Harcèlement scolaire : des initiatives face au fléau

700 00 enfants sont victimes de harcèlement scolaire chaque année en France, selon le gouvernement. Un phénomène très inquiétant : il peut conduire certains adolescents au suicide.

Par Timothy Mirthil

Le harcèlement scolaire touche un enfant sur dix en France. / © (LIONEL VADAM / MAXPPP)
Le harcèlement scolaire touche un enfant sur dix en France. / © (LIONEL VADAM / MAXPPP)
Moqueries sur le poids, le caractère, les vêtements, la sexualité : chaque élément de la personnalité d’un enfant peut-être prétexte à harcèlement, provoquant repli sur soi, anxiété, troubles alimentaires, décrochage scolaire. Voire pire. En 2011, Jonathan Destin tente de s’immoler par le feu après avoir été harcelé au lycée.

Le 13 février 2013, la jeune Marion, 13 ans, met fin à ses jours après avoir été harcelée. Ce drame marque définitivement les consciences, notamment après la diffusion de "Marion, 13 ans pour toujours", téléfilm retraçant son histoire et diffusé sur France 3 en 2016. Pourtant des drames surviennent encore : en juin dernier, Eva, une collégienne de 11 ans, met fin à ses jours à Herblay, dans le Val d’Oise. Ses parents dénoncent le harcèlement scolaire dont elle était victime.

Harcèlement : le rôle des réseaux sociaux

Il faut dire que les réseaux sociaux semblent amplifier ce phénomène : 1 élève sur 5 déclare avoir déjà été victime de ce genre d’attaque sur internet au cours de l’année. « Le cyber-harcélement est devenu une caisse de résonnance terrible. Tout le monde peut être visé, et n’importe quand ! » explique Catherine Verdier, psychologue et analyste, spécialiste du harcèlement scolaire depuis plus de 25 ans. Selon elle, le phénomène du harcèlement scolaire concernerait même « 12%  des élèves en primaire, 10% au collège et 3% au lycée ». Son expérience le confirme : le harcèlement scolaire est polymorphe, et ne s’arrête plus au portail de l’école. Les réseaux sociaux permettent de harceler jour et nuit.
 
 

Agir face au harcèlement : détecter et former

Pour contrer ce fléau, des initiatives voient le jour, souvent portées par d’anciennes victimes. C’est le cas d’Hugo Martinez, 20 ans, harcelé pendant des années dès l’âge de 6 ans. Moqueries, insultes, coups : rien ne lui est épargné.
En 2018, il monte à Lyon l’association « H .U.G.O – Harceleurs U GO ». Celle-ci obtient l’inscription dans le code de l’Education d’un article définissant le harcèlement scolaire, et la mention d’un « droit à une scolarité sans harcèlement ».
Son association s’est rapprochée de celle de Catherine Verdier, « Psyfamille » pour lancer le « premier centre national et itinérant de formation des professionnels ».
Objectif commun : améliorer la détection des cas de harcèlement scolaire et leur prise en charge. Trois cycles de formation sont prévus. Le premier concernera les professionnels de santé (psychologues, médecins, diététiciens…). Concrètement, cela formera aux « termes exacts du harcèlement scolaire », mais aussi « aux méthodes destinées à aider les victimes», précise l’association H.U.G.O.


Aider les victimes

En Bretagne, depuis 2013, des bikers bretons ont pris le problème à bras-le-corps. Leur mode d’action : intervenir directement dans les établissements scolaires pour sensibiliser les élèves. 
« Les harceleurs parlent moins quand ils nous voient arriver avec nos vestes et nos Harley » plaisante Bernard Mignot, fondateur de l’association. Jouer de l’image des motards pour impressionner les fortes têtes ? Le motard revendique la méthode « On essaie d’inculquer l’idée de respect. Ils ont entre 10 et 13 ans, il ne faut pas les casser ! Mais les impressionner aide forcément un peu. »
L’initiative est inspirée par l’association américaine UBAKA dont l’objectif premier était d’escorter les enfants victimes d’agressions, notamment sexuelles, au tribunal pour les soutenir moralement.

