Écologie : quand le sport s’y met aussi

Si le sport est bon pour la santé, il ne l'est pas toujours pour la planète. Pourtant, partout en France, des sportifs se mobilisent pour l’environnement. On a la solution ! vous emmène à Nantes découvrir SupporTerre, une recyclerie spécialisée dans les articles de sport. 

 

À Nantes, une recyclerie spécialisée offre aux équipements sportifs une seconde vie.
À Nantes, une recyclerie spécialisée offre aux équipements sportifs une seconde vie. © FTV

Dans les allées chargées de sa recyclerie, Aurélien Toncelli trie des lots de baskets fluorescentes fraîchement arrivées. Après avoir voyagé pendant un an, cet ancien organisateur d’événements sportifs s’est fixé un objectif : réconcilier sport et développement durable. “On a voulu mettre cette ambition en pratique en créant une structure de réemploi où l’on peut consommer différemment et donner accès à la pratique sportive au plus grand nombre” raconte ce trentenaire.
 
Dans la boutique de l'association SupporTerre, les planches de surf côtoient les ballons de foot et les tenues de judo. Des rayons fournis, où il s’attelle à faire revivre les équipements qui ne servent plus. On a la solution ! l'émission qui fait le tour de France des initiatives écologiques et citoyennes, vous présente ce sportif solidaire.
 

“Je crois que les équipements sportifs, c’est la seconde catégorie d’objets qui dort le plus dans le placard des Français” avance le directeur du lieu. “ En même temps, ça se comprend : on achète des chaussures, on court trois fois et puis le quotidien reprend le dessus !” Dans sa recyclerie,  les articles sont vendus en moyenne 40% moins cher que le prix du neuf.
Les équipements sont vendus en moyenne 40% moins cher que le prix du neuf.
Les équipements sont vendus en moyenne 40% moins cher que le prix du neuf. © Regis Raffin


Une bonne nouvelle quand on sait que les équipements sportifs représentent 27% du budget de la rentrée pour une famille. “On souhaite en priorité toucher les personnes avec un faible pouvoir d’achat et leur permettre de renouveler l’équipement de toute la famille” reprend Aurélien Toncelli. Mais la boutique attire aussi un public d’écologistes convaincus, qui trouvent enfin une enseigne spécialisée.

SupporTerre récupère ses articles auprès des particuliers, des grandes enseignes mais aussi des fédérations sportives. “ Les clubs renouvellent souvent leurs équipements, par exemple des cerceaux utilisés en compétition.

"Ce qui n’est plus bon pour un club l’est encore pour un particulier !”

Dans les rayons de la recyclerie, les sports les plus pratiqués -foot et jogging en tête- ont une place de choix. On y trouve donc beaucoup de textiles. “ L’une des industrie les plus polluantes, c’est celle de la mode” assène Aurélien “et le t-shirt de sport n’est clairement pas en reste.”

Une niche? 

L’équipement sportif d’occasion reste tout de même un domaine particulier : l’idée que la semelle d’une chaussure de randonnée soit déformée peut en décourager plus d’un. Mais Aurélien rassure : “Quand on fait des collectes, on fait attention à ce que tout soit propre et en bon état. Il faut que ce soit quelque chose qu’on puisse donner à un membre de sa famille.” Les équipements sont ensuite désinfectés et testés par les bénévoles. 
Les équipements sont nettoyés, réparés et testés par les bénévoles de l'association.
Les équipements sont nettoyés, réparés et testés par les bénévoles de l'association. © FTV

“C’est une bonne chose que les recycleries se spécialisent” indique Julie Sauvêtre, chargée de projet de l’ONG Zéro Waste France. “Dans une recyclerie sportive, vous avez des gens qui sont expert de la question. Des personnes qui seront à même de répondre aux interrogations, et capables de refuser des équipements dangereux ou pas adaptés." En France, on compte près de cinq cents recycleries, mais seules quatre se sont spécialisées dans le sport.

Pour la jeune militante, le développement des recycleries va de paire avec cette spécialisation. Fini le capharnaüm, les choses commencent à se structurer. “Ce n’est pas évident de chercher une raquette de tennis au milieu des ventilateurs “ plaisante-t-elle. “Plus on trie les choses de manière fine, spécialisée, plus le grand public y adhérera”. D’ailleurs, Aurélien l’affirme:  les autres recycleries de la ville ont accueilli d’un bon oeil son installation.

Une prise de conscience

La France compte quarante millions de sportifs et nombreux sont ceux qui commencent à se questionner sur leur impact environnemental. Chaussures et vêtements en matières biologiques,  salles de sport éco responsables... Les initiatives se développent, à l’image du mouvement du “plogging” où les joggeurs ramassent les déchets tout en courant dans la nature. Une pratique qui a explosé cet été, portée par les réseaux sociaux et l’association Run Eco Team.
 
