Coronavirus : une année noire pour les festivals de l'été en Aquitaine

Emmanuel Macron a annoncé l'annulation de tous les festivals prévus d'ici la mi-juillet.
Pas de Garorock 2020 à Marmande donc. Mais qu'en est-il des rendez-vous programmés plus tard ( Reggae Sun Ska, Musicalarue...). Le flou persiste. Les conséquences économiques pourraient être désastreuses.

Talence en Gironde, le 06 août 2017 20°édition du Reggae Sun Ska Festival avec sur scène le groupe Harrison Strafford
Talence en Gironde, le 06 août 2017 20°édition du Reggae Sun Ska Festival avec sur scène le groupe Harrison Strafford © Fabien Cottereau MAXPPP
Joey Starr and Tüco, Kassav, Julian Marley. Viendront ? Viendront Pas ? Pour l’instant, ces artistes sont toujours à l'affiche du Reggae Sun Ska. Prévu du 7 au 8 août prochain à Vertheuil dans le Médoc, le festival girondin n’est pas annulé. Pas encore.

Nous n’avons pas les moyens d’annuler de notre propre initiative. Nous sommes engagés contractuellement avec les artistes, avec des prestataires. Ce serait une rupture de contrat.
Fred Lachaize le directeur du festival

Le rendez-vous médocain ne s'en remettrait pas financièrement.
 

Lors de son discours du lundi 13 avril, le président de la République a annoncé l’annulation de tous les festivals d’été prévus d’ici la mi-juillet. Mais rien pour les autres.

Il faut qu'une décision arrive vite, explique Fred Lachaize. Si rien n’est annoncé avant le 11 mai (fin progressive annoncée du confinement NDLR), cela signifie un mois de travail et de frais supplémentaires.


La semaine dernière le Syndicat des Musiques Actuelles a adressé une lettre ouverte, au gouvernement. Cette organisation, qui regroupe 430 structures (festivals, producteurs, salles de spectacles) réclame des mesures urgentes : 

Afin de pouvoir agir à bon escient pour accueillir les parties impliquées (publics, artistes, salariés, prestataires...), nous vous demandons d’informer les organisateurs à minima deux mois avant les manifestations.
Plus tôt seront prises vos décisions, moins préjudiciable cela sera.


Emmanuel Macron a apporté une réponse concrète dans son allocution, au moins jusqu'à la mi-juillet. Pour la suite, le doute persiste.
 
Le festival Reggae Sun SKa - la grande inconnue pour l'édition 2020 -
Le festival Reggae Sun SKa - la grande inconnue pour l'édition 2020 - © Fabien Cottereau MAXPPP


Un examen au cas par cas

Le gouvernement a activé une cellule d’accompagnement des festivals, et le bureau national des professions du spectacle se réunit chaque vendredi. 

Le ministère de la Culture s’est engagé à examiner la situation au cas par cas. 
Les décisions d’annulations de festivals pourraient être prises par les préfets ou les DRAC.
Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des Musiques Actuelles.


Mais si le Ministre semble vouloir s’engager dans cette voie, les consignes ne sont pas redescendues au niveau régional.

Lors de son point presse, désormais quotidien pendant la crise sanitaire, la préfète de Nouvelle-Aquitaine s’est montrée catégorique :

À chacun de prendre ses responsabilités, affirme Fabienne Buccio.

Elle n’entend pas annuler de festivals au-delà du 15 juillet. Et le Directeur Régional des Affaires Culturel semble aller dans le même sens.

Une épidémie d'annulations


Les Francofolies (du 10 au 14 juillet) à La Rochelle sont reportées à 2021.  À Mont-de-Marsan, le festival Arte Flamenco 2020 (entre le 30 juin et le 4 juillet) est annulé. Idem à Marmande, pour la 24e édition de Garorock, prévue fin juin 
Des décisions dictées par le discours présidentiel. 

Le Maire de la commune lot-et-garonnaise, s'est d'ailleurs dit rassuré. Les organisateurs peuvent invoquer le cas de force majeure et les assureurs prendre le relais.

Pour les autres, la situation est plus ambiguë. Malsaine, même, dit-on dans les couloirs du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine.

En cas d'annulation de sa propre initiative, l'association organisatrice d'un festival doit honorer les contrats signés avec les artistes, les prestataires, les techniciens.... Outre les frais déjà engagés (communication, lancement de la billetterie....), il faut encore payer des "dédits" pouvant aller de 20 % à la totalité de la somme promise. 
Ces dépenses mettront les organisateurs en grande difficulté.

