Coronavirus : la Corse veut participer aux essais clinique à la chloroquine

Coronavirus : essais cliniques de chloroquine "prometteurs" à Marseille, le gouvernement a annoncé des essais plus vastes / © GERARD JULIEN / AFP
Coronavirus : essais cliniques de chloroquine "prometteurs" à Marseille, le gouvernement a annoncé des essais plus vastes / © GERARD JULIEN / AFP

Les recherches menées par le professeur Didier Raoult et son équipe, à Marseille, sont très prometteuses. La molécule, qui sert à lutter contre le paludisme, a prouvé son efficacité sur 24 malades du Covid-19. Reste à confirmer. La Corse propose son aide.

Par Sébastien Bonifay

Des tests complémentaires ont été lancés pour valider la théorie du professeur Raoult, et la Corse, qui est la région la plus touchée, proportionnellement au nombre d'habitants, souhaite y être associée. 
Gilles Simeoni, président de l'exécutif de l'île, a fait parvenir une demande au gouvernement en ce sens. 
 

Les hôpitaux de Bastia et d'Ajaccio n'étant pas des CHU, ils devraient pour cela être rattachés à un centre hospitaliser universitaire du continent, tel que celui de Marseille par exemple. 
 
Hôpital de la Timone - Fac de médecine / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Hôpital de la Timone - Fac de médecine / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

L'Université de Corse veut également prendre part à cette phase d'essais, à travers un collectif de membres de la communauté universitaire, qui devrait s'élargir au corps médical, mais également à la société civile

Elle demande que soit mis en oeuvre en Corse "sans délai le protocole développé par le professeur Raoult à la Timone." 

"L’Université de Corse est prête à apporter sa contribution pour produire des tests dans ses laboratoires afin qu'une phase de dépistage généralisé du Covid-19 soit entamée. Nous proposons de lancer et de coordonner scientifiquement cette opération à l'échelle territoriale et de mettre à disposition tout le plateau technologique et scientifique dont dispose l’Université de Corse."

 
 
ILLUSTRATION : Des tests sont menés, en ce moment même, dans plusieurs CHU de France, pour confirmer ou infirmer les premiers résultats de la Timone / © Marijan Murat / dpa / AFP
ILLUSTRATION : Des tests sont menés, en ce moment même, dans plusieurs CHU de France, pour confirmer ou infirmer les premiers résultats de la Timone / © Marijan Murat / dpa / AFP



La Choloroquine, qu'est-ce que c'est ?


"Si les résultats étaient concluants, "tout est prêt", et nous pourrions aller vers une voie thérapeutique". 

La déclaration d'Olivier Veran, ministre de la Santé, ce week-end, a résonné comme une lueur d'espoir dans un pays qui, chaque jour, voit augmenter de manière exponentielle le nombre de contaminés et de décès liés au coronavirus. 
 
 

Une solution qui n'a pas que des soutiens

Cette voie thérapeutique, c'est celle de la Chloroquine, une molécule utilisée depuis longtemps contre le paludisme. 

C'est le professeur Didier Raoult, directeur de l'Institut Hospitalio-Universiaire de Marseille, qui est à l'origine de cette découverte. 
Depuis de longues semaines, il se livre a des recherches sur cette molécules, et il affichait régulièrement, sur les vidéos qu'il rend publiques, une certaine confiance. 

Un temps, malgré la renommée de Didier Raoult, la prudence, autant dans les médias que auprès de la communauté des scientifiques, a été de mise. 
Certains l'ont traité de charlatan, tandis que d'autres, dans les quotidiens nationaux, l'ont classé au rang des auteurs de fake news...

C'est ce que dénonçait le professeur dans une vidéo, il y a quelques jours :

Le Monde a décidé que ce que je disais, en rapportant ce qu’avaient publié les Chinois, n’était pas vrai. Il y a même eu 'fake news' pendant 36 heures inscrit sur le site du ministère de la Santé ! - Didier Raoult

 

Le professeur Raoult, à Marseille / © Sylvie Garat / FTV
Le professeur Raoult, à Marseille / © Sylvie Garat / FTV
 

Des premiers résultats très encourageants

Mais, à la suite de l'étude dont les résultats ont été rendus publiques ces derniers jours, la tonalité générale a changé. 

Chez 24 patients atteints du coronavirus, les symptômes et le virus lui-même ont disparu 6 jours après la prise de l'anti-paludique Plaquenil, à base d'hydroxylochloroquine. 

Et la classe politique, submergée par la vague épidémique qui s'étend de manière alarmante, s'est mise à y croire...
Même s'il faut, selon le protocole en vigueur en France, confirmer ces résultats à une plus large échelle. 

Ce que n'a pas manqué de préciser Olivier Veran :
"Jamais aucun pays au monde n'a accordé une autorisation de traitement sur la base d'une étude comme celle-ci. (...) L'histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions, de prises de risques inconsidérées, aussi."
 
Le laboratoire du Centre National de Référence des virus des infections respiratoires à l’Institut Pasteur, à Paris, le 28 janvier dernier, où sont analysés les tests portant sur les virus comme entre autres le coronavirus (illustration). / © Thomas SAMSON / AFP
Le laboratoire du Centre National de Référence des virus des infections respiratoires à l’Institut Pasteur, à Paris, le 28 janvier dernier, où sont analysés les tests portant sur les virus comme entre autres le coronavirus (illustration). / © Thomas SAMSON / AFP


Aussi encourageante soit-elle, il faut s'assurer en demandant à d'autres CHU de multiplier des essais, que la chloroquine est vraiment efficace. 
Et puis, aussi, qu'elle ne présente pas d'effets secondaires lourds ou dangereux, dans le cas d'une pathologie telle que le coronavirus. 
 

L'histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions - Olivier Veran, ministre de la Santé


Alors les officiels prennent garde à rester prudents, histoire de ne pas susciter chez l'opinion publique l'impression que la crise sanitaire est derrière nous. 
Cela pourrait créer une énorme déception, dure à vivre psychologiquement dans cette période. 
Et puis, avec des conséquences pires encore, inciter les gens à moins respecter les consignes de confinement et les gestes barrières....
 
Ajaccio, à l'heure du confinement. / © Viastella
Ajaccio, à l'heure du confinement. / © Viastella
 

Se passer de tests complémentaires ?

Certains, parmi les politiques, n'ont pas fait mystère de leur envie de mettre l'étape des tests complémentaires entre parenthèses. 
Le patron des sénateurs des Républicains, Bruno Retailleau, s'est interrogé sur les ondes de France Inter plus tôt dans la journée. 
 

"Pourquoi ne l'utilise-t-on pas ? (...)  Peut-être faut-il simplement le prescrire en milieu hospitalier. Mais on élargit
tout de suite la prescription. Et il faut que le directeur général de la Santé dise à tous les hôpitaux de France: allez-y ! De toutes façons qu'est ce qu'on risque ? Les gens meurent"
, a-t-il insisté.
"On a eu suffisamment de retard sur les masques, les tests, le confinement, pour qu'on n'en prenne pas sur le traitement".

Christian Estrosi, maire de Nice, et atteint par le Covid-19, a lui aussi demandé à ce que l'on fasse confiance sans attendre à Didier Raoult.

Le laboratoire français Sanofi, de son côté, a proposé d'offrir aux autorités françaises des millions de doses de l'anti-paludique Plaquenil, pouvant traiter potentiellement 300.000 malades 
 

 

 

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