Deux-Sèvres : début du chantier des réserves de substitution sous haute tension

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Les premiers coups de pioche ont débuté ce lundi pour la construction de la réserve de Mauzé-sur-le-Mignon. Il s'agit de la première des seize "bassines" prévues sur le bassin de la Sèvre niortaise. Rencontre avec le président de la Coop de l'eau qui détaille les arguments des irrigants.

Les travaux de la réserve de substitution de Mauzé-sur-le-Mignon ont commencé ce lundi 6 septembre. Il s'agit de la première des seize "bassines" prévues sur le bassin de la Sèvre niortaise, situées en majorité dans le département des Deux-Sèvres.
Ces réserves doivent être alimentées par l'eau des cours d'eau et des nappes phréatiques en hiver, ce qui fait dire aux opposants qu'elles constituent une "privatisation rampante de l'eau au profit de quelques-uns". Depuis plusieurs années ce projet de réserves d'eau géantes a suscité une levée de boucliers de la part de plusieurs associations.

Le dernier mouvement de protestation date du 5 septembre, plusieurs centaines d'opposants se sont mobilisés à Saint-Sauvant dans la Vienne pour dénoncer l'impact écologique de ce projet. 

C'est sur ce site qu'une pelleteuse avait été incendiée il y a plusieurs jours.
Sur le plan judiciaire, le tribunal administratif de Poitiers avait demandé à la coopérative de l'eau des Deux-Sèvres de revoir sa copie pour 9 des 16 bassines prévues.

Dans ce contexte, Thierry Boudaud, le président de la Coop des Deux-Sèvres, maître d'oeuvre pour ce projet de construction de réserve, rappelle les arguments des irrigants qui ont œuvré pour la création de 16 réserves de substitution.


    
Le projet de réserves d'eau a déclenché de nombreuses polémiques, quelle est votre réaction en ce jour symbolique des premiers coups de pioche ?

C'est un moment très important pour la Coopérative de l'eau, nous sommes le maître d'ouvrage pour cette partie des retenues. Démarrer les travaux de la première retenue d'un projet réfléchi, concerté avec une base scientifique importante, c'est une fierté pour la coopérative. C'est l'aboutissement de plusieurs années de travail.

Dans quel climat se déroulent ces travaux ?

C'est très calme, on avait pris les devants en délimitant le terrain avec des barrières, c'est notre responsabilité de maître d'ouvrage pour sécuriser les lieux. Il y a un gardiennage, c'était prévu d'autant qu'il y a eu une pelleteuse qui a été brûlée à Saint-Sauvant, cela nous a conforté dans l'idée que c'est un lieu de travail qui doit être sécurisé et surveillé. J'étais sur les lieux une partie de la journée d'hier, c'était très calme. Les entreprises sont entrées pour déposer les engins, commencer les travaux.

Est-ce que vous redoutez un durcissement des hostilités avec les opposants à ce projet ?

On fait de la prévention, on doit prendre en compte les risques. Une intrusion ou une menace de dégradation du matériel, cela fait partie des risques que nous avons pris en compte et c'est pour ça qu'il y a une surveillance en place. Le site est surveillé par un vigile. 

Onze associations ont saisi la justice, l'action en référé engagée pourrait suspendre les travaux d'ici 15 jours

C'est leur droit de demander une suspension au tribunal administratif de Poitiers qui nous a autorisés à démarrer les travaux mais je ne pense pas qu'ils obtiennent gain de cause.

Au total 16 retenues d'eau doivent être construites, quel est le calendrier des travaux ?

Il y aura un nouveau chantier qui débutera à Saint-Sauvant à l'automne et les suivants au mois de mars. L'objectif c'est de terminer l'ensemble des 16 retenues en 2026.

Nous avons un objectif à respecter, nous devons réduire fortement les prélèvements d'eau en été à l'horizon 2026. Nous sommes soumis à un cadre réglementaire, on se donne quatre à cinq ans pour atteindre cet objectif. 

La retenue d'eau de Mauzé-sur-le-Mignon dont les travaux viennent de débuter concerne huit agriculteurs, la construction des 16 réserves doit permettre l'alimentation en eau de 450 irrigants situés principalement dans les Deux-Sèvres.

L'eau stockée dans les réserves permettra d'irriguer du blé, du blé dur ou encore du maïs. Plus de la moitié des exploitations concernées font de l'élevage, il y a donc des cultures fourragères destinées aux animaux comme de la luzerne, du soja. 

D'ici dix ans, l'objectif est de supprimer les cultures d'exportation, l'objectif est de mettre en place des cultures utilisées localement comme les fourrages pour les animaux. La moitié du lait destiné à la production du beurre d'Echillais provient d'exploitations où il y a de l'irrigation.

L'un des enjeux est aussi de supprimer l'importation de soja OGM en produisant en France les protéines végétales dont on a besoin.

La production du maïs est en forte chute depuis dix ans, il en restera peu dans ce projet. Il y a aussi une augmentation de l'agriculture biologique.

Comment se traduit le manque d'eau dans le bassin de la Sèvre niortaise ?

Tous les ans, nous sommes exposés à la sécheresse, nous sommes les premiers à constater le changement climatique, nous le constatons, il y a des épisodes secs et des épisodes de fortes températures.

On pourra demain faire des prélèvements d'eau l'hiver parce qu'ils ont peu d'impact mais il faut éviter de prélever de l'eau en été, c'est le principe de ces retenues d'eau.

Sur le bassin concerné par les 16 retenues du projet, il a plu cet hiver 500 millimètres de pluie sur quatre mois, ce qui représente un milliard de M3 d'eau sur le bassin. Dans le projet, l'ensemble des 16 retenues d'eau permet de stocker 6 millions de M3 d'eau.

Sur le milliard de M3 d'eau de pluie, plus de la moitié de ce volume, est partie à la mer. C'est cette eau qui doit servir à remplir nos retenues.

Sur notre territoire, les nappes sont superficielles, entre 5 et 15 mètres. Selon l'étude scientifique du BRGM, il y a un bénéfice environnemental à prélever l'eau en hiver. On s'appuie sur une base scientifique solide et validée. 

Pourquoi ne pas privilégier des solutions de cultures moins gourmandes en eau ? 

Il faut combiner les deux, nous avons diminué les cultures de maïs, il n'y a plus de monocultures de maïs irrigué, ça s'est fait progressivement depuis une quinzaine d'années. Le changement climatique, c'est le plus gros défi des agriculteurs.

Pour atteindre l'objectif, il faut utiliser tous les leviers, au départ, on avait dimensionné un projet à 17 millions de M3, en raison du changement climatique, on a réduit la voilure avec un projet à 12 millions de M3.

On a dit aux agriculteurs de faire des cultures qui consomment moins d'eau, on leur a demandé de trouver des solutions et de réfléchir pour diminuer la consommation d'eau.

Les agriculteurs doivent prendre des engagements environnementaux comme planter des haies, restaurer des linéaires de corridors écologiques. On a un projet qui sécurise une agriculture diversifiée. C'est un très long travail pour les agriculteurs.