Dordogne : La disparition du journaliste Alain Bernard

Triste nouvelle dans l'actualité du jour. Avec la disparition d'Alain Bernard disparaît une figure du journalisme local. Il aura beaucoup apporté à ce département qu'il affectionnait tant. Hommage.

Alain Bernard
Alain Bernard © @Maurice Melliet

 


Un matin de mars 2003, arrivé de nuit à Périgueux, je marchais pour la première fois sur les boulevards. Je devais alors me chercher un logement car je devais participer à l’ouverture de la rédaction de France 3 Périgords. Il était tôt, j’étais en compagnie d’un agent immobilier qui devait me trouver la perle rare. Soudain, ce dernier attire mon attention. Il me montre du doigt, un petit monsieur affublé d’un canotier. « C'est Alain Bernard me chuchote t-il ! Un grand journaliste ! ».

 


"Le journalisme au coin de la rue"

Quelques semaines plus tard, je recroise l’homme au canotier. Il me donne un bonbon. Curieux ! Il parle très vite et il a les yeux rieurs. Cravate colorée et blazer à boutons dorés, je venais de faire la connaissance du « journaliste au coin de la rue ». Le titre d’ailleurs d’un de ses nombreux ouvrages.
Pendant 38 ans, pour «Sud-Ouest »,  il a  « moissonné les marchés, les réunions enfumées, les cafés et les comices agricoles en espérant accrocher une étoile à son stylo ».
A l’écoute, saisissant le moindre détail pouvant déboucher sur une histoire à raconter. A chaque fois qu’il sortait un livre, il me l’adressait avec un gentil mot. Bien sûr, il fallait en parler, l’homme était cabotin. Mais il rendait la pareille, dès qu’il faisait un article vous mentionnant, il vous en adressait copie, voire même le journal en son entier. Il voulait vous faire plaisir et au final que vous l’aimiez.

 

"Papa Guéna"! 

Personnage hors normes, il s’affublait d’un masque et d’un tuba pour inaugurer une piscine, en décembre, l’habit du père noël était de rigueur.
Quand on le voyait en girafe, c’était que le carnaval approchait.
Dans quel monde a-t-on pu voir un journaliste ainsi affublé ?
Je me souviens, un jour, dans le bureau de Xavier Darcos, le voilà qui surgit travesti en perroquet. Le ministre éclate de rire, et lui dit en amateur d’opéra « mais c’est Papaguéno ! », «non c’est Papa Guéna » lui rétorque le journaliste volatile. Un photographe immortalise la scène et voilà Xavier Darcos en compagnie de ce drôle de perroquet épinglé dans  le « Figaro ».

 

Alain Bernard avec ses amis Jean-Claude Allard, Maurice Melliet et Jean Boussuges
Alain Bernard avec ses amis Jean-Claude Allard, Maurice Melliet et Jean Boussuges © Maurice Melliet

Un homme cultivé 

Bien sûr, il serait injuste  de résumer la carrière d’Alain à ses moments d’extravagances. L’homme était cultivé. Après de brillantes études, il embarque sur des cargos pour découvrir le vaste monde. Ses pérégrinations le mènent jusqu’au Japon, puis en Afrique où il fait de la coopération avant de trouver sa voie : le journalisme. Raconter les histoires du quotidien. Il sera journaliste localier. Pour lui, la noblesse du métier !

Dans son livre « Le journaliste au coin de la rue », il livre aussi les souvenirs cocasses de son métier. Comme ce jour de 1976, où il transporte Johnny Hallyday entre Angoulême et Marcillac-Lanville où se produisait alors Sylvie Vartan. L’idole des jeunes monte à bord de sa 403 « ornée de décalques de Walt Disney». Sur le site du concert, un membre zélé du comité des fêtes tente de stopper la voiture. « Regardez plutôt qui dort sur le siège arrière ! » glisse d’un ton badin Alain.

La transformation de nos métiers, l’informatique qu’il jugeait « dominatrice », tout cela le contrariait beaucoup. La retraite, ce n’était pas pour lui. Alors il continuait à écrire pour « le courrier français » ou collaborait encore pour "Radio libre en Périgord".

A contre-courant

Personnage attachant et toujours à contre-courant. Nous faisions partie du jury littéraire du « Grand Prix Périgord de Littérature ». Quand nous nous réunissions autour de Michel Testut et Claude Lacombe pour discuter des ouvrages en compétition, j’étais toujours certain qu’Alain allait voir un chef d’œuvre dans le livre que nous avions placé bon dernier. Et il le défendait avec vigueur ! S’énervant de nous voir sourire. Alain faisait toujours ce pas de côté, aidé par son esprit fantasque.


Je suis certain que les deux confinements l’ont ébranlé, lui qui toute sa vie a eu le désir d’aller à la rencontre de l’autre qu’il habite au bout du monde et surtout... au coin de la rue.

 
 
La rédaction de France 3 Périgords adresse ses plus sincères condoléances à son épouse Dany, à ses enfants Vanessa et Florian et à son petit-fils Andrew.

 

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