Quatre questions à Rémi Merleau, jeune céréalier de Charente-Maritime impacté par la sécheresse : "c'est pesant, c'est fatigant et ça fait peur, quand on n'a que trois ans d'installation, c'est encore plus risqué"

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Rémi Merleau, jeune céréalier installé depuis trois ans près de Saint-Jean-d'Angély en Charente-Maritime annonce déjà des pertes de rendements de 30 à 50% en raison de la sécheresse. Le manque d'eau impacte toutes ses plantations et l'irrigation est déjà limitée dans le bassin de La Boutonne.

Les nappes phréatiques ne se sont pas rechargées, ni en hiver ni au printemps et la sécheresse commence à impacter les agriculteurs de Charente-Maritime. Rémi Merleau est céréalier à Ternant près de Saint-Jean-d'Angély, il s'est installé en 2019 sur une exploitation de 200 hectares. Pour lui comme pour les jeunes agriculteurs qui ont investi pour se lancer dans la profession, le spectre d'une baisse de rendements et de revenus est particulièrement redouté.

Comment se traduit la sécheresse sur votre exploitation ? 

Je pratique l'agriculture biologique depuis que je me suis lancé dans la culture de céréales, je cultive une grande variété de céréales puisque j'arrive à 14 cultures différentes dont de l'orge, du maïs, du tournesol, du haricot, du pois chiche, des lentilles et même du lin et de la caméline pour vous donner un aperçu. Je cultive aussi un peu de légumes de plein champ. La sécheresse s'est accentuée avec la hausse des températures. Il n'y a pas eu d'eau ni avant ni après la floraison, il y a déjà beaucoup de mal de fait. On va perdre forcément des potentiels de rendement d'autant que le prix des engrais vont fortement augmenter en raison de la guerre en Ukraine. Il va falloir assumer tout ça et ça fait peur quand on n'a que trois ans d'installation, c'est encore plus risqué.

Quelles sont les cultures les plus impactées par cette sécheresse ? 

Toutes les cultures sont impactées, les céréales d'hiver mais aussi les céréales de printemps. Il n'y a pas d'eau ni pour faire grossir le grain ni pour faire monter les épis. On n'avait pas encore semé les tournesols car en bio on les sème un peu plus tard. On est donc obligé de semer la graine dans la terre sèche et on attend la pluie pour que ça puisse lever.

Je suis installé dans le bassin de La Boutonne et ce bassin est en restriction d'eau depuis une semaine. Je n'ai toujours pas semé les haricots et je vais être obligé d'arroser pour les faire lever mais le fait d'être en restriction ça complique tout. C'est un réel problème. En Charente-Maritime, il y a déjà des bassins qui sont en coupure totale et arriver en coupure totale à cette période là ce ne sera pas possible d'arroser.

Vous êtes irrigants ce qui n'est pas le cas de tous les céréaliers, comment cet accès à l'eau limite les dégâts de la sécheresse ?

L'eau n'arrive pas sur toutes les parcelles, je peux irriguer environ 20% des céréales. Je suis aussi soumis à des restrictions d'irrigation qui sont des restrictions horaires pour l'instant. C'est la première fois qu'il y a de telles mesures depuis que je suis installé. Si les revenus baissent il faudra faire des impasses sur la gestion de l'exploitation et se serrer la ceinture. Les cultures pour l'alimentation sont celles qui ont besoin de davantage d'eau et on ne va certainement pas pouvoir les arroser. Le fait d'être en bio ne me permet pas d'échapper à la sécheresse malheureusement.

Est-ce que vous pouvez déjà mesurer la baisse des rendements ?

L'arrosage ne pourra pas compenser le manque de pluie. Sur les céréales on aura une baisse de rendement qui variera de 30 à 50% selon les cultures. Cette situation nous inquiète, j'ai eu des collègues au téléphone et on est tous dans le même état, c'est pesant, c'est fatigant, c'est un stress supplémentaire. On aurait aimé avoir une bonne année. Sur les trois années de mon installation, il y a toujours eu des gros pics de sécheresse. On pense à la création de réserve d'eau qui pourraient être utilisées dans ces cas là.