Municipales en Corse : une élection amputée... mais jusqu'à quand ?

En Corse, le Coronavirus et le passage de l'épidémie en stade 3 n'ont pas empêché les citoyens de se rendre aux urnes. / © Jeff Pachoud / AFP
En Corse, le Coronavirus et le passage de l'épidémie en stade 3 n'ont pas empêché les citoyens de se rendre aux urnes. / © Jeff Pachoud / AFP

Le maintien du premier tour des municipales, alors que le coronavirus s'abattait sur l'Europe, a suscité de nombreuses polémiques. Mais alors que l'épidémie s'étend, la question du scrutin n'est plus à l'ordre du jour. Pour autant, il faudra un jour se la poser de nouveau. 

Par Jean-Vitus Albertini, édité par Sébastien Bonifay

L'annonce du report du deuxième tour des élections municipales au 21 juin n'a, à ce jour, guère suscité de réactions politiques, les esprits étant préoccupés par l'extension de l'épidémie de coronavirus.
A l'unisson de l'opinion publique élus et responsables politiques ont peu commenté la décision du Gouvernement, et il faut les solliciter pour obtenir une une prise de position sur le sujet, tant l'incertitude est grande et leur esprit ailleurs. 

Dans un tel contexte, ils le disent tous, le débat sur le report de l'élection est une préoccupation secondaire, même s'il faudra à un moment évoquer la question puisque le processus électoral, fait unique sous la Vème République, a été interrompu, et qu'un peu plus de 4700 maires n'ont pas été encore élus...
 

Sur l'île, 10 communes n'ont pas désigné leur maire

Parmi elles, deux des principales villes n'ont pas désigné leurs représentants, et le résultat de Bastia et de Portu Vechju est tout sauf anodin.
Une double interrogation se pose alors : le scrutin aura-t'il bien lieu le 21 juin comme cela a été enteriné par le Parlement, et dans quelles conditions politiques celui-ci pourra-t-il se dérouler ?

 
Pierre Savelli, le maire sortant bastiais, au moment du dépouillement du premier tour / © Viastella
Pierre Savelli, le maire sortant bastiais, au moment du dépouillement du premier tour / © Viastella
 

Une classe politique corse presqu'unanime

Personne ne songe à remettre en cause l'ensemble du scrutin, admettant ainsi la sanctuarisation des résultats du 1er tour en ce qui conerne ceux qui ont été élus.
En revanche pour le reste des opérations électorales les avis sont plus nuancés.

Pour le député de Haute-Corse Jean-Felix Acquaviva, "la date du 21 juin n'est pas définitivement entérinée. On ne sait pas où on en sera de l'épidémie à ce moment-là, et il faudra attendre l'avis du comité scientifique dont le rapport sera rendu public le 23 mai. Par ailleurs la situation économique et sociale, le bilan de la gestion de la pandémie par le Gouvernement pourraient faire voler en éclat l'union qui prévaut aujourd'hui.
Dans ces conditions il va être difficile d'obtenir un consensus".

En bref, la date avancée lui paraît très improbable.
 
Jean-Felix Acquaviva, député de Haute-Corse / © IP3PRESS/MAXPPP
Jean-Felix Acquaviva, député de Haute-Corse / © IP3PRESS/MAXPPP


Une analyse qui n'est pas loin d'être partagée par Jean Martin Mondoloni. Ce dernier insiste sur les conséquences économiques et sociales, mais aussi sur le "climat pyscho-comportemental résultant du bilan sanitaire de l'épidémie et la gestion de celle-ci par le Gouvernement".
Sans avoir d'avis définitif, le leader de l'opposition de droite considère que les préoccupations de l'opinion sont bien éloignées du scrutin municipal, et que dans ces conditions il vaut mieux laisser le temps faire son œuvre et reporter ce vote, en recommençant les opérations du 1er tour là où les maires n'ont pas été désignés.


Les 7 candidats restant en lice après le premier tour du 15 mars dernier à Bastia :


Une interrogation semblable chez Jean Zuccarelli qui, sans avoir de position arrêtée, juge que le scrutin ne s'est pas déroulé dans des conditions normales, et que rien n'indique que les conditions soient idéales en juin.
"Même si l'épidémie, on l'espère, sera dernière nous en juin, comment faire campagne dans un tel climat, comment se replonger dans un débat politique alors que l'opinion, et nous-même, seront dans un état d'esprit marqué par cette crise sanitaire ?"
 

Premier tour ou pas premier tour ?

En juriste de formation qu'il est, Jean-Sébastien de Casalta note que les constitutionnalistes, malgré leur divergences, sont d'accord sur un point :
"Si le délai entre les deux tours dépasse le mois de juin, il est impensable d'organiser un second tour. Il faudra refaire le scrutin, 1er tour compris".
 
Jean-Sébastien de Casalta et Paul-felix Benedetti, côte à côte à l'heure du dépouillement, au bureau centralisateur. / © Solange Graziani
Jean-Sébastien de Casalta et Paul-felix Benedetti, côte à côte à l'heure du dépouillement, au bureau centralisateur. / © Solange Graziani


Lui aussi, au delà du bilan sanitaire, s'inquiète des conséquences économiques et sociales. Il penche pour un report des élections en septembre ou en décembre.

Le maire sortant de Bastia partage l'avis de son opposant. Pierre Savelli rappelle sa position d'avant le premier tour où, certes un peu tard, il voulait annuler le scrutin.
Il émet des doutes sur la date du 21 juin et fait part de ses interrogations quant à l'organisation du seul second tour.
Néanmoins il admet qu'il est encore tôt pour prendre une position définitive, en reconnaissant que l'on navigue à vue.
 

Un seul élu a une position différente sur la question 

Jean-Charles Orsucci, de son côté, a été élu avec 100 % des voix au premier tour, à Bonifacio. Il n'est pas directement concerné mais regarde tout cela de près. Mais en ce qui concerne le sujet il n'a pas plus de certitudes et pas d'avis arrêté sur le délai de report et le maintien des résultats du 1er tour,

Il en va autrement pour  Jean-Christophe Angelini. 
Le président de l'ADEC et candidat à la mairie de Portu Vechju, approuve la décision de sanctuariser les résultats du 15 mars et d'organiser le deuxième tour le 21 juin.
"C'est une question de cohérence il fallait annuler le scrutin avant le 15 mars puisque cela n'a pas été fait il faut aller jusqu'au bout. La date du 21 juin paraît raisonnable si la fin du confinement élargi prend fin mi-mai. La campagne sera suffisante pour le second tour".
 
 

L'incertitude demeure

La décision appartient au chef de l'Exécutif mais il lui faudra trouver un consensus suffisamment large pour pouvoir l'imposer. Aujourd'hui l'épidémie n'a pas encore atteint son pic, qu'en sera-t-il demain lorsqu'elle sera passée ?
Les interrogations sur le traitement de la crise, les difficultés économiques et sociales, la gestion gouvernementale, pèseront de tous leur poids dans le débat et dans les choix de l'Exécutif.
Dans ce domaine aussi, l'incertitude demeure.

 

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