Angoulême, Poitiers, villes attrayantes pour les cadres ? L'avis d'Olivier Bouba-Olga, chercheur en sciences sociales

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Le confinement a fait naître des envies d'ailleurs pour certains Parisiens. Le télétravail rend l'hypothèse réalisable. Le magazine Cadremploi a établi un classement des villes moyennes alliant emploi et environnement. Angoulême est première, Poitiers deuxième. Nous avons demandé l'avis d'un expert.

Sept cadres sur dix aimeraient s'installer au vert. Le magazine cadremploi a réalisé ce sondage après le confinement strict de deux mois et demi que vient de vivre notre pays. Pour compléter, un classement des villes moyennes alliant emploi et qualité de vie a été réalisé. Nous avons interrogé à ce sujet Olivier Bouba-Olga, chercheur en sciences sociales à l'Université de Poitiers.

France 3 :
Pourquoi le confinement change-t-il la donne de la géographie du travail ?

Olivier Bouba-Olga :
Le télétravail va-t-il s'inscrire dans la durée ? J'attire votre attention sur le fait que ça ne concerne pas tout le monde. Il y a des emplois qui nécessitent la présence physique, donc c’est principalement pour les cadres. Ces quelques mois ont relâché la contrainte de localisation à proximité du travail. Je peux être plus loin, ce n’est pas grave. Je vais même accéder à un logement plus grand, un cadre de vie plus agréable. Le confinement a éveillé ces possibilités, est-ce qu'il y aura passage à l'acte ? Si on doit vivre avec ce virus, il y aura sûrement des changements durables de comportement. Attention toutefois à l’écart entre chose fantasmée et réalité. S'éloigner oui, mais pas à plus d'une heure… En croisant les contraintes, parfois, on réalise que ce n’est pas possible. Ça peut faire émerger des choix pas évidents, avec au centre la question des déplacements. Si les gens vont habiter plus loin, quels transports vont-ils utiliser pour rejoindre leur travail ? Ce qui transparait, c'est que ça pourrait mettre sur le devant de la scène des villes moyennes.
Les grandes métropoles, comme Rennes, Nantes ou Bordeaux, souffrent de problèmes de congestion, de la pollution et des prix de l’immobilier. Je crois assez à ça, il faut penser aux villes moyennes. Pour ça, ce classement est bien vu. C’est tout un ensemble de choses… Il faut une taille suffisante pour les loisirs, des lieux de formation, c’est une question de bon compromis.

France 3 : 
Pourquoi Poitiers et Angoulême ont-elles une carte à jouer dans cet après-confinement ? Y a-t-il la « ressource » selon vous ?

Olivier Bouba-Olga :
Ici Angoulême est première, mais je dirai encore plus Poitiers, parce que proche de Paris, et de Bordeaux. C’est une ville avec un CHU, une université. La ville peut tirer son épingle du jeu. Il y a des exemples de gens qui bossent à Bordeaux et habitent à Poitiers, le télétravail est possible aussi comme ça. Le travail en pendulaire [allers-retours quotidiens] existe déjà depuis Angoulême vers Bordeaux. Ca fait longtemps qu'ils ont ça dans leur stratégie. Angoulême est encore à une distance raisonnable de Paris, il y a une offre universitaire aussi, mais plus modeste.
La desserte TGV reste un critère déterminant. [NDLR : à ce propos, Angoulême bénéficie d'une note moyenne de proximité avec Paris meilleure que Poitiers dans les tableaux de Cadremploi. Alors que la fréquence des trains (en période normale) est "moins bonne", et la distance plus longue]

France 3 :
La Rochelle est probablement éliminée de ce classement « vivre et travailler au vert » en raison du prix de son immobilier, déjà élevé, et des nombreux sites Seveso du port de La Pallice mais l’absence de Niort est plus étrange…

Olivier Bouba-Olga :
C’est un classement « construit ». Comme tout classement, il est à prendre avec des précautions. Il ne s’intéresse qu’aux villes moyennes, en faisant le mélange d'indicateurs que l'on pondère (ici sur l’emploi, l’environnement, la pollution, la qualité de vie). Ce n’est pas un sondage, c’est basé sur des notes. Ce qui pourrait être intéressant, ce serait de compléter en demandant aux gens où irait leur préférence…

Quels sont les critères de ce classement ?
Le magazine Cadremploi détaille sa méthodologie dans un article à part.

Premier critère : la taille de la ville, entre 25.000 à 150.000 habitants. Vient ensuite une exploration dans quatre domaines principaux : immobilier, emploi, environnement et infrastructures.

Parmi les indicateurs utilisés dans ces rubriques, le prix du mètre carré, à l'achat et à la location, mais aussi la proportion de maisons dans l'offre de logements. Mais aussi un chapitre climat, basé sur le nombre de jours d'ensoleillement et la pluviométrie, et les risques naturels ou technologiques.
Enfin, le taux de chômage, la proportion de cadres et professions intellectuelles supérieures, le temps de trajet en train vers la capitale et la qualité de la couverture numérique entres autres complètent le "tableau".
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