Au festival du film d'Angoulême, la comédie québécoise "Lignes de fuite" surprend par la gravité de son propos

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"Lignes de fuite" de Catherine Chabot et Miryam Bouchard est présenté dans la section parallèle "Premiers rendez-vous" du festival du Film francophone d'Angoulême (FFA). Derrière la légèreté de la comédie, perce un discours grave sur le changement climatique. Rencontre avec Maxime de Cotret, l'un des comédiens, venu défendre le film à Angoulême.

Dans Lignes de fuite de Catherine Chabot et Miryam Bouchard, Maxime de Cotret est Jonathan, le compagnon d'Audrey, interprétée par la co-réalisatrice, Catherine Chabot. Audrey et ses deux meilleures amies d'enfance (Mariana Mazza et Léane Labrèche-Dor) organisent leurs retrouvailles à l'aube de leurs 30 ans en compagnie de leurs conjoints et conjointe respectif.ves. Si le film débute sur le ton enlevé et joyeux de la comédie, la soirée est bel et bien appelée à virer à la catastrophe. Car derrière les apparences, le scénario révèle les restes parfois toxiques des amitiés adolescentes.

Si la trame de ce type de comédie est bien connue, Lignes de fuite, produit par Denise Robert (lauréate de l'Oscar du meilleur film étranger en 2003 pour Les invasions barbares de Denys Arcand, son conjoint), dévoile une trame plus complexe. Les retrouvailles, d'abord festives à l'excès, dévoilent progressivement tout ce qui sépare les trois jeunes femmes, et laisse place au véritable sujet du film : la crise climatique et l'éco-anxiété qui accapare l'esprit des personnages. Les amitiés sont en crise. La planète aussi.

On pense parfois au travail de Denys Arcand dans sa volonté d'amener à des révélations susceptibles d'ébranler les certitudes des personnages.

Que savez-vous de l'envie de la productrice, Denise Robert, de s'engager dans ce film ? En avez-vous parlé avec elle ?

Maxime de Cotret : Les sujets décomplexés sur l'urgence d'agir, c'est, je crois, ce qui l'intéressait le plus. Je crois qu'elle faisait une confiance aveugle à Emile Gaudreault (le co-scénariste du film) qui avait énormément aimé la pièce de théâtre dont est tirée le film (également créée par Catherine Chabot). On sortait de la pièce avec une sorte de cynisme. La porter à l'écran allait de soi. 

Il y a plusieurs sources anxiogènes dans le film : le changement climatique en est une, l'amitié et la parentalité aussi.

Maxime de Cotret, comédien

Ce type de comédie fait penser aux comédies américaines, mais avec un fond plus construit...

Maxime de Cotret : C'est basé sur quoi, dans le fond, les souvenirs d'amitié que l'on a? C'est aussi cela que ça pose comme question. Qu'est-ce qui est à la base d'une amitié profonde ? Est-ce que c'est le fait d'être là et d'avoir grandi ensemble ? A un moment donné, il faut faire des choix : est-ce que cette amitié me convient ? Qu'est-ce que j'en retire ? Et, évidemment tout s'est effrité avec le temps. 

Il y a un contexte très anxiogène dans ce film.

Maxime de Cotret : Il y a plusieurs sources anxiogènes dans le film. Le changement climatique en est une. L'amitié. La parentalité.

Comment est-ce que vous appréhendez ces questions de changement climatique au Québec ?

Maxime de Cotret : J'en ai des frissons parce que c'est une question extrêmement pertinente (Il en a la chaire de poule, ndlr). Je sens l'urgence d'agir, de courir vers quelque chose. Ces décisions-là doivent être peut-être prises plus au niveau gouvernemental et des entreprises pour freiner le virage vers la crise qui arrive. Au Québec, on est chanceux parce qu'on a des espaces vastes. On a de l'eau mais justement, à quel prix ? Et ce n'est pas parce qu'on a ces ressources-là qu'il faut les dilapider ou les prendre pour acquises. Il ne faut pas se faire déposséder non plus. 

Au début du film, le personnage de Jonathan, vous l'interprétez sur un ton très enjoué, un ton de comédie très marqué. Est-ce que vous vous êtes inspiré de quelqu'un ?

Maxime de Cotret : J'ai une grande amie qui est décédée pendant le tournage. Tout ce que je faisais dans le volet comédie, je le faisais avec le souvenir de son rire à elle. Je me disais que si tout ce que je faisais l'aurait fait rire, c'est que c'était réussi. C'est la première fois que je le dis. Elle s'appelait Marie-Eve.

Lignes de fuite de Catherine Chabot et Miryam Bouchard est sorti au cinéma au Québec au printemps 2022 mais n'a pas encore de date de sortie prévue en France.

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