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Un terroir, une culture, un savoir-faire, un patrimoine... Ce bien commun, c'est avant tout une histoire de femmes et d'hommes. Cette série de portraits nous plonge dans le quotidien et dans la mémoire de ces personnages des Landes de Gascogne et du bassin d'Arcachon qui ont vécu un autre temps, une époque souvent révolue ou oubliée. Ils partagent avec nous leur mémoire. 

Michèle Clément, la vieille dame et la mer

© FTV - Saison Cinq
© FTV - Saison Cinq


« Je suis née à La Teste, je vis à La Teste, et je mourrai à La Teste. »

Qui penserait en voyant cette petite septuagénaire à l'allure discrète que Michèle Clément a marqué son temps ?
Tout comme sa grand-mère la légendaire « Madeleine-Culotte », Michèle a su prouver à sa famille d'abord, aux hommes du port ensuite, qu'elle était faite pour la pêche et non pas pour la couture comme on l'y prédestinait.
 
bonus 1 Michèle Clément
 

A 2 ans, elle accompagne déjà son père sur les parcs ostréicoles, à bord de la « Peau de vache ». Cette pinassotte marquera la fin d'un double métier (classique pour l'époque) pour son père :  agriculteur et ostréiculteur. Elle rendra aussi hommage à sa dernière vache, vendue pour l'occasion.
Passionnée par la mer, elle passe son adolescence entres les parcs à huîtres de l'exploitation familiale et la pêche à pied. Son dada : la pêche aux couteaux !

A 12 ans à peine, elle commence à se faire de l'argent de poche en vendant ses récoltes par le biais d'un oncle. A 16 ans, après avoir passé son BEP de couture par obligation, elle réclame une paire de bottes et une benaise à son père pour aller travailler aux parcs.

L'ostréiculture est à  l'époque un métier difficile : les huîtres sont travaillées à même le sol, les poches n'existent pas encore, les collecteurs sont en tuiles, lourds à porter, des patins en bois qui pèsent et blessent les pieds sont utilisés pour ne pas s'enfoncer dans la vase. Les journées sont longues et fatigantes, et pourtant rien ne décourage Michèle.

Si c'était dur ? J'adorais ça ! Quand on a la santé et l'amour du métier, c'est du plaisir ! 

© archive Michèle Clément
© archive Michèle Clément


L'amour du métier oui, mais... l'amour de Marcel aussi.
De douze ans son aîné, le beau Marcel revient de son service dans la marine pour aider sa mère et sa grand-mère sur le port de La Teste. Son père et son grand-père, charpentiers de marine, ne sont déjà plus de ce monde, il est donc chargé de prendre soin des deux femmes et de l'exploitation.
Hasard ou destin ?  La cabane ostréicole de Marcel se trouve... juste en face de celle des parents de Michèle. En le voyant, elle tombe à l'eau avec ses mannes, et le charme opère.
En 62 ils se marient, ils rachètent l'ancien atelier de construction maritime du grand-père de Marcel, transformée en maison, et reprennent l'exploitation familiale. Dans les années 70, Michèle est l'une des premières femmes à être inscrite maritime