Que ceux qui pensent que l'ubérisation est réservée au public jeune des métropoles revoient leur copie ! L'ubérisation n'épargnera personne, elle se penche désormais avec intérêt sur les départements ruraux et les populations de seniors. Une conférence avait lieu ce lundi à Périgueux
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L'ubérisation serait une solution pour mettre en valeur la qualité de la production périgourdine selon Denis Jaquet, Co-fondateur de l'Observatoire de l'Ubérisation
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©France 3 Périgords
Si la CCI de Dordogne s'intéresse au phénomène, c'est que le département aurait intérêt à en savoir un peu plus sur cette nouvelle révolution économique. Pour une raison simple, c'est que ce mode de fonctionnement économique qui prend de l'ampleur partout dans le monde n'épargnera pas les départements ruraux et que, plutôt que le subir de l'extérieur, il conviendrait de se l'approprier pour en tirer un éventuel bénéfice. Mieux, ce pourrait être une chance pour les acteurs locaux de sortir leur épingle du jeu en bénéficiant de l'effet de levier des nouvelles technologies. Encore faut-il connaître le principe et le mode opératoire : suivez le guide ci-dessous.
Le terme est entré dans le langage courant il y a seulement deux ans, avec une définition assez floue au départ, mais qui s'affine à mesure que les exemples se multiplient autour de nous. Le terme d'ubérisation vient de l'entreprise Uber, la société qui a fait exploser à travers le monde le marché des taxis traditionnels en proposant aux particuliers eux-mêmes de devenir chauffeurs auto-entrepreneurs. Par extension, le terme d'ubérisation désigne la mise en place de services utilisant largement les nouvelles technologies pour mettre en contact direct des "clients" et des professionnels qui leur proposent produits ou services. Finis les bureaux, vitrines, accueils, stocks, personnels de vente, services de ressources humaines, finies les charges de gestion administrative, formalités, et en grande partie, plus besoin de licences, autorisations.
Avec une simple application sur votre smartphone, vous pouvez virtuellement devenir patron ou client dans n'importe quel secteur, et dans le monde entier. A la clé des économies de charge énormes par rapport à l'économie traditionnelle, et en contrepartie un modèle et des secteurs économiques "historiques" qui peuvent exploser. En contournant les besoins en personnel, mais aussi les contraintes réglementaires et législatives (la loi n'a pas encore eu le temps de donner un cadre à cette nouvelle pratique), l'ubérisation remet en cause l'économie telle que nous la connaissions jusqu'alors. Pour le meilleur ou pour le pire ? En tout cas le phénomène est en marche et son succès international semble d'ores et déjà le rendre incontournable...
A tout moment, n'importe où, instantanément, l'ubérisation peut proposer ses services. Affranchie des contraintes d'horaires de bureau, des distances, et des intermédiaires, l'offre uberisée est immédiate, contrairement à l'offre traditionnelle. Elle est aussi "mutualisée" puisqu'une seule personne peut répondre à une multitude de demandes, et qu'un grand nombre d'utilisateurs peuvent laisser un "avis" sur ce qu'ils ont utilisé bénéficiant aux futurs clients potentiels. Beaucoup plus légères, les nouvelles startups uberisées sont aussi beaucoup plus réactives aux nouvelles tendances et aux nouvelles demandes.
Déjà un succès commercial énorme, certaines enseignes uberisées sont en train de rafler la mise aux plus gros secteurs de l'économie traditionnelle fonctionnant sur les anciens modèles. En dehors du cas Uber lui-même dans les transports de personne, l'hôtellerie-restauration et le tourisme sont bousculés par Airbnb, Booking.com ou trip advisor, et le commerce des enseignes traditionnelles par Amazon ou Alibaba. D'autres secteurs surfent sur les nouvelles tendances comme le covoiturage de Blablacar
Aucun bastion ne semble y résister. Si pour l'instant des secteurs comme la santé semblent encore difficiles à ubériser, d'autres professions que l'on pensait imprenables jusqu'alors sont en train de tomber progressivement. C'est le cas par exemple du droit avec l'application Cma-Justice, une plateforme de mise en relation entre justiciables et avocats permettant de consulter un avocat sans avoir à se déplacer.
L'ubérisation fera forcément des victimes... et des heureux ! La tendance semble difficile à inverser, mais elle peut être accompagnée. Si l'Etat et le législateur n'interviennent pas rapidement pour cadrer le phénomène, il faut s'attendre à ce que nombre de professions soient à l'avenir obligées de passer par ces plateformes pour survivre, bon gré mal gré. On ne compte plus les sites qui vous proposent par exemple de comparer des devis en vous proposant un listing de professionnels pré-choisis. De quoi inquiéter certains petits entrepreneurs ou artisans qui vont se retrouver propulsés sur ce (trop) vaste marché sans y être préparés, mais de quoi réjouir ceux qui y voient une formidable opportunité de développement.
