Deux-Sèvres : Emmaüs lutte aussi contre la fracture numérique

Dans la commune du Pin dans les Deux-Sèvres, Les Ateliers du Bocage, une des nombreuses entreprises d'insertion du mouvement Emmaüs, tentent de reconnecter les plus précaires et de lutter contre le décrochage scolaire en reconditionnant de vieux ordinateurs promis à la casse.

Ateliers du Bocage - Le Pin (79)
Ateliers du Bocage - Le Pin (79) © Stéphane Bourin - France Télévisions
La fracture sociale, les communautés Emmaüs, évidemment, ne la connaissent que trop bien. Et si la philosophie d'Henri Grouès alias l'Abbé Pierre de ne laisser personne sur le bord de la route reste la raison d'être des 18.000 personnes qui, ne serait-ce qu'en France, oeuvrent dans ce sens, une autre source d'inégalité a fait son apparition au XXIème siècle : la fracture numérique. Une injustice très vite identifiée par les Ateliers du Bocage, dans la commune du Pin, non loin de Bressuire. Ici, on récupère et on restaure du matériel informatique officiellement "en fin de vie" depuis 2003. Mais, avec la crise sanitaire du coronavirus, cette entreprise d'insertion s'est vu débordée par une vague inattendue d'appels à l'aide d'associations, d'étudiants et de familles précaires.

Des étudiants qui avaient l'habitude de fréquenter des salles informatiques équipées se sont retrouvés sans rien avec des examens qui étaient maintenus. Imaginez, on demandait à tous les français d'imprimer une attestation pour sortir de chez soi alors que 24% de la population n'a pas de capacité à se connecter. On s'est retrouvé avec des gens totalement mis à l'écart de la société pour la simple raison qu'ils n'ont pas accès à internet.

Nicolas Lebeau, directeur adjoint des Ateliers du Bocage

"La fracture existait dèjà, mais, avec le COVID et le confinement, elle a été accentuée."

Une réalité à laquelle est confrontée quotidiennement Karène Courilleau. Ce qu'on appelle aujourd'hui du vilain mot d'illectronisme, l'illettrisme numérique, est devenu un combat de tous les jours dans le centre socio-culturel de Bressuire. Alors que désormais quasiment toutes les démarches administratives ont été dématérialisées et ne peuvent plus s'effectuer qu'en ligne, la crise de la COVID-19 a encore accentué la fracture avec, notamment, des écoliers dans l'incapacité de pouvoir bénéficier de la continuité pédagogique à distance mise en place par l'Éducation Nationale. Ce jour-là, grâce à une politique d'aide à la famille mise en place dans le Nord des Deux-Sèvres, elle venait chercher une dizaine d'ordinateurs aux Ateliers.
 

La fracture existait déjà mais, avec la COVID et le confinement, elle a été accentuée pour les gens qui n'étaient pas équipés. le centre socio-culturel va continuer à faire du prêt d'ordinateurs pour les familles qui en ont besoin et, en parallèle, proposer des ateliers pédagogiques pour se familiariser avec l'outil et continuer à garder le lien avec les logiciels de vie scolaire.

Karène Courilleau, directrice adjointe du Centre Socio-Culturel de Bressuire

Les entreprises doivent "être fières de donner leur matériel"

En amont, le travail des Ateliers du Bocage consiste prioritairement à identifier les gisements de matière première et à nouer des partenariats. Si les particuliers peuvent participer à leur petite échelle, ce sont surtout les administrations et les entreprises qui doivent comprendre tout l'intérêt de lutter contre cette frature numérique.

Dans le cadre de ce qu'on appelle la RSE, la responsabilité sociale des entreprises, elles doivent se mobiliser et être fières de donner leur matériel à un écosystème qui va, à la fois, le mettre dans des ateliers en ré-emploi comme le nôtre et que ça termine chez des bénéficiaires pour des conditions vraiment abordables.

Nicolas Lebeau, directeur adjoint des Ateliers du Bocage

Dans le pays, 13 millions de personnes sont éloignées du numérique et 6,7 millions de Français ne se connectent jamais à Internet.

VIDEO - Des ordinateurs reconditionnés à petit budget pour des familles dans le besoin

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
social économie solidarité société coronavirus/covid-19 santé