Le plus souvent alertés par les parents ou les directeurs d’établissements, la dizaine de motards, membres de l’association, propose des conférences ou des interventions ciblées. Concrètement, les bikers donnent un drapeau à l’enfant harcelé, qui prend la parole devant ses camarades afin d’expliquer son problème.  C’est alors que débute un débat qui permet de « déconstruire totalement le modèle du harceleur » ajoute l’association, « car les élèves suiveurs lâchent tour à tour à tour le responsable ».  
Ces motards au grand cœur font parfois jusqu’à 200 km pour soutenir leurs « filleuls », ces jeunes ados qu’ils suivent et aident jusqu’en dehors des établissements scolaires.
 

Ministère de l’Education Nationale : un plan, 10 mesures

Du côté du Ministère de l’Education Nationale, une vaste campagne de sensibilisation intitulée « non au harcèlement » a été déployée en 2018. Clips de prévention, outils pédagogiques à destination de la communauté éducative, affiches dans les établissements scolaires : l’accent a été mis sur la sensibilisation et la prise de conscience.
Une « Malette des parents » disponible en ligne, a également été créée pour améliorer le dialogue entre les parents d’élèves et l’Ecole.  

En juin dernier, le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a annoncé en outre un plan de 10 mesures pour lutter contre le harcèlement scolaire, comprenant notamment le « renforcement de l’arsenal juridique » autour du « sexting non-consenti », et du « revenge porn », explique Edouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire et numéro deux du ministère de l'Education nationale.

A titre expérimental, 6 académies -Strasboug, Rennes, Aix-Marseille, Nice, Toulouse et Caen-Rouen- mettent en place le programme « Non au harcèlement : clé en main », une opération dont l’objectif est d’observer et de repérer les « situations sournoises », puis de proposer des « prises en charges adaptées ». "Si l’expérimentation est concluante, elle sera étendue à tout le territoire à la rentrée 2020", précise Edouard Geffray.
 



Ce que dit la loi :

Le délit de harcèlement à l'école est reconnu et puni par la loi depuis le 4 août 2014.
Les harceleurs de plus de 13 ans risquent 6 mois de prison et 7 500 euros d’amende. Si l’auteur est âgé de plus de 18 ans, il risque 1 an de prison et 15 000 € d’amende. Des peines qui peuvent être alourdies s’il y a des circonstances aggravantes.  Les mesures et sanctions applicables aux mineurs de moins de 13 ans relèvent de dispositifs spécifiques. Ils ne peuvent en aucun cas aller en prison ou payer une amende.


Enfant harceleur : que faire ?


Pour beaucoup de parents, il est compliqué d’admettre que leur enfant peut être harceleur. Il est important de noter qu’il y a plusieurs profils. Pour Catherine Verdier, spécialiste de ces questions depuis 25 ans, l’immense majorité est constituée de « suiveurs ». Ces ados sont souvent réceptifs aux arguments d’adultes afin d’ajuster leurs comportements.

Les meneurs, eux, sont à l’origine du harcèlement, mais ils ont souvent « une mauvaise estime d’eux-mêmes », précise la psychologue. « Il est important de miser sur les émotions », explique-t-elle, avant de miser sur ce qu’elle appelle les « trois E : Emotion, Estime de soi et Empathie», il est écessaire de se demander "pourquoi l’enfant a besoin de rabaisser un camarade pour se sentir fort.", conclut la spécialiste.

                    Conseils aux parents


Prévenir :

Dès l’entrée à l’école, et quand son enfant est en âge de comprendre, « il faut avoir une discussion sur le sujet du harcèlement scolaire » explique Catherine Verdier. Cela permet de sensibiliser les enfants aux risques potentiels.

Repérer :

« Tout changement brusque doit interpeller. Dans les notes, le comportement, l’humeur. Chaque signal est à écouter avec le plus grand soin. » (Catherine Verdier, psychologue)

Savoir en parler :

Pour éviter toute cristallisation de la situation « il faut choisir ses mots, mettre les formes, et ne pas dire à son enfant ‘Tu es la victime’ », explique la spécialiste.


Contactez le 30 20 si votre enfant est harcelé : Au téléphone, des psychologues et professionnels de l’éducation prodiguent des conseils aux victimes, parents ou témoins d’une situation. La plateforme est ouverte du lundi au vendredi, de 9h à 20h, et le samedi de 9h à 18h.



Article écrit par Nacer Boubekeur et Virginie Bétille











 

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