Municipales à Lège-Cap-Ferret : qui va succéder à Michel Sammarcelli ?

Vue aérienne du Cap Ferret / © Nicolas Tuscat - AFP
Vue aérienne du Cap Ferret / © Nicolas Tuscat - AFP

Figure emblématique de la droite locale, Michel Sammarcelli, victime d'un AVC en janvier 2018, ne se représente pas. Il était maire depuis 1995. Erosion, logement et mobilité, son successeur va hériter d'une situation préoccupante sur la presqu'île...

Par America Lopez

La commune de Lège-Cap-Ferret, 8584 habitants au dernier recensement de l'Insee, aura un nouveau maire au soir du 22 mars prochain. Et sa tâche s'annonce difficile car la situation est très préoccupante sur la presqu'île, entre une érosion féroce et inéluctable, et une crise du logement pour les habitants, en particulier les jeunes et les saisonniers, sans oublier les immenses bouchons qui paralysent le territoire notamment en été...
 

La course à la succession Sammarcelli 

Pour l'heure, trois candidats se sont officiellement déclarés.

Philippe de Gonneville est officiellement candidat depuis le 13 janvier dernier, avec une liste "100 % Presqu'île", sans étiquette. "Je suis le seul candidat avec une solide expérience de la vie publique", explique-t-il. Ce chirurgien dentiste de 61 ans est premier adjoint de Lège-Cap-Ferret depuis 2014, et dans une lettre de soutien Michel Sammarcelli lui "apporte toute sa confiance". Philippe de Gonneville connaît la vie publique locale depuis de nombreuses années : il a été président de l'office de tourisme de 2008 à 2014 et avant cela, il a été adjoint de l'ancien maire Robert Cazalet (4 mandats de 1971 à 1995). "Je m'inscris dans la continuité de Michel Sammarcelli et j'ai été très honoré qu'il me demande de lui succéder. Mais l'époque change et il faut faire évoluer le mode de gouvernance. Par exemple, je souhaite mettre en place un groupe de réflexion qui m'accompagnera sur les grands sujets comme la mobilité, le social et l'environnement."

 
Philippe de Gonneville est candidat à Lège-Cap-Ferret. / © DR
Philippe de Gonneville est candidat à Lège-Cap-Ferret. / © DR


Véronique Debove est la tête de liste de LREM, 58 ans, retraitée, mariée et mère de trois enfants, a eu une carrière de professeure agrégée d'éducation physique et sportive, et a enseigné à l'institut national du sport à Paris."Je n'ai aucune expérience en politique, mais j'ai coordonné les comités de la LREM sur le bassin d'Arcachon pendant deux ans et demi. Et je suis fière d'être l'une des rares candidates investies par le parti dans une commune de moins de 9 000 habitants. C'est une preuve de confiance", commente la candidate. Pour elle, l'urgence c'est de changer les modes de déplacements pour "une presqu'île plus verte", pour un environnement préservé.

 
Véronique Debove, candidate LREM, à Lège-Cap-Ferret. / © DR
Véronique Debove, candidate LREM, à Lège-Cap-Ferret. / © DR


Anny Bey, 54 ans, DVD, est conseillère municipale à Arcachon, dans l'opposition depuis 2014. Mais, c'est en face, de l'autre côté du bassin qu'elle a souhaité être candidate à la mairie de Lège-Cap-Ferret. "J'ai eu un coup de foudre pour la presqu'île quand j'ai été candidate aux cantonales en 2011 aux côtés de Michel Sammarcelli. Je veux faire en sorte que la presqu'île garde son authenticité, pas comme Arcachon qui est devenue une ville froide et qui a perdu son identité", explique Anny Bey. Pour elle, c'est un nouveau départ. "Je serai un maire à 100 % du temps, je connais bien les territoires et j'ai été la première candidate à presenter mes idées notamment pour améliorer les transports en proposant des mini bus électriques avec stop à la demande ou des logement pour les saisonniers, et une maison des jeunes."   
 
