Découverte inestimable d'une soixantaine de bobines de cinéma des années 1920

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Il s'agit principalement de films datant des années 1920 ©France télévisions

C'est un trésor du patrimoine cinématographique qui vient d'être mis au jour à Jarnac, en Charente. L'un des films retrouvés est signé du grand réalisateur Alan Crosland. C'est seulement la deuxième bobine existante au monde de ce long métrage.

Les spécialistes croyaient ce film d’Alan Crosland presque disparu... "Amour de reine", ou "Three Weeks" selon son titre original, est sorti en 1924. Et Alan Crosland, c'est le metteur en scène du premier film parlant de l’histoire du cinéma "Le chanteur de jazz". Ce long-métrage-là a été fait trois ou quatre avant.

Une pépite retrouvée

Bertrand Desormeaux, le président de Trafic Image, mesure son bonheur d'avoir mis la main, et l'œil, sur cette pépite.

Quand on aura la chance d’avoir une copie restaurée, on pourra mieux voir. Il y a des décors très impressionnants, très grands, des comédiens très connus à l’époque et une importante mise en scène.

Bertrand Desormeaux

Président de Trafic Image

Les pellicules ont été retrouvées en 2021 par la belle fille d’un collectionneur qui souhaite rester anonyme. Depuis, elles attendaient leur heure dans une cave de Jarnac.

On ne savait pas trop quoi en faire. C’est vrai que c’est un secteur d’activité qu’on ne connaît pas trop. Ça aurait pu rester encore là quelque temps.

Philippe Prevoteau

Membre de l'association Cinémaniacs

C'est le passage à Jarnac du responsable de Trafic Image (projet de préservation du patrimoine cinématographique en Charente) qui va permettre de révéler la valeur patrimoniale de ce stock.

Premier indice positif : le format des images en 35 mm.

Je pensais qu’on allait trouver des films amateurs ou des films en 16 ou en 9,5. Ce qu’on trouve habituellement. J’ai vu que c’était du 35 mm, déjà, c’est plus exactement la même histoire !

Bertrand Desormeaux

Président de Trafic Image

Un filon explosif

Il lui faudra quatre visites, avec un autre camarade expert, pour explorer l'ensemble du fonds, et surtout d'infinies précautions. Car le second indice de la grande valeur de ces découvertes, c'est sa dangerosité.

Le support de ces films est du nitrate de cellulose. C'est une matière hautement inflammable (et à l'odeur désagréable). Un simple stockage à plus de 35-40 degrés peut provoquer une combustion spontanée. Ces bobines, à l'origine de nombreux incendies dans les cinémas, sont d'ailleurs interdites de projection depuis les années 50. Elles étaient surnommées "films flammes".

Nos découvreurs ont donc procédé avec la plus grande prudence. Ils ont prélevé et soigneusement photographié quelques mètres de chaque bobine, les examinant à l'air libre pour se protéger des vapeurs et limiter les risques.

On a eu beaucoup de chance puisqu’il y a 61 bobines de trouvées. Et donc quatre longs métrages dont certains qu’on a jamais encore vu !

Bertrand Desormeaux

Président Trafic Image

Les photogrammes transmis au Centre National du Cinéma à Paris ont confirmé la préciosité de ces pellicules anciennes. Outre les œuvres de fiction, il y a aussi des films publicitaires, des actualités régionales, des films de Buster Keaton. Quasi toutes remontent aux années 1920.

Les couleurs d'origine

Après la stupeur et la joie de la découverte, se prépare maintenant un autre temps. Celui de la conservation et de la transmission.

Les pellicules ont été numérisées, grâce à la cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine. Les bobines, extrêmement dangereuses, sont désormais stockées dans les chambres froides du centre national du cinéma (CNC), sur le site de Bois d’Arcy. Elles y attendent d’être restaurées.

De grands espoirs reposent notamment sur le film d'Alan Crosnan. Jusqu’alors, il n’existait qu’une seule copie connue du film “Amour de Reine”, conservée en Russie.

La copie de Saint-Pétersbourg a été restaurée par des Italiens, en noir et blanc. L'avantage de la copie de Jarnac, c'est qu'elle est teintée, et teintée en couleurs d'origine.

Bertrand Desormaux

Président de Trafic Image

C'est-à-dire en bleu pour les scènes extérieures de nuit, et en sépia pour les scènes intérieures, une technique typique de l'esprit des cinéastes des années 1920. Cette particularité fait de la bobine de Jarnac un exemplaire unique au monde donc, jusqu'à preuve du contraire !

Cette découverte exceptionnelle sera présentée ce samedi 16 mars à 14h30 , auditorium Maurice Ravel à l'occasion du festival des métiers du cinéma Jarnac.

Des extraits (numérisés) de ces bobines seront projetés en public pour la première fois depuis près de 100 ans.

Plus d'un millier de films picto-charentais, amateurs ou professionnels, figurent dans les collections du fonds régional. Qui sait si votre grenier ou votre cave n'abrite pas de précieuses bobines ?