VIDÉO. Recherche médecin désespérément : le maire de Breuillet en Charente-Maritime a, lui aussi, recours aux grands moyens

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La pénurie de médecins touche l'hôpital, mais aussi les cabinets libéraux. Il en manquerait 6.000, surtout dans les campagnes. C'est le cas notamment à Breuillet, en Charente-Maritime, où le pole médical reste désespérément vide. Reportage de Pascal Foucaud et Eléa Tymen. ©France télévisions

Entre Royan et La Tremblade, Breuillet, en Charente-Maritime, se retrouve sans médecin, après le départ de son généraliste, pourtant en contrat. Le maire a décidé de déployer de grandes banderoles pour lancer son appel à candidature. Dans certaines communes de Nouvelle-Aquitaine, la solution est de solliciter des médecins qui se relaient chaque semaine.

Il manquerait en France 6 000 médecins généralistes dans les campagnes. C'est le résultat d'une étude publiée en septembre dernier par l’association des maires ruraux de France. En Charente-Maritime, la commune de Breuillet est directement confrontée au problème (voir le reportage ci-dessus).

Le maire, Jacques Lys, a décidé d’implanter trois banderoles pour lancer son appel à recruter un médecin.

"On avait un médecin qui était là pour cinq ans avec un engagement qu'on avait fait et, au bout de deux ans et demi, il a rompu son contrat. On s'est retrouvés sans médecin", explique Jacques Lys.

La commune dispose pourtant d'un pôle médical privé entièrement équipé. Mais, même les conditions d’accueil et le loyer compétitif ne semblent pas convaincre le moindre candidat pour le moment.

À quelques kilomètres de là, le village d’Etaules s’inquiète à son tour du prochain départ à la retraite de l'un de ses trois médecins généralistes, prévu en fin d'année.

"Malheureusement pour le moment, je n'ai personne qui se présente pour prendre la suite, raconte Jean-Louis Arrat, médecin généraliste bientôt retraité. J'en suis fort peiné pour mes patients. Avec mon collègue, on a 3 000 patients !"

Médecin CDD, une solution ?

Ailleurs, en Nouvelle-Aquitaine, des communes expérimentent un dispositif nouveau. Au lieu de convaincre un médecin généraliste de s'installer, elles leur proposent de se relayer toutes les semaines. C'est le cas à Ajain, dans la Creuse.

Chaque lundi matin, depuis l'automne, le maire de la commune accueille un nouveau généraliste. Une aubaine pour ce bourg de 1 100 habitants qui n'en avait plus depuis deux ans.

Si les médecins ne veulent pas s'installer pendant 30 ans quelque part, c'est peut-être parce qu'ils ont besoin de cette mobilité. Il faut la garantir tout en assurant une continuité de soins pour les patients

Martial Jardel

Médecin de Haute-Vienne

Au 31 décembre 2020, le praticien historique du village, après 40 ans de service, a pris sa retraite en laissant derrière lui une patientèle de 1 200 personnes.

"On a tout essayé pour lui trouver un successeur : pancartes, clip vidéo, médiatisation. Mais ça n'a pas mordu, raconte le maire Guy Rouchon. Il fallait trouver une solution, car beaucoup de personnes n'ont pas eu de consultations pendant plusieurs mois, alors que nous avons une population âgée."

Quand on a proposé à l'édile que des médecins se relaient, une semaine chacun, auprès de ses administrés, il a tout de suite signé.

L'idée est venue d'un médecin de Haute-Vienne, Martial Jardel, qui a sillonné le pays durant six mois en 2021 pour effectuer, en solitaire, un "Tour de France des remplacements".

Avec l'association auvergnate Bouge ton Coq, qui a créé une plateforme de dons pour financer des projets d'intérêt général dans les villages, il a lancé depuis novembre à Ajain le collectif Médecins solidaires, un cabinet de remplaçants, avec le soutien des collectivités locales.

"Si les médecins ne veulent pas s'installer pendant 30 ans quelque part, c'est peut-être parce qu'ils ont besoin de cette mobilité. Il faut la garantir tout en assurant une continuité de soins pour les patients", estime-t-il.

Concernant la logistique, tout est pris en charge : logement, véhicule de fonction et même l'administratif. Les soignants n'ont plus qu'à exercer, dans le cadre d'un CDD rémunéré 800 euros la semaine. Le surplus tiré des consultations sert à financer la logistique.

Quarante médecins ont déjà accepté de se relayer.

En venant en remplacement une semaine, le médecin peut être séduit par la région

Guy Rouchon

Maire d'Ajain (Creuse)

"Grosse galère"

Une consultation à Ajain, Viviane Baudouin, habitante du village, en rêvait depuis des années. Après le départ du médecin historique, la retraitée s'est retrouvée démunie.

"Ça a été la grosse galère. J'ai téléphoné à plusieurs médecins et j'en ai trouvé un à Guéret (à une dizaine de kilomètres, NDLR) mais c'était compliqué d'avoir un rendez-vous", raconte la sexagénaire qui s'est réjouie de l'ouverture d'un nouveau cabinet, où elle peut se rendre à pied.

"Je suis déjà venue trois fois et c'est intéressant de voir plusieurs médecins, car ils peuvent avoir des avis différents."

À terme, Guy Rouchon aimerait quand même qu'un praticien - "voire deux !" - s'installe durablement dans la commune : "Spontanément, le médecin ne va pas venir poser ses valises pour 30 ans sans connaître le département. Mais en venant en remplacement une semaine, il peut être séduit."

Pour l'heure, 500 patients ont déclaré le centre d'Ajain comme médecin traitant. De quoi donner envie à Martial Jardel d'en créer d'autres : "L'objectif est de s'étendre progressivement à d'autres territoires. Nous avons déjà ciblé des communes."

(Avec AFP)

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