L’infection VIH et le SIDA

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Qu’est-ce que le VIH ? Le virus de l’immunodéficience humaine est l’agent pathogène qui provoque une infection chronique qui évolue vers le sida, en l’absence de traitement.

Par Christophe Roux

Invité | Dr Denis LACOSTE Service de médecine et des maladies infectieuses – Groupe hospitalier Saint-André – Pôle médecine urgences - CHU de Bordeaux
Date de diffusions | Lundi 26 novembre 2012
dossier santé sida et VIH

Qu’est-ce que le VIH ?
Le virus de l’immunodéficience humaine est l’agent pathogène qui provoque une infection chronique qui évolue vers le sida, en l’absence de traitement ARV. C’est un rétrovirus (virus à ARN) de la famille des lentivirus. Ses cellules cibles sont notamment les lymphocytes CD4, chefs d’orchestres de notre système immunitaire. Le VIH, qui présente une très grande variabilité génétique, se divise en deux types : le VIH-1 et le VIH-2, subdivisés en groupes et sous-groupes.

Qu’est-ce que le sida ?
Le syndrome d’immunodéficience acquise est la phase tardive de l’infection par le VIH, caractérisée par la perte progressive des défenses immunitaires qui permet  le développement de maladies opportunistes.

Que sont les ARV ?
Ce sont les médicaments utilisés pour traiter l’infection à VIH. Ils contrôlent la réplication du virus en inhibant certaines de ses étapes, limitant la destruction du système immunitaire. En général, un seul ARV ne suffit pas et il faut en associer plusieurs de classes thérapeutiques différentes : on parle de multithérapies.

Peut-on guérir de l’infection par le VIH ?
Non, les traitements actuels permettent uniquement de contrôler la réplication du virus, prévenant ainsi l’évolution de l’infection vers le sida. Ils ne permettent pas de débarrasser le corps du virus, resté « caché » (ou plutôt intégré) dans des cellules réservoirs qui en libèrent de faibles quantités en permanence et qu’on ne sait pour l’instant pas éradiquer.

Que sont la charge virale et le taux de CD4 ?
Les principaux marqueurs de l’évolution de la maladie. Les lymphocytes CD4, « chefs d’orchestre de notre système immunitaire », sont la cible principale du VIH ; leur taux (nombre par mm3 de sang) caractérise l’état immunitaire de la personne. La charge virale (CV) est le dosage de la quantité de particules virales dans un millilitre de sang et permet d’évaluer l’efficacité du traitement ARV, dont l’objectif principal est de la rendre indétectable (moins de 50 copies/ml).

En l’absence de traitement, en combien de temps l’infection à VIH évolue-t-elle vers le sida ?
En l’absence de traitement, 80 % des personnes évoluent vers le stade sida en huit à dix ans, 10 % en moins de cinq ans et 10 % en plus de dix ans, tout en finissant par progresser vers la maladie. Moins de 1 % des patients, les « HIV controllers », contrôlent le virus naturellement, grâce à un système immunitaire très particulier et très performant, encore mal compris : certains ont une charge virale indétectable sans traitement depuis très longtemps (parfois plus de dix ans).

Et avec le traitement ?
Depuis 1996, les multithérapies ont permis une baisse très importante de la mortalité. Plusieurs études suggèrent qu’avec une bonne prise en charge, suffisamment précoce, les personnes vivant avec le VIH ont une espérance de vie normale ou quasi normale. En revanche, une prise en charge tardive de l’infection à VIH entraîne le risque d’une espérance de vie plus courte.

À quel moment faut-il démarrer le traitement ?
De plus en plus tôt. Dans les pays industrialisés, on recommande de débuter le traitement en dessous de 350 CD4/mm3, et de l’envisager entre 350 et 500 CD4.
Pour les pays en développement, l’OMS s’est calquée fin 2009 sur ces recommandations et propose un démarrage du traitement dès 350 CD4, même si l’application en pratique n’est pas toujours possible. L’intérêt d’un traitement plus précoce, dès que l’immunité commence à s’affaiblir (moins de 500 CD4) est actuellement discuté.