Anny Bey, DVD, candidate à Lège-Cap-Ferret. / © DR
Anny Bey, DVD, candidate à Lège-Cap-Ferret. / © DR
 

Les grands dossiers de la Presqu'île qui attendent le futur maire


Pour Véronique Debove, la priorité, c'est le logement à prix modéré pour les habitants notamment les jeunes, les ostréiculteurs et les professionnels de la mer qui ne peuvent plus se loger sur la presqu'île. "Les loyers modérés ne représentent que 7, 3 % sur la commune contre 16 % en France. Du coup, c'est la fuite des familles et des employés". La candidate LREM propose de densifier, et de préempter des terrains. L'autre grande priorité, c'est la mobilité. "En été, c'est 4 heures d'embouteillages le matin et 4 heures en fin de journée. Il y a urgence", selon Véronique Debove. Elle propose la création des parkings écologiques payants en amont du Cap-Ferret et des navettes électriques fréquentes avec arrêt à la demande pour accéder au centre-ville et à l'océan, ce qui permettra de fludifier la circulation et de réguler l'accés des touristes. "La circulation se fera par voiturettes électriques, vélos et vélos électriques. Il faut initier un tourisme vert et changer les comportements". Anny Bey souhaite aussi des transports électriques pour les habitants et en revendique d'ailleurs l'idée.

Philippe de Gonneville partage cette préoccupation de trouver des solutions pour améliorer la mobilité et la rendre moins polluante. "Mais c'est une compétence de la Coban et donc pour trouver des solutions avec des navettes électriques, il faudra convaincre les maires des 7 autres communes", explique-t-il. Pour lui, il faudra aussi trouver des solutions pour les moteurs des bateaux nombreux en été sur le bassin.

Pour le candidat sans étiquette, l'urgence c'est aussi le logement "pour permettre aux enfants du pays de rester ici, il faudra construire au moins une centaine de logements sociaux avec choix de l'attribution. L'emploi est aussi préoccupant pour les jeunes."

La défense du trait de côte et la protection du Cap-Ferret sera un autre grand sujet de ces municipales. Pour le moment, personne n'a de solution...

 

« Je tiendrai la barre jusqu’au dernier jour de mon mandat. » 


Le maire de Lège Cap-Ferret Michel Sammarcelli a été victime d'un AVC en janvier 2018. Quelques mois après, en novembre, il avait annoncé dans le magazine municipal, qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections municipales de 2020. Empêché pour raisons de santé, Michel Sammarcelli a été contraint de se mettre en retrait de la vie politique notamment à cause de son aphasie, mais il reste maire jusqu'au bout de son mandat, "il passe tous les deux jours en mairie et il veut être au courant de tous les dossiers malgré ses difficultés d'élocution", raconte une de ses proches collaboratrices. 
 
Michel Sammarcelli, DVD, a été maire de Lège-Cap-Ferret de 1995 à 2020. / © Laurent Wangermez
Michel Sammarcelli, DVD, a été maire de Lège-Cap-Ferret de 1995 à 2020. / © Laurent Wangermez

Michel Sammarcelli va se retirer après 25 ans à la tête de la prestigieuse commune de la presqu’île mais ses dernières années de gouvernance auront été tendues. En avril 2018, l'ancien préfet Didier Lallement s'était en effet opposé à l’ouverture à l’urbanisation de 10 secteurs de Lège-Cap-Ferret (pour un total de 42 hectares) "en raison d’une insuffisance de prise en compte des risques naturels, d’une trop grande consommation d’espace au regard des besoins de développement de la commune, et d’un manque de justification de la compatibilité de certains choix d’ouverture à l’urbanisation avec les enjeux de préservation ou de restauration des continuités écologiques". Puis, le préfet avait décidé de suspendre le PLU ( plan local d'urbanisme) adopté par le conseil municipal.

Par ailleurs, une vingtaine d’agents municipaux ont été convoqués par la chambre régionale des comptes fin septembre 2018, au sujet du fonctionnement des caisses de plusieurs régies municipales (les corps-morts, le camping municipal des Pastourelles et enfin les marchés et droits de place). Une enquête a été lancée sur la légalité de la nomination de ces agents publics et l'utilisation de l’argent public.

Michel Sammarcelli avait assurer dans le magazine municipal que "personne n’a pris un seul centime dans la caisse de la commune". Et de conclure : "des coups, j’en recevrai d’autres et je ne m’en plains pas, mais je tiendrai la barre jusqu’au dernier jour de mon mandat".

Deux des candidats se disent dans la continuité de son action. Michel Sammarcelli a récemment signé une lettre de soutien à Philippe de Gonneville. Un soutien qu'Anny Bey refute, selon elle "Michel Sammarcelli n'a jamais désigné clairement son premier adjoint comme son successeur quand il était encore en bonne santé"...

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