Enfin, grande victime annoncée du phénomène, l'emploi. Ou du moins l'emploi tel que nous le connaissons aujourd'hui. Plus souple, plus moderne, plus léger, Uber, certes, mais surtout beaucoup moins générateur d'emploi, ou générateur d'emplois souvent plus précaires voire "jetables". Les services sont ramenés à leur plus simple expression, et la main-d'oeuvre idem. Avec une tendance à la robotisation des services à l'instar de ce qui se passe en supermarchés avec la suppression des caissières et les "drive".
Les risque d'Uber-dérapage : l'Observatoire de l'Ubérisation créé en 2015 par Grégoire Leclercq et Denis Jacquet analyse régulièrement la montée en puissance de l'ubérisation et ses effets. Se posent les questions sociales notamment, comment financer ce nouveau statut d'Uberentrepreneur, doit-on y lier la proposition d'un revenu universel ? Les modèles existants étant inadaptés, quel contrat de travail proposer à ces "auto-employeurs". Quelle fiscalité leur imposer, les plateformes importantes choisissant pour la plupart de ne pas payer les impôts sur les territoires nationaux où elles font leur bénéfice, et les échanges financier pouvant facilement transiter à l'étranger pour échapper aux taxations. Faute de réponse rapide on risque de se faire imposer les règles du jeu par les grands opérateurs internationaux qui, eux, ont largement planifié leur développement.
Si vous voulez vivre de l'ubérisation, vous devez avoir :
- Un statut d'auto-entrepreneur, de travailleur indépendant, bref un minimum légal pour pouvoir exercer une activité commerciale sans pour autant être dépendant des charges de protection sociale ou de congés payés. Et, partant, sans bénéficier des avantages de cette même protection sociale.
- Une plateforme numérique de mise en relation entre client et prestataire très réactive
- Un système de paiement en ligne sécurisé, des sites spécialisés proposant ce service contre une commission
- Un moyen d'évaluation par le biais d'avis d'utilisateurs, de forum, qui marche dans les deux sens, le client évalue la prestation et le prestataire évalue son client.
- La capacité d'être patron, employé, fournisseur, prestataire, vendeur, etc. En contrepartie de la souplesse et de l'autonomie, vous devez avoir une grande disponibilité et accepter la précarité et l'insécurité du système, tant qu'un cadre légal protecteur n'aura pas été fixé.
Quelques mots-clés de l'ubérisation :
Economie collaborative : nouvelle approche de l'économie qui fait de chacun un acteur transversal de l'économie, par opposition à l'économie traditionnelle basée sur le patronnat et le salariat, le client et le vendeur, le producteur et le détaillant
Géolocalisation : possibilité de situer géographiquement un appareil, un utilisateur. La géolocalisation permet de proposer le produit adapté au secteur où se trouve le client, de restreindre l'accès à certaines applications et à certaines zones, de "tracer" l'utilisateurs pour mieux connaître ses habitudes de déplacement et de consommation.
Cookies : mini-applications qui s'installent automatiquement à l'ouverture d'un site (elle s'impose désormais sous forme de demande d'autorisation à l'ouverture des site. En cas de refus, la plupart des sites bloquent votre accès) et note la manière dont vous l'avez consulté, ce que vous avez regardé, à quelle fréquence, etc. Ces données aussi indiscrètes que précieuses (elles s'échangent et se négocient) permettent aux publicitaires et aux commerciaux de vous "cibler" au plus près, pour vous proposer ce que vous êtes le plus à même d'acheter. Ainsi, si vous consultez un site de vente de chaussures, on essaiera d'insérer des offres publicitaires de chaussures sur les autres site que vous consulterez, quels qu'ils soient.
Haut-débit : c'est l'un des outil de base de l'ubérisation, puisqu'il permet à tous, partout, en fixe (fibre à votre domicile ) ou en mobile (4G), d'avoir accès à ce nouveau marché international.
Smartphone : le téléphone mobile intelligent ou son concurrent l'Iphone, doté du haut-débit en 4 G, est en train de devenir l'interface privilégiée de l'ubérisation. Avec lui, où que vous soyez, vous pouvez consulter, comparer, choisir, payer, votre produit ou votre prestation, voire même discuter en direct avec celui qui vous les propose. A l'inverse, vous pouvez gérer votre entreprise, répondre à vos clients, assurer vos transactions...