Si ces initiatives se développent, le secteur sportif et en particulier l’organisation d’événements, reste tout de même polluant. Chaque année en France, il y aurait près de deux millions et demi de manifestations sportives. Selon un étude de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, un événement  accueillant cinq mille personnes peut générer jusqu’à deux tonnes et demi de déchets et consommer jusqu’à mille kilowatheures d’énergie.

Les événements sportifs et les dechets

Pour tenter d’enrayer ce phénomène, l’ONG Zéro Waste France a lancé une campagne en publiant un guide pour les organisateurs d'évènements sportifs.” On sait qu’on ne va pas révolutionner le monde du sport, mais il s’agit déjà d’engager la discussion” explique Julie Sauvêtre, la chargée de projet. 
 
“Il y a dans ces événements, la fameuse question du ravitaillement. Les organisateurs disposent des centaines, voire des milliers de bouteilles d’eau. Mais les participants sont plus dans un esprit de compétition : il vont boire quelques gorgées, puis la jeter sur le sol pour ne pas s'arrêter.” 

Autre point noir, plus méconnu : celui des accessoires de chronométrage des courses. La plupart des brassards contiennent des puces intégrées qui enregistrent les temps du participant. Mais il y a quelques années, ces puces étaient réutilisables et attachées aux lacets des coureurs. “Ça parait fou qu’en dix ans à peine, on ait complètement renversé le système en prenant du jetable” s’exclame Julie Sauvêtre.

Des courses s'engagent


En Indre-et-Loire, la course de l’Orchidée a fait le choix de revenir à ce système en louant des puces auprès du comité départemental. “Ça révolutionnait un peu toutes nos habitudes” explique Mélanie Bejon, l’une des bénévoles de l’association. “On a dû changer de prestataire, car il nous fallait mettre en place un système pour récupérer les puces de manière sûre. Quand il y a quatre-cent coureurs et que chaque caution coûte une vingtaine d’euros, on a tout intérêt à les récupérer” calcule-t-elle. 
Depuis trois ans, la course de l’Orchidée, s’est engagée dans la réduction de ses déchets. Outre le chronométrage, le ravitaillement est acheté dans des boutiques en vrac de la région. Pour les boissons, les organisateurs ont choisi des verres en carton et espèrent bientôt passer au réutilisable. “On a mis en place des “zones de jet”, quelques mètres après les points de ravitaillement, pour récupérer les verres, car beaucoup de coureurs ne prennent pas le temps de s'arrêter” explique Mélanie. Seul problème pour cette course : les dossards. Ils sont difficilement recyclables, car recouverts d’un film très fin en matière plastique. “’J’aimerai qu’on aille sur un dossard en papier, mais ce n’est pas celui-là qu’on nous donne gratuitement. On reste dépendants de nos sponsors “ déplore-t-elle. 

Et les compétitions de haut niveau? 

Même constat du côté de Zero Waste France, qui cherchait un parrain célèbre pour sa campagne. “Il faut être conscient que les sportifs de haut niveau sont sous contrat avec des partenaires et c’est parfois là où cela bloque” argumente Julie Sauvêtre. Dans les compétitions internationales, les investisseurs comme les promoteurs jouent gros. Infrastructures, logements, publicité… Toute une économie dépend de ces événements.   

Pour les tristement célèbres Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi en 2014, une ville est sortie de terre. Dans cette région reculée, deux mille à quatre mille hectares de forêt auraient été rasés pour construire, un aéroport, deux gares, ou encore quatre cent kilomètres de route. Un investissement de trente-sept milliards d’euros que les associations écologiques ont unanimement dénoncé comme un scandale écologique. Les critiques étaient nombreuses : destructions des écosystèmes locaux, empreinte carbone gigantesque ou encore machines à neige qui tournent à plein régime. Au point que certains qualifient ces jeux de “moins écologique de l’histoire"  malgré les affirmations des pouvoirs publics russes . 
Le chantier de construction du parc olympique de Sotchi en 2011.
Le chantier de construction du parc olympique de Sotchi en 2011. © MIKHAIL MORDASOV / AFP

 
Un mauvais souvenir que le comité organisateur des JO de Paris de 2024, entend conjurer. Sur le site internet  de l'événement,  ils annoncent vouloir réduire de 55% les émissions de CO2 par rapports aux derniers jeux d’été. Cent pourcent d’énergies renouvelables, de matière d'origine biologique ou encore vingt-six hectares de biodiversité créés en Seine Saint Denis… Les promesses sont plus qu’ambitieuses. Les JO de Londres en 2012 et de Rio en 2016 avaient généré chacun en moyenne trois millions et demi de tonnes d’équivalent carbone. Paris vise donc les moins de deux millions de tonnes de CO2. Des chiffres à la hauteur de l’évènement: vingt millions de visiteurs sont attendus en 2024.  
 

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Nous remercions la Compagnie du Café Théâtre un lieu d'échanges à Nantes qui a accueilli notre tournage. 
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