C'est un métier de niche qui se pratique dans les pâturages. Comme pour les moutons, la tonte des alpagas est nécessaire, mais spécifique. Eve en a fait son métier. Une activité au poil !

L'attente de la tonte

Contrairement à une séance chez votre Figaro habituel accompagné d'un shampooinage relaxant, la tonte d'un alpaga n'est pas toujours une partie de plaisir. Ni pour le tondeur, ni pour l'animal. Pourtant l'opération qui se réalise après les gelées et avant les chaleurs est absolument nécessaire au bien être du camélidé (une classe de  mammifères artiodactyles dotés de 74 chromosomes, de zéro à deux bosses, et pour certains, d'une fâcheuse tendance à vous cracher leur désaccord au visage).

C'est pas le Pérou !

Car ce cousin d'Amérique des dromadaires, chameaux, guanaco, vigogne et lamas possède une thermorégulation hasardeuse. En gros, la luxueuse toison 100% pur laine qui montre toute son utilité au sommet de la Cordillère des Andes se révèle un tantinet surdimensionnée pour nos belles journées estivales. Un coup de réchauffement climatique et plop, c'est le drame.

La coupe est pleine

Du coup, ce qui pour nous serait un simple rafraîchissement autour des oreille prend des allures de bain nordique pour l'alpaga. Imaginez : 2,5 kg de laine à laisser au vestiaire, ça décoiffe ! D'où l'air généralement aussi vexé que déguingandé qu'affiche Pacos Vicugna au sortir de sa confrontation avec la tondeuse. On vous dit pas pour l'alpaguette.

Bien dégagé autour des oreilles

L'empathie devant céder devant la nécessité, Eve n'a pas de scrupule. Une main sur une croupe, une tondeuse dans l'autre et un sourire radieux entre les deux, elle coupe, tond, rase, dépile et ratiboise à tout crin. 5 ans que cette Attila du poil offre aux camélidés une cure d'amaigrissement printanière à faire pâlir d'envie un baigneur aoûtien.

Alpaga à Papa

Outre une passion maximale pour les mini-mules (vous comprendrez en cliquant ici), Eve Kastner s'est découvert la fibre capilaire lorsqu'il a fallu dénuder les alpagas paternels. Pas plus de tondeur d'alpaga à l'horizon que de cheveux sur un œuf ! Prenant son courage et sa tondeuse à deux mains le jour même, c'est elle qui s'y est collée. De fil (de laine) en aiguille, la vocation lui est venue. Désormais elle baguenaude dans les pâturages du Sud Ouest au volant de sa camionnette et remplit son bas (de laine) au grè des tontes (idem). L'ouvrage ne manque pas : dans l'hexagone le nombre de coiffeurs d'alpagas se compte sur les doigts de deux mains auxquelles il manquerait trois doigts.

La dent et Ève

Quitte à couper, ça serait dommage de se restreindre. Après l'atelier coiffure, l'alpaga n'y coupe pas : c'est manucure et dentiste ! L'animal a en effet l'habitude de se laisser pousser les ongles et les dents en vrac. L'ensemble nécessite donc un rabotage régulier pour éviter un look gothique trop personnalisé, aussi inesthétique qu'inconfortable.

Révision annuelle 

Moyennant ces 20 minutes d'élagages divers, vous repartez avec un alpaga rénové pour un an. Sachant qu'en respectant cet entretien annuel, il peut vous faire 30 ans sans problème. Rustique, frugal, calme, respectueux de la végétation, intelligent, domestique sans être trop proche de l'homme, il fait désormais le bonheur de ses propriétaires un peu partout dans le monde. Née à 4 500 mètres d'altitude dans les Andes, cette relation inter-espèce dure depuis environ 7 000 ans. Qui dit mieux ?

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