Luc Bereni, président d'Air Corsica : "contrairement à nos concurrents, nous n'avons pas de problème d'effectif. Mais nous ne sommes pas à l'abri de dommages collatéraux".

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Le secteur aérien mondial fait face à une crise d'importance, en raison des licenciements massifs liés au Covid, alors que la fréquentation repart rapidement. Conséquence, retards et annulations en série. Nous avons demandé au président de la compagnie aérienne corse comment il voit la saison qui s'ouvre.

Après deux années de confinement, le monde compte bien partir en vacances cet été. Et l'activité touristique, sur les cinq continents, connaît une spectaculaire explosion. Le problème, c'est que le secteur aérien n'a pas eu le temps de se remettre en ordre de marche. Alors, depuis quelques semaines, les annulations et les retards s'accumulent. La Corse ne devrait pas être épargnée. Nous avons rencontré Luc Bereni, le président du directoire d'Air Corsica. 

L'activité dans votre secteur reprend enfin. Mais la saison qui s'ouvre s'annonce compliquée. 
Le pont de l'Ascension et le week-end de la Pentecôte ont provoqué des congestions dans les aéroports. Nous le redoutions, et nous avions communiqué en direction des clients, pour qu'ils se présentent plus tôt que d'habitude à l'aéroport. Ces tests grandeur nature nous laissent penser que cette règle va s'appliquer tout l'été. 

Après le Covid, le secteur aérien a encore du mal à fonctionner à pleine charge.

Luc Bereni, Air Corsica

Dans certains grands aéroports européens, la situation a été bien pire que de simples retards, ou de longues files d'attente. Comment s'explique cette brusque panique dans les airs ? 
L'activité est brusquement revenue au niveau pré-Covid, et certains rouages de la chaîne du transport, et du tourisme en général, ont encore du mal à fonctionner à pleine charge. Le système subit de gros problèmes de tensions de moyens et de personnels. De nombreuses entités ont détruit beaucoup d'emplois pendant la crise sanitaire, et ont du mal à reconstituer leurs effectifs. 

Cela fait pourtant quelques mois que le Covid ne fait pas plus la Une des journaux...Les sociétés n'ont pas eu le temps de réembaucher ? 
Il ne suffit pas de claquer des doigts, malheureusement. D'abord, il faut trouver du monde. Ensuite, il faut former. Toutes les formalités, les accréditations prennent également du temps.  

Vous êtes confrontés au même problème ? 
Non. Chez Air Corsica, la période Covid a fait du mal, comme chez nos concurrents. Mais nous avons eu une politique sociale très claire, qui était de ne détruire aucun emploi. Les salariés, avec leurs compétences, leur expérience, sont toujours là. A 100 %. Nous n'avons pas à subir ce que les autres subissent. De surcroît, nous avons refait une campagne d'embauche de saisonniers, comme tous les ans, pour faire face à l'activité estivale. Ca représente 50 personnes au sol, et 45 personnels naviguant. 

Notre politique sociale, pendant la crise, a été de ne pas détruire d'emplois.

Doit-on en déduire que la saison s'annonce bien, contrairement à vos concurrents ? 
Si on est protégés de toute tension d'effectifs internes, en revanche, nous ne sommes pas totalement à l'abri. Nous pourrions, à des périodes totalement aléatoires, être victimes de tensions chez certains maillons de la chaîne des transports, dans des secteurs que nous ne maîtrisons pas entièrement. 

Lesquels ?
Les points sensibles, où l'ensemble des passagers passent, peu importe la compagnie sur laquelle ils volent. Le passage des formalités de sûreté, l'inspection, le filtrage. Au niveau des quatre aéroports corses, des dispositions ont été prises. La CCI a anticipé, notamment à Bastia, où deux nouveaux postes d'inspection ont été rajoutés. Au niveau des autres aéroports, ce n'est pas toujours le cas... Nous restons confiants. Mais il va sans doute falloir s'armer de patience, au cours des trois prochains mois.