Achetez local : la fleur française est en plein renouveau

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Dites-lui avec des fleurs locales. Ce dimanche 26 juin, le collectif de la fleur française organise sa deuxième grande journée pour porter la voix de la fleur coupée française. Derrière cette démarche unie, locale et écologique, l’ambition de réinvestir un marché occupé à 80% par la fleur importée, malgré son impact désastreux.

Quand nous appelons Eurydice Baillet, elle est en plein champ occupée à récolter ses fleurs. Des fleurs qu’elle a semées patiemment une à une, chouchoutées, attendues et dans lesquelles elle a placé tous ses rêves il y a de cela un an à l’occasion d’une reconversion. 

Un rêve de fleurs

Quand elle songe d’abord à ses envies de changements de vie professionnelle, l’ancienne journaliste se dit dit qu’elle aimerait bien partir dans le monde de la fleur "Ça fait longtemps que j’ai une sensibilité environnementale" nous raconte t-elle. Mais très vite sa conscience la rattrape. "Je me dis que je ne peux pas être fleuriste, c’est super pas écolo les fleurs. Je ne pouvais pas travailler avec des fleurs qui viennent du bout du monde".
C’est alors qu’elle fait un pari un peu fou après avoir découvert le collectif de la fleur française et avalé des heures de lectures. Monter en autodidacte une ferme florale afin de produire de la fleur coupée pour les fleuristes et les consommateurs en direct.

Le jour où une corolle s’ouvre, le 10 février se souvient elle, son cœur bat la chamade. c’est vrai que c’était une grande émotion quand j’ai vu ma première fleur fleurir, une anémone, la fleur d’hiver par excellence » avant de poursuivre.

La terre te ramène quand même à un sentiment d’humilité. Tu mets en terre à l’automne et tu ne sais pas trop ce qui va sortir des mois plus tard.

Eurydice Baillet - horticultrice

Source : France 3 Web

Aujourd’hui, elle vit avec plaisir son premier printemps et prépare ses bouquets de pieds d’alouette, d’achillées, de gypsophile, de Lys, de glaïeuls, d’immortelles, de dahlias et échinops, et bientôt suivront les scabieuses, zinnias, tournesols, et phlox entre autres.
Au milieu des noms de fleurs plus habituelles, on retrouve des noms poétiques et un peu désuets. Autrefois prononcés régulièrement, ils sont désormais souvent oubliés mais le collectif souhaite bien valoriser et réhabiliter. 

Une fleur écolo 

Des noms qu’Hélène Taquet, co-fondratrice du collectif de la fleur française, souhaite entendre dans la bouche des consommateurs. "Plus les consommateurs demanderont de la fleur française, plus les fleuristes en demanderont à leur grossiste et plus les fermes florales auront les moyens de se développer".
Un leitmotiv qui fait suite à un constat terrible de cette productrice de fleurs dans le nord de la France. 

Je me suis rendu compte de l’hécatombe dans le secteur de la fleur française. Il y a 40 ans, il y avait 8000 producteurs de fleurs coupées en France, aujourd’hui on doit être 500.

Hélène Taquet, fondatrice du Collectif de la fleur française

Source : France 3 Aquitaine Web

Et face à cette pénurie, une offre existante délétère à tout point de vue pour l’environnement. 

En France, la rose représente la moitié du marché des fleurs coupées à elle seule. Celles-ci viennent quasiment toutes d’Equateur, du Kenya, de Colombie ou encore d’Ethiopie, où elles sont cultivées sur des milliers d’hectares. 

Au delà du coût environnemental du transport de ces fleurs, se pose aussi la question de l’usage de produits phytosanitaires toxiques sur place et lors du transfert. "Quand un bouquet de rose est plongé dans un bain de fongicide pour faire le trajet, nos fleurs locales sont tout juste coupées et tout juste vendues, ça n’a rien à voir."

Des fleurs qui ne sont pas emballées sous des amas de cartons et de plastiques pour les protéger durant le transport, précise t-elle et des fleurs qui poussent dans "des champs qui sont des abris de la faune et de la biodiversité".

Le retour à la nature 

Chez ce fleuriste situé en plein cœur du très chic quartier des Chartrons à Bordeaux, une ambiance champêtre emmenée par Audrey.

« On aime l’utilisation des fleurs à l’unité, mais aussi des fleurettes et des fleurs des champs. Le bouquet rond c’est pas trop l’esprit de la boutique. » 

Ici, la fleur française s’affiche dès l’entrée, le macaron du "collectif de la fleur française" apposé à la vitre donne le ton. 

Sur cet ensemble de fleurs coupées à la vente, seules trois variétés sont importées: le chardon, l’œillet et le santini. "Çà nous arrive de prendre des fleurs de Hollande ou d’Allemagne quand on a une demande un peu ciblée, mais quand on le fait, c’est forcément des fleurs de saison".

Il y aura toujours des aficionados de la rose rouge et ils vont voir ailleurs. C’est à nous de les informer que les roses rouges c’est que l’été et pas toute l’année. 

Audrey, vendeuse chez Fleur de Mars

Audrey précise : "On n'a pas de roses à la Saint-Valentin, mais on a des renoncules, de belles anémones, de la tulipe, des fleurs de bulbes. Toutes les jolies fleurs d’hiver". 

Passer le message

A l’heure actuelle, une ferme florale se monte en France tous les cinq jours. Ce regain de dynamisme dans le monde de la fleur coupée donne des ailes à plus d’une ambition.
A côté de la ferme florale d’Eurydice en Dordogne, bientôt viendra s’installer une nouvelle, qui la seconde pour l’instant tout en terminant sa formation agricole.
Et à quelques encablures, Marceline Smetek, fleuriste et propriétaire de la boutique "Les fleurs de mars" à Bordeaux, a passé le cap en créant "les champs tigrés". Bientôt, elle fera sortir de terre toutes les fleurs de la boutique. En attendant Eurydice et Marceline, volontaires, s’entraident et échangent leurs tuyaux pour pouvoir être des actrices fiables de cette filière en pleine renaissance. 

Eurydice qui a d’ores et déjà converti deux fleuristes à Périgueux, Bergamote, et à Vergt, Vertige, aux fleurs locales, est tous les mercredis matin au marché de Périgueux pour vendre ses fleurs en direct et profiter du plaisir d’imaginer ses jolis bouquets chez les autres.

Une dame me prend chaque semaine quelques tiges et je suis contente de faire entrer mes fleurs chez elle.

Eurydice Baillet - horticultrice et fleuriste en Dordogne

Source : France 3 Aquitaine WEB

Formée à la confection des bouquets par des adhérentes du collectif de la fleur française, elle en mettra cinq en jeu ce dimanche 26 juin, à l’occasion de cette journée nationale. Ceux- ci seront cachés dans Périgueux. Pour les trouver, suivez les indices laissés sur ses réseaux sociaux.

D'autres évènements auront lieu tous les week-ends, comme l'ouverture de fermes florales au public. Tous les renseignements sont à retrouver sur le site du collectif de la fleur française