base de faits de violences avec arme et avec préméditation.

"Pour rappel, aux termes de l’article 11 de procédure pénale, précise le communiqué, sauf les cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction est secrète. Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines des articles 226-13 et 226-14 du code pénal. Toutefois, afin d’éviter la propagation d’informations parcellaires ou inexactes ou pour mettre fin à un trouble à l’ordre public, le procureur de la République peut d’office et à la demande de la juridiction d’instruction ou des parties, rendre publics des éléments objetifs tirés de la procédure ne tirant aucune appréciation sur le bien fondé des charges retenues contre les personnes mises en cause".

"Des sanctions fermes"

Joint par téléphone, la communication de la base de Solenzara a souhaité réagir par la voix du porte-parole de l'armée de l'Air et de l'Espace. "Récemment informé d'un événement datant de mars 2019, le Chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace (CEMAAE) a diligenté une enquête de commandement pour faire toute la lumière sur les faits portés à sa connaissance", explique son communiqué de presse.

"Cette enquête a conduit le commandement à engager le processus disciplinaire à l'encontre des responsables identifiés. Des sanctions fermes ont alors été prononcées", ajoute le document.

Le porte-parole précise : "Le CEMAAE tient à rappeler que l'armée de l'Air et de l'Espace condamne toute activité de nature à porter atteinte à l'intégrité physique, comme psychologique, de son personnel et à l'image de l'institution".

L'armée de l'Air conclut et ajoute qu'elle collaborera "de façon totalement transparente avec la justice" : "Elle se tient donc à sa disposition, en fonction des suites que le Procureur entendra donner au dépôt de plainte."

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