Le documentaire Chaval, danger d'explosion récompensé à Saint-Just-le-Martel en Limousin

Le documentaire Chaval, danger d'explosion a reçu le Grand prix de procelaine dans le cadre du 38ème Festival international de la caricature, du dessin de presse et d'humour de Saint-Just-le-Martel en Limousin après avoir été présenté en avant-première. 

Par Christophe Zirnhelt

Saint-Just-le-Martel est, avec Castelnaudary, la capitale de la caricature, du dessin de presse et d'humour en France. Situé dans la campagne Limousine à quelques kilomètres de Limoges, ce village accueille chaque année depuis 38 ans un festival qui a gagné ses lettres de noblesse.
 


Les plus grands noms sont passés par là, de Cabu à Wolinski, de Loup à Tignous. Difficile de ne pas être ému en pénétrant dans cet espace Loup devenu Centre permanent du dessin de presse et d'humour lorsque nos regards se posent sur les portraits des dessinateurs assassinés lors de l'attentat terroriste qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.  
 
L'espace Loup de St-Just-le-Martel est devenu centre permanent du dessin de presse et d'humour
L'espace Loup de St-Just-le-Martel est devenu centre permanent du dessin de presse et d'humour
Samedi 28 septembre, le festival se réveille lentement sous une pluie fine. Des embrassades, des sourires, des retrouvailles. Il y a là les fidèles qui ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous, et puis il y a ceux, de plus en plus nombreux, qui viennent découvrir les expositions de dessins originaux de ceux qui du bout de leur crayon nous font sourire, réagir ou nous émeuvent. 
Ce samedi aurait pu être un jour banal mais l'actualité en a décidé autrement. Les organisateurs, réactifs, ont tenu eux aussi à rendre hommage à leur manière, au président Jacques Chirac, décédé deux jours avant à l'âge de 86 ans. Les portraits du couple accueillent les visiteurs et les professionnels. Au pied de celui que les Corréziens appelaient le Grand, deux pacs de bières. Le ton est donné. 
 

Chaval, danger d'explosion 

Pour la première fois un film documentaire était projeté devant un public d'amateurs de dessins, de connaisseurs et de dessinateurs. 
52 minutes : c'est la durée de ce documentaire qui retrace sans concession la vie d'un dessinateur unique à qui le monde du dessin d'humour doit beaucoup. Il fut salué par Fellini, Céline et aujourd'hui encore nombreux sont ceux qui place son oeuvre au sommet de ce qui se fait de plus pertinent. 
Cocteau disait de lui : 

Vous êtes singulier, comme d'autres sont pluriels

Lorsqu'il décide de tirer sa révérence le 22 janvier 1968 à Paris, Chaval aura accompli dans l'humour un "voyage au bout de lui-même". Il n'était pas à un paradoxe près celui dont les dessins n'ont pas vieilli. Dépressif, alcoolique, capable d'un cynisme absolu, Chaval est raconté dans ce documentaire par Daniel Prévost, Geluck ou encore Jean-Michel Ribes. Né en 1915 à Bordeaux, certains n'hésitent à dire qu'il est né le jour de sa mort. 
 

Ils sont rares ceux qui restent indifférents à l'humour irresistible de Chaval, le même qui, anarchiste, n'a pas pris le temps d'attendre la fin du mois de Mai 1968 pour quitter le monde en laissant une oeuvre immense. Madeleine Debras a eu l'idée de ce documentaire. Intarrisable sur celui qui montrait les absusrdités de la société de la pointe de ses crayons, son sourire, ce samedi matin dans ce village loin de sa région Bordelaise, en disait long. Il ne faut pas beaucoup insister pour l'entendre raconter des anecdotes, citer de mémoire des aphorismes, ou décrypter un dessin comme celui qu'elle préfère : un clown triste qui descend un chemin de montagne, une valise dans chaque main ;  derrière lui, un écriteau "Cirque de Gavarnie". Inutile de voir le dessin, la voix de Madeleine lui donne vie.
Elle raconte à qui veut bien l'entendre : 

Ma découverte de l'oeuvre de Chaval a fait voler en éclats l'image de Bordeaux, ville bougeoise et classique par le trait génial de cet humoriste

Pour qu'un documentaire existe il faut un réalisateur. La productrice Martine Vidalenc (Marmitafilms) a pensé pour cela à Marc Large, lui même auteur, réalisateur et dessinateur de presse (Sud-Ouest, Le canard enchaîné, Charlie Hebdo). Il partage avec Chaval une idée : 

Le rire est fédérateur, jouissif, libérateur, vengeur...

Les moteurs de son film ? Faire rire, intriguer et émouvoir. 
Le duo a beaucoup travaillé pour arriver au résultat final. Difficile de raconter une vie que seuls des dessins permettent de comprendre, un peu mais jamais totalement. 

Une projection en avant-première 

Organisée par France 3 Nouvelle-Aquitaine, et en partenariat avec le Festival de Saint-Just-le-Martel, la projection en avant-première du film, un samedi matin à 11h00 n'était pas promise à faire venir un public nombreux. Pourtant, très rapidement les dessinateurs ont quitté leur table à dessin pour venir s'assoir dans la salle de projection spécialement et pour la première fois dans l'histoire du festival, installée au coeur du centre permanent du dessin d'humour. D'autres sont venus, souvent de loin. Parmi eux, Maryse Wolinski et Chloé Tignous. 
Chaval intrigue. 
 

Avant le début de la projection, chacun y allait de son dessin préféré, ou de son avis sur ce dessinateur qui a aussi prêté son crayon au journal Le Progrès, à Bordeaux ; c'est la période sombre de sa vie, celle des contreverses nullement écartées dans ce film juste et sans concession. Pour Martine Vidalenc, co-productrice, les nombreux échanges qui ont eu lieu entre elle, Madeleine Debras et Marc Large ont permis de montrer toutes les facettes de Yvan Le Louarn, dit Chaval, l'inventeur du dessin d'humour sans légende. 

Pendant la projection, quelques murmures, beaucoup de rires, et ensuite des discussions engagées sur la vie de cet homme, ses dessins, son parcours. 

Chaval, danger d'explosion ! récompensé par le Grand prix de porcelaine 

Le film de Marc Large n'est pas encore diffusé sur France 3 qu'il est déjà récompensé ! Les organisateurs du Festival International de la caricature, du dessin de presse et d'humour ont reconu en ce documentaire un travail artistique et de fond qui les a amenés à remettre au réalisateur le Grand prix de porcelaine. Une première, une autre, dans l'histoire de ce festival qui fêtera ses 40 ans dans deux ans.
Le travail graphique effectué, la mise en image, la valorisation des dessins de Chaval n'y sont certainement pas pour rien. 
 

Qu'en aurait pensé Chaval ? Nul ne le sait, mais il est fort à parier qu'un dessin acerbe dont il avait le secret aurait été une forme de réponse et de remerciement bien pensé. 

Et après ? 

Pour Jean-François Karpinski, conseiller aux programmes de France 3 Nouvelle-Aquitaine, il y a beaucoup de fierté à avoir accompagné avec la région Nouvelle-Aquitaine ce film hors du commun. 
Pour Martine Vidalenc, productrice (Marmitafilms), il fallait faire ce documentaire. 
 


Le film sera diffusé sur France 3 Nouvelle-Aquitaine au début de l'année 2020, auréolé de son prix. 
Il sera aussi présenté dans d'autres lieux en avant-première. 

Chaval, danger d'explosion n'a pas fini de faire parler de lui. 



 

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