Journée mondiale des mobilités : le Covid-19, "une double peine" pour les personnes à mobilité réduite

A l'occasion de la journée mondiale des mobilités, ce 30 avril, Florian L'Autellier, directeur territorial d'APF France Handicap, témoigne des conséquences du Covid-19 sur le quotidien des personnes à mobilité réduite. Il évoque également les progrès encore à faire pour l'accessibilité en Corse.

Illustration. Le 30 avril marque la journée mondiale des mobilités et de l'accessibilité.
Illustration. Le 30 avril marque la journée mondiale des mobilités et de l'accessibilité. © Loïc Venance/AFP

Quelles conséquences ont eu les confinements sur le quotidien des personnes à mobilité réduite ?

Les confinements ont aggravé la situation de certaines personnes en situation de handicap. Les confinements à répétition ont accentué leur isolement. Cela a été une double peine pour elles.

En France, il y a 12 millions de personnes en situation de handicap et seulement, 9 millions d’aidants. Ils sont nécessaires aux personnes en situation de handicap pour pouvoir fonctionner au quotidien. Mais, avec le confinement, beaucoup de ces aidants ont resserré leur lien à leur famille et à leur cercle proche. En Corse, ce phénomène s'est particulièrement illustré, avec la notion de la famille qui est très importante.

Les problématiques de confinement ont forcément touché les aidants. Et cela a donc eu des conséquences sur la vie des personnes dépendantes.

Les personnes en situation de handicap ont donc perdu en lien social, selon vous ?

Oui, il y a vraiment eu une problématique liée à l'isolement. Mais cette solitude ne date pas du confinement non plus.

On avait réalisé un spot publicitaire à ce sujet. Un individu était filmé chez lui, à sa fenêtre. Il ne pouvait pas sortir, pas avoir accès à l'éducation, à la culture. Avec un mouvement de caméra, on finissait par découvrir qu'il s'agit d'une personne en situation de handicap. On voulait interpeller les pouvoirs publics et les personnes valides, leur dire : "Regardez, quand vous nous avez placés en confinement, vous avez touché du doigt la situation de ceux qui ne peuvent pas se déplacer".

Pratiquement chaque personne en situation de handicap doit avoir un aidant au quotidien pour pouvoir fonctionner dans sa journée. En Corse, on a donc essayé de maintenir ce lien. Malgré les confinements, on s'est débrouillé pour procurer des petites aides, faire des courses ou des réparations à domicile quand la personne ne pouvait pas se déplacer... 

Au niveau de l'accessibilité des personnes en situation de handicap, quelle conséquence a eu la crise sanitaire ?

En Corse, l'accessibilité aux bâtiments n’a pas été aggravée par le confinement, vu qu’elle n’existe pratiquement pas. Très peu de choses ont été réalisées ces dernières années pour permettre aux personnes handicapées d'accéder à un lieu physique ou à des informations.

Quand vous regardez la Corse maintenant, elle est constituée de villes à trois étages, avec des dénivelés importants, des géographies urbaines parfois anarchiques, comme à Bastia. Ce sont autant d'éléments qui favorisent la rupture de la chaîne d'accessibilité. 

Cette chaîne d'accessibilité se définit par l'ensemble des services mis à disposition d'une personne en situation de handicap pour lui permettre de relier un point A à un point B sans recourir à l'aide d'une personne extérieure. En Corse, cette chaîne est trop souvent cassée.

Il suffit d'un défaut pour rompre cette chaîne. Il peut être lié au trottoir, à certaines parties de la voie publique qui ne sont pas aménagées, des erreurs de conception ou un mobilier urbain qui a été posé sans concertation...

Rien n'est fait pour remédier à cette situation ?

Ce n'est pas encore parfait mais des progrès ont été accomplis ces dernières années. Par exemple, dans le domaine des transports en commun, je pense que près de 90 % des bus insulaires sont désormais dotés d'une rampe. Mais certains problèmes persistent. Là est l'objectif de notre semaine d'action pour la journée mondiale de l'accessibilité. 

On veut dénoncer les problématiques actuelles : le peu de mise en accessibilité, malgré la loi de 2015 (loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, ndlr). A partir de cette loi, tous les propriétaires ou exploitants d’ERP (Etablissement recevant du public) devaient présenter un Agenda d’Accessibilité Programmée et s'engager à réaliser des travaux dans un délai donné.

Mais aujourd'hui en France, il y a 4 millions d’ERP en France. Seulement 400 000 sont vraiment accessibles, malgré la loi. On est loin du compte.

En Corse, quelle est la situation ?

Il existe 15 000 ERP sur l'île. Bien sûr, tous sont loin d'être accessibles. Il existe des sanctions pour les établissements qui manquent à leur obligation. Mais elles ne sont pas appliquées.

En 2018, nous avions poussé la direction départementale des territoires et de la mer, (DDTM) dans leur retranchement pour faire bouger les choses. Le service est chargé de l'aménagement des territoires. Alors, on leur avait envoyé 50 courriers en un an pour rappeler que certains ERP avaient un devoir de mise en accessibilité.

Il n'y a aucun motif de satisfaction ?

Si, bien sûr ! En Corse, aujourd’hui, tout ce qui est neuf répond aux normes d’accessibilité, notamment grâce à la loi ELAN. On peut tout de même regretter que l'obligation de 100 % de logements accessibles au handicap moteur dans l'immobilier neuf ait été supprimée et remplacée par un seuil de 10 %. Cela montre, en quelque sorte, la considération que l'on porte à notre combat.

Malgré tout, le logement doit pouvoir se rendre accessible avec des travaux simples. Globalement, pour ce qui est du neuf, tout est mis en accessibilité, au moins sur les accès à l’immeuble, les largeurs de porte, le hall, les ascenseurs...

En ce qui concerne les ERP dans le secteur public, des efforts ont été faits. Mais parfois avec beaucoup de maladresse. Je pense par exemple à l’académie de Corse à Ajaccio. Il y a des escaliers à l'entrée et aucun panneau qui indique que l’entrée pour les personnes en situation de handicap se trouve sur le côté. Si vous regardez un petit peu, vous trouvez cette entrée. Mais, après, vous avez la surprise de découvrir que l’interphone ne fonctionne pas. Cela illustre les progrès encore à faire en Corse. Si aucune sanction n’est appliquée, il n’y a pas de réel effort.

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