Disparition de Christophe : l'émotion en Poitou-Charentes

Le chanteur et musicien Christophe est décédé hier, le 16 avril 2020, d'un emphysème selon ses proches. Il a donné à plusieurs reprises des concerts dans nos départements. L'été dernier, sa présence au Festival Jazz au Phare avait été très appréciée.

Christophe lors de son concert au festival Jazz au Phare à Saint-Clément-des-Baleines (17) en août 2019.
Christophe lors de son concert au festival Jazz au Phare à Saint-Clément-des-Baleines (17) en août 2019. © Pascal Thiebaut / Jazz au Phare
Le chanteur Christophe s'est éteint ce jeudi 16 avril en Bretagne à l'âge de 74 ans. Aline, Les Mots bleus, autant de mélodies qui viennent à l'esprit à l'évocation de ce seul prénom. L'artiste s'est produit à différentes reprises, la dernière étant sans doute un concert à Bocapôle à Bressuire en octobre dernier.

Mais le concert dont on trouve ce matin le plus d'évocation, notamment sur les réseaux sociaux, est celui qu'il a donné en juillet 2019 lors du festival Jazz au Phare sur l'île de Ré. @PE_Porteret évoque un "merveilleux moment".   Du même concert, @MAZET2502 propose un extrait de "Succès fou", titre sorti en 1983.  

Magique !

C'est le premier mot qui vient à la bouche de Jean-Michel Proust, le directeur artistique de Jazz au Phare quand on évoque avec lui le souvenir de ce concert à Saint-Clément des Baleines en Charente-Maritime.
"C’était dans le cadre d’un festival de jazz", raconte le directeur artistique, et certaines personnes étaient très étonnées de trouver Christophe, un chanteur, entre guillemets, de variété dans un festival de jazz. C’était d’abord un musicien, quelqu’un qui cherche l’émotion, la rencontre, l’improvisation."

"Je savais aussi qu’il était très heureux d’être sur l’île de Ré", poursuit Jean-Michel Proust, "parce qu’il y avait passé beaucoup d’années pour des vacances. Sur scène, il a passé beaucoup de temps à raconter des personnages, les lieux, il a aimé raconter ce qu’il avait vécu. Il y avait une espèce de communion entre les gens qui venaient à l’île de Ré chaque été et les Rétais et lui qui venait raconter ce qu’il avait aimé sur l’île de Ré. Le concert a duré plus de deux heures et on sentait qu’il était très heureux d’être là." 

Ce qui l'intéressait, c'était l'émotion, c'était de faire lever les poils des gens.
- Jean-Michel Proust, directeur artistique du festival Jazz au Phare

Jean-Michel Proust avoue "une profonde tristesse" depuis l'annonce de la mort du chanteur. "C’est quelqu’un qui était passionné de musique, qui n’arrêtait pas de chercher, d’écouter, de découvrir. Ce qui l’intéressait, quel que soit le style, c’était l’émotion, c’était faire lever les poils des gens."

Le succès de la longévité de cet artiste depuis les années 60 selon le directeur artistique de Jazz au Phare ? "Christophe avait des chansons très belles et très fortes. Il en avait proposé une première version dans les années 60 qui est très variété. Mais il a su très rapidement réinventer ces mêmes chansons. Vous écoutez les Marionnettes ou les Mots bleus ou même Aline, la manière dont il le faisait ensuite, comme il a réinventé la chanson, c’était incroyable."

A l'occasion de ce concert rétais, Christophe nous avait accordé une longue interview, réalisée par Pascal Foucaud et Laurence Couvrand. On y apprend que le chanteur avait ses habitudes sur l'île de Ré, qu'il jouait ce soir d'août devant les copains. Ce concert avait été pour nous l'occasion d'un reportage que nous vous proposon à nouveau ci-dessous : 
Christophe Jazz au Phare

La tristesse d'un fan et d'un programmateur

Bernard Mouchon est aujourd'hui les deux. Un fan qui a vu Christophe cinq fois en concert et un programmateur artistique, celui du TAP, qui l'a fait venir deux fois à Poitiers. La première, pour la première saison de la salle de spectacle, il y a un peu plus de dix ans. La seconde et dernière, c'était en février 2017, pour la tournée de l'album les Vestiges du Chaos.

"J’étais très triste ce matin", témoigne le programmateur du TAP, " à la fois de la perte d’un homme que j’avais croisé deux-trois fois et avec qui j’avais pu échanger dans le cadre du travail, mais aussi et surtout pour l’artiste qu’il était... et qu’il est toujours pour moi."

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"Le vent d'hiver souffle en avril..." #christophe #ledernierdesbevilacqua #bevilacqua #rip #music #iconic #dandy #paris #france #christophebevilacqua #danielbevilacqua #artist

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En tant que programmateur du TAP Poitiers, à chacune des dates de Christophe dans sa salle, il a pu rester aux côtés de l'artiste. "C'étaient des échanges qui n'étaient pas superflus, il y avait quelque chose qui se passait avec lui." Et d'ajouter : "C'était quelque chose d'accueillir Christophe. C'était un esthète, et par exemple pour le catering, il demandait des plats assez chics, par exemple du homard ou un plateau de fruits de mer. Mais il partageait ce homard ou ce plateau avec ses invités, avec les gens du TAP. Il avait le goût du beau et plaisir à le partager, avec une vraie générosité dans le contact."

Il a su devancer l'air du temps
- Bernard Mouchon, programmateur artistique du TAP Poitiers

Ce qu'il garde comme souvenir de ses concerts ? "C'était phénomal Christophe sur scène ! C'étaient des concerts-fleuves, c'est-à-dire qu'ils duraient 2h30, 3h, il était d'une grande générosité et il sortait des formats du concert traditionnel. Sa plus grande force pour moi en tant que mélomane et en tant que professionnel, estime Bernard Mouchon, c'est vraiment d'avoir su se réinventer à chaque album, quitte parfois à surprendre ou décevoir son public de la première heure. Je pense aux albums des années 1996, 2000 qui étaient expérimentaux, électroniques, très loin de l'homme des yéyés qu'il a été dans les années 60. Il a su devancer l'air du temps"

 

Au festival des Francofolies en 2009

Christophe avait participé en 2009 à la 25e édition des Francofolies de La Rochelle. Ce matin, Gérard Pont qui dirige le festival lui rend sobrement hommage sur son compte Twitter.  
Le chanteur Christophe ici aux Francofolies de La Rochelle en 2009.
Le chanteur Christophe ici aux Francofolies de La Rochelle en 2009. © Julien Chauvet / Ville de La Rochelle
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