À La Rochelle, le parcours du combattant des étudiants pour se loger

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Écrit par Romain Bizeul

Le nombre d'étudiants a augmenté de 13% par rapport l'année dernière à La Rochelle. Autant de personnes supplémentaires en recherche d'appartement dans un marché immobilier déjà très tendu. Entre manque de logements et une part de résidences secondaires croissante, trouver son "chez soi" est un vrai défi pour les étudiants rochelais.

Ils sont, chaque année, plus nombreux. La Rochelle séduit de plus en plus les étudiants. Le cadre de vie et l’offre de formation attirent. Mais quand il s’agit de trouver un logement, l’idylle peut vite se transformer en cauchemar. La rentrée 2021 en est le parfait exemple. "Si j’avais su, je pense que je n’aurais pas choisi de venir ici", soupire David, étudiant en master de Langues Étrangères Appliquées qui a difficilement trouvé de quoi se loger.

La ville obligée de venir au secours des étudiants

Pour venir en aide aux étudiants en galère, la ville, via la CCAS (Caisse centrale d’activité sociale), a dépensé 36.241 euros. Un trou dans les finances de l’organisme que la ville a décidé, au Conseil municipal du 13 décembre 2021, de combler à hauteur de 10.900 euros, tandis que la Communauté d’agglomération et l’Université proposeront également une subvention.

Pour cette année universitaire 2021/2022, les étudiants rochelais sont 13 % de plus que l’année passée. Soit 15.000 étudiants et autant de besoins de logements. Problème : dans une ville où le marché immobilier est déjà tendu, ces étudiants supplémentaires sont les premiers à pâtir du manque d’offre. Quand elle est arrivée du Maroc en septembre pour trouver un appartement et commencer son master en génie civile, Khaoula ne s’attendait pas à ça. "J’avais loué un Airbnb pendant dix jours, je pensais que ça me laisserait le temps de trouver", se souvient-elle. L’étudiante se rend vite compte que trouver un logement sera plus compliqué que prévu. Entre le faible nombre d’annonces et la forte concurrence pour chaque appartement mis en location, la tâche est ardue. S’ajoute à cela, les arnaques qui pullulent sur Internet. Arrivée au bout de sa location, la jeune fille se retrouve dos au mur alors que les cours commencent. "J’ai commencé à avoir peur et je suis allé en parler à l’Université. Ils m’ont redirigé vers la mairie qui aidait beaucoup d’étudiants", raconte-t-elle.

Khaoula est alors logée dans un camping, le camping de L’Houmeau, à près d’une heure de transports de l’Université. Avec elle, de nombreux étudiants sont dans la même situation, pris en charge par la ville. "Les dépenses du CCAS nous ont permis d’accompagner 88 étudiants qui ne trouvaient pas de logement. Nous leur avons tous trouver une solution pérenne", assure Danièle Carlier-Misrahi, adjointe à la mairie de La Rochelle, en charge de l’action et de la cohésion sociale. Ce n’est pas le cas de Khaoula. Après une semaine au camping, sans apercevoir d’issue, elle décide d’abandonner et part faire son master à Lorient, où elle trouve rapidement un logement.

Certains prennent même des appartements sans les visiter tellement ils n’arrivent pas à trouver quelque chose.

Julien, étudiant en Biologie à La Rochelle

Bon nombre d’étudiants rochelais peuvent se retrouver dans l’histoire de Khaoula, tant la difficulté est énorme. Pour certains, l’issue est plus heureuse. Pauline, étudiante en Histoire, a elle, réussie à obtenir une chambre dans une résidence du Crous. Mais les places sont limitées et sont destinées avant tout aux boursiers. Certains s’en sortent en payant cher, comme c’est le cas d’Océane - après deux mois et demi de recherche - qui arrive à financer son loyer de plus de 600 euros grâce à son alternance. Selon L’Étudiant, le loyer moyen d’un studio à La Rochelle est de 494 euros, soit plus qu’à Nantes, Rennes, Lille ou Strasbourg. Mais dans la majeur partie des cas, le souci n’est pas réellement financier. Il n’y a juste pas assez de logements. "Ce n’était pas une question d’argent, explique Linda, étudiante venue de Tunisie. Je n’arrivais juste pas à trouver quelque chose." Une situation très angoissante quand on ne connait personne dans la ville. Elle a également été aidée par le CCAS et logée en auberge de jeunesse en attendant de finalement trouver un appartement. "Certains prennent même des appartements sans les visiter tellement ils n’y arrivent pas", relate Julien, étudiant en Licence de Biologie.

Une situation dont a conscience la mairie. "Nous manquons clairement de logements, constate l’adjointe Danièle Carlier-Misrahi. L’Arhpej entame la construction de deux nouvelles résidences mais elles ne seront prêtes qu’en 2024. Nous devons trouver d’autres solutions en attendant." Ainsi, à la demande de la CCAS, certains Ehpad, bailleurs sociaux ont ouvert leurs logements aux étudiants rochelais. D’autres solutions ont également été trouvées dans des internats de lycée mais se pose la question des week-ends, car les internats n’ouvrent que la semaine.

Les résidences secondaires en cause

La Rochelle subit également son attrait touristique. Si chaque été, la ville séduit de nombreux touristes, cette réussite contribue également à la situation selon Danièle Carlier-Misrahi. "La période estivale a bien marché à La Rochelle. On a même constaté qu’elle s’allongeait jusqu’aux vacances de la toussaint. Les locations touristiques ne se libèrent pour les étudiants qu’après cette date", pointe-t-elle. Car La Rochelle est une des villes possédant le plus de résidences secondaires, bien souvent utilisée en Airbnb ou locations saisonnières. Selon les chiffres de la Communauté d'agglomération de La Rochelle, ces résidences secondaires sont au nombre de 6.121 et représentent 12% du parc immobilier de la ville. C’est environ le double d’il y a dix ans.

Bien conscient de la problématique, la municipalité a décider d’agir dès septembre dernier. La taxe d’habitation pour les résidences secondaires a été majorée de 50%. Mais si les propriétaires louent leurs biens huit mois dans l’année, ils en sont exonérés. Une mesure sur laquelle compte la ville, notamment pour ses étudiants.  

À présent, pour ne pas se retrouver, à la rentrée 2022, dans la même situation qu’en septembre 2021 avec des étudiants à la rue. L’agglomération a constitué un groupe de travail pour plancher sur la question. Plusieurs solutions sont sur la table. Mais tout ne passe pas forcément par la construction de nouveaux logements. "Tous les étudiants inscrits sont présents [en septembre], mais à partir de janvier avec les départs en stage et des étudiants étrangers, même les locaux des écoles sont sous occupés", expliquait le vice-président de l’agglomération rochelaise, Vincent Demester, en septembre dernier auprès de France Bleu. La révision des calendriers universitaires est, par exemple, évoquée comme piste afin de d’échelonner la présence des étudiants tout au long de l’année. À voir si l’épisode de la rentrée 2021 ne décourageront pas certains de venir étudier dans la cité rochelaise.