Des rendez-vous comme le Reggae Sun Ska à Vertheuil en Gironde, ou Musicalarue à Luxey dans les Landes sont comme piégés.

À  Luxey, petit village landais de 700 âmes, on prend la chose avec une certaine philosophie 

À quel moment l’Etat va demander que notre manifestation soit annulée ? S'interroge François Garrain, président de l'association Musicalarue.
Ce qu’on demande, c’est que ce soit le plus tôt possible parce que d’ici là, on dépense de l'argent, et on prépare un événement dont on sait qu’il est malmené.  
Nous sommes pendus à cette décision inconfortable qui, si elle arrive plus tôt, sera moins préjudiciable.


60 000 spectateurs sont attendus aux concerts de Musicalarue entre le 31 juillet et le 2 août prochains. Mais au-delà de ce rendez-vous estival, c'est toute la vie du village  qui se joue : 

Luxey ce n’est pas qu’un festival, c’est un projet culturel à l’année. Le modèle économique sur un village de 700 habitants n’est pas le même que pour un festival soutenu par un grand groupe.


Une somme de questions en suspens


Si l'ordre d'annulation ne vient pas de l'Etat, les festivals ne pourront pas invoquer le cas de force majeure. 
Mais s'ils maintiennent les concerts, quel programme pourront-ils assurer ? 

Emmanuel Macron l'a dit : les frontières restent fermées jusqu'à nouvel ordre. Les artistes internationaux,pourront-ils entrer en France ? Le public sera-t-il au rendez-vous ? Et dans quelles conditions ? 
Les spectateurs, devront-ils porter des masques chirurgicaux ? Devront ils être testés ? Qui supportera ces frais ? Les jauges devront, elles être réduites pour respecter les règles de distanciation sociale ? 

Si le festival est maintenu, la programmation sera forcément dégradée, explique Frédéricq Vilcocq, conseiller culturel auprès du président de la région Nouvelle-Aquitaine. Quelle sera la réaction du public ? 
Le modèle économique des festivals indépendants est fragile et repose essentiellement sur la billeterie. Il faut un taux de remplissage de 95 % pour être rentable.

Les aides publiques ne représentent que 5 à 10 % du budget d'un festival.

Une économie qui vacille


Maigre consolation, le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine ne réclamera pas le remboursement des subventions en cas d'annulation, pour peu que le festival parvienne à justifier les frais engagés. 
Le département des Landes s'y est aussi engagé.
Un fonds de soutien associatif de cinq millions d'euros a aussi été créé par le Conseil Régional pour venir en aide aux festivals qui ne sont pas subventionnés par la région. 
Enfin, les festivals qui le souhaitent, pourront souscrire un prêt à taux zéro remboursable sur deux ans, auprès de la caisse des dépôts et consignations.
De quoi peut-être renflouer certaines trésoreries. 
Mais les conséquences d'une épidémie d'annulations, pourraient être mortelles pour certains rendez-vous néo-aquitains.

2020 restera une année noire.

À Vertheuil dans le Médoc, le Reggae Sun Ska n'est pas qu'un festival. C'est aussi un organisateur de tournée. Un producteur de disques.

Pour nous, 2020 est foutue déclare Fred Lachaize. Les tournées se préparent huit ou neuf mois à l'avance. Celles de l'été sont repoussées à l'automne. Mais après, rien n'est prévu. Nous n'avons pas les visas pour les artistes. Notre chiffre d'affaires sera ridicule.

Le directeur du Reggae Sun Ska ne cache pas son inquiétude pour l'avenir de sa structure et du festival.

Les 12 salariés de l'association sont aujourd'hui en chômage partiel. 
Pendant le festival, l'événement médocain emploie aussi près de 400 intermittents du spectacle, artistes ou techniciens. 
Le gouvernement a assuré que la période de confinement ne sera pas prise en compte dans le calcul de leurs indemnités. 
Selon le Syndicat des Musiques Actuelles ils seront aussi éligibles au chômage partiel.
Mais avec un monde culturel à l'arrêt, il sera difficle en 2020, voire impossible de totaliser les 507 heures de travail nécessaire pour ouvrir droit au régime d'allocations chômages. 

Artistes, techniciens, attachés de presse, services de restauration, sécurité... c'est toute une économie qui vacille.

Il y a des entreprises qui ne vont pas s'en remettre, concède Aurélie Hannedouche du Syndicat des Musiques Actuelles. 
Nous avons sollicité le gouvernement pour que personne ne soit oublié. 


Les professionnels du spectacle réclament, donc, une position claire de l'Etat, à l'image de la Suisse qui a décidé d'annuler tous les festivals de l'été 2020. 







 
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