Comment détecter le VIH ?
La séropositivité ne se « voit » pas. Le test de dépistage repose sur la détection des anticorps produits par notre organisme (en réaction à l’infection) et/ ou sur des marqueurs de la présence du virus lui-même (antigène p24). On estime qu’en France, 40 000 personnes sont séropositives sans le savoir (un tiers des personnes vivant avec le VIH). Améliorer et accroître le dépistage est une priorité pour limiter l’expansion de l’épidémie (les personnes qui connaissent leur statut protègent les autres) et pour permettre aux personnes infectées de commencer le traitement à temps. Trop de personnes découvrent leur séropositivité alors que l’infection est déjà très avancée.

Qu’est la primo-infection ?
C’est la phase précoce de l’infection par le VIH, avec des signes cliniques survenant au bout de quinze jours : fièvre, céphalées, asthénie, éruption cutanée, diarrhée, etc., chez la moitié des personnes (elle passe parfois pour une grippe, voire une grippe intestinale !). Pendant la primo-infection, la quantité de virus dans le sang et les sécrétions sexuelles est souvent extrêmement élevée, alors que la personne ne connaît pas son statut : le risque de transmettre la maladie est alors très élevé. La primo-infection joue un rôle très important dans la dynamique de l’épidémie. Dans certaines populations à forte prévalence, elle peut être à elle seule à l’origine de la moitié des nouvelles contaminations.

Comment le VIH peut-ilse transmettre ?
Deux conditions doivent être réunies : un liquide contenant suffisamment de virus pour rendre possible une transmission et une porte d’entrée.
– Ces liquides sont le sang, le sperme, les sécrétions vaginales, le liquide séminal et le lait maternel.
– Les portes d’entrées sont les muqueuses, les plaies ou lésions sur la peau.
Dans tous les autres cas, le VIH ne se transmet pas : ni par les larmes, ni par la salive, ni dans les situations de la vie quotidienne, ni par les moustiques.
Actuellement, en France, les nouvelles contaminations se font à 99 % par voie sexuelle.

Que sont les IST ?
Comme leur nom l’indique, les infections (ou maladies) sexuellement transmissibles peuvent se transmettre lors des rapports sexuels. Elles sont causées par des bactéries (la syphilis, la blennorragie, les infections à chlamydia) ou des virus (hépatite B, herpès génital, condylomes [papillomavirus humain ou HPV]). Passant parfois inaperçues, les IST doivent être dépistées régulièrement. La plupart des IST d’origine bactérienne se traitent aisément.
Attention : non traitées, elles peuvent accroître les risques liés au VIH. Elles fragilisent les muqueuses et augmentent la quantité de VIH au niveau génital, spécialement chez les personnes qui ne sont pas sous traitement antirétroviral.

Au niveau mondial, combien de personnes vivent avec le VIH, combien se contaminent, et combien en meurent ?
Selon les estimations Onusida-OMS pour 2008, 33,4 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. 2,7 millions se sont nouvellement infectées (soit 7 400 contaminations par jour) et 2 millions en sont mortes (soit 5 500 décès par jour). Les traitements ARV ne sont pas suffisamment disponibles. Fin 2008, seules 4 millions de personnes avaient accès aux ARV, sur les 9,5 millions de personnes qui en avaient un besoin vital. Et beaucoup plus de personnes encore en auraient besoin pour que leur état de santé reste satisfaisant.

Et en France ?
On estime que 150 000 personnes vivent avec le VIH dont un tiers ignorent leur statut. Environ 80 000 d’entre elles sont traitées. 7 000 personnes se contaminent chaque année, soit 20 par jour, mais seules 6 500 découvrent leur séropositivité.
1 550 ont développé un sida en 2008, soit près de 5 par jour. Et 360 personnes sont mortes du sida en 2008, soit 1 par jour (sans compter les décès des suites d’autres troubles ou maladies, parfois reliés à l’infection par le VIH).

Qu’est-ce que la résistance du VIH aux ARV ?
Le phénomène par lequel le virus parvient à se répliquer malgré les traitements. Il faut alors changer de molécule. La résistance à certains ARV est due à l’apparition de mutations sélectionnées lors d’une  multiplication virale résiduelle, généralement liée à une mauvaise observance (irrégularité des prises).

Justement, les traitements ARV sont-ils compliqués à prendre et très lourds ?
Les ARV récents sont plus simples à prendre et mieux tolérés : les plans de prises se sont largement simplifiés (souvent quelques comprimés à prendre le matin et/ou le soir, parfois même un seul par jour), effets indésirables grandement diminués à court terme et à long terme. La diversité des molécules  disponibles permet de s’adapter au profil de chaque personne, en fonction des effets indésirables.

Une personne traitée avec une charge virale indétectable peut-elle transmettre le VIH ?
Oui, mais plusieurs études suggèrent que si certaines conditions sont réunies (CV indétectable depuis six mois, pas d’IST), le risque peut être très faible, de l’ordre de celui qui subsiste lors de l’utilisation d’un préservatif (dont les fabricants expliquent qu’ils ne peuvent pas garantir une protection à 100 %). Attention : cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner l’utilisation du préservatif en règle générale.
En revanche, pour les personnes séropositives et leurs partenaires séronégatifs, savoir que la réduction de la charge virale par le traitement réduit le risque de transmission permet de lever des angoisses et de se réassurer dans la vie de couple ou la sexualité.

L’infection à VIH est-elle une maladie chronique ?
Beaucoup de spécialistes du VIH estiment que lorsqu’elle est correctement traitée, l’infection à VIH est devenue une maladie chronique. Une maladie qui n’est cependant pas tout à fait comme les autres, notamment parce qu’elle expose à de nombreuses discriminations. Les molécules actuelles permettent d’avoir des projets de vie divers et durables : travailler, avoir des enfants, voyager, vivre en couple, etc.
Comme toute maladie chronique, l’infection à VIH, même traitée, expose à des troubles métaboliques divers et d’ampleur encore mal connue. Et, bien sûr, l’accès aux traitements reste largement insuffisant dans de nombreux pays !
Source : Sidaction

Prise en charge du SIDA au CHU de Bordeaux :
3 services de médecine et des maladies infectieuses au CHU de Bordeaux

Au CHU :
Groupe hospitalier Saint-André : environ 1200 patients vus au moins une fois par an (consultations et séances en hôpital de jour) – Pr Morlat chef de service
Groupe hospitalier Pellegrin : environ 1300 patients (consultations ou hospitalisation)
Hôpital Haut-Lévêque : environ 500 patients (consultations ou hospitalisation) – Pr Pellegrin chef de service

En Aquitaine :
(chiffres 2010) 223921 sérologies VIH réalisées, près de 200 découvertes de séropositivité. 64 nouveaux cas de SIDA

En France :
(chiffres 2010) 5 millions de sérologies VIH réalisées, 10 800 sérologies positives dont 6265 découvertes de séropositivités (stable depuis 2008). 1500 nouveaux cas de SIDA par an.
Source : CHU Bordeaux

Le 1er décembre : journée mondiale de la lutte contre le sida

La journée mondiale de lutte contre le sida existe depuis le Sommet des ministres de la Santé sur les programmes de prévention du sida de 1988. Elle est un temps fort de mobilisation et d'engagement pour agir dans les établissements scolaires. La Journée mondiale de lutte contre le sida a pour thème "Objectif zéro : zéro nouvelle infection à VIH, zéro discrimination, zéro décès lié au sida". Ce thème est le titre de la stratégie établie par l'ONUSIDA pour la période 2011-2015.
Cette stratégie a comme enjeux de :
  • Promouvoir les progrès mondiaux dans l'accomplissement des objectifs d'accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et à l'appui en matière de VIH fixés par les pays.
  • Stopper et inverser la propagation du virus.
  • Contribuer à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement d'ici à 2015.

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