Dans les années 70 un collectionneur, une peintre et un jardinier passionnés se sont unis pour donner naissance à la Petite Escalère. Un jardin de sculptures aux pièces exceptionnelles. Altérées par le temps, les précieuses œuvres vont être mises aux enchères après restauration en Dordogne

La Petite Escalère est un rêve qui a vécu. Dans les années 70, il aura été le point de convergence de trois personnalités réunies dans un même lieu, un "jardin" de 28 hectares niché entre les Landes et le Pays Basque.

Le collectionneur, l'artiste et le jardinier

Paul Haim (1921-2006), galeriste et marchand d'art réputé à Paris, né de parents grecs émigrés, est aussi esthète et collectionneur. Des années 1940 à 1970, il influe le milieu de l'art international. C'est lui qui initiera le Japon à l’impressionnisme et à l’art moderne.
Deuxième cheville ouvrière de la petite Escalère, son épouse. L'artiste peintre et photographe de mode Jeanette Leroy, disparue en juin dernier à 92 ans. À la fin des années 60, le couple tombe amoureux d'une ferme sur la côte basque.  

Le jardin fantastique de Paul et Jeannette

Année après année, le domaine s'agrandit. La collection de Paul Haim aussi. Les sculptures contemporaines investissent la propriété, elles sont mises en scène grâce au jardinier Gilbert Carty.
Dans ce domaine privé, on chemine dans une bambouseraie, au gré de sous-bois et de clairières, et l'on croise d'insolites œuvres des plus importants artistes du XXème siècle. Bourdelle, Calder, Chillida, di Suvero, Léger, Maillol, Miró, Noguchi, Plensa, Rodin, Niki de Saint-Phalle et Zao Wou-Ki sont les illustrateurs de ce rêve végétal.
La fantastique collection est réservée à quelques privilégiés. Des artistes et des amis, des étudiants, puis les membres de l’association Les Amis de La Petite Escalère qui feront vivre le lieu de 2012 jusqu'à aujourd'hui. 


Galerie idéale à la mesure de ces œuvres parfois monumentales, le jardin a ses limites. Exposées au vent, aux intempéries, aux inondations d'eau saumâtre de l'Adour, les sculptures ont souffert. Elles se sont corrodées, recouvertes de rouille, fendues. Impossible de maintenir tel trésor en l'état dans ce cadre. Plusieurs millions d'€uros s'érodaient lentement, perdant de leur valeur année après année, alors que la végétation envahissait les lieux.

L'association qui gére l'endroit baisse les bras. Elle sera dissoute à la fin de l'année, les pièces seront mises à l'abri, restaurées et vendues. Là commence la seconde vie de cette collection exceptionnelle.

 

Quand Rodin, Maillol et Miro prennent le camion pour Paris... via la Dordogne

Ces pièces seront acheminées vers les célèbres salles parisiennes de Christie's où elles seront proposées à la vente le 22 octobre prochain.  Mais la plupart ne pouvaient se présenter aux acheteurs en l'état.
Depuis juin dernier, ces 41 œuvres sont passées par les ateliers spécialisés de restauration artistique de la Socra, près de Périgueux pour y être "soignées" pendant tout l'été, dans la plus grande discrétion.
Un atelier où les trésors patrimoniaux à restaurer sont légions. Parmi les dernières célébrités venues se faire faire un lifting ici, les statues de Notre-Dame de Paris.
Début juin, le discret camion d'un transporteur arrive à la Socra. À son bord, une cargaison de plusieurs millions d'€uros...

Patience et longueur de temps 

Les petites mains des ateliers de Marsac, vont se livrer à un véritable travail de fourmi, essentiellement réalisé à la main. Il faut redonner un aspect proche de l'origine à ces pièces recouvertes de micro-organismes et d'oxydation, parfois fendues ou écaillées. Pas question d'utiliser des moyens trop aggressifs. Maîtres-mots, douceur et patience pour une restauration la plus respectueuse possible.

Les œuvres retrouvent leur lustre d'antan

Le meilleur travail de restauration est celui qui ne se voit pas.

Préparer le départ

Début octobre, les pièces se préparent à quitter leur "centre de soin" en Dordogne pour aller s'exposer à la vente chez Christie's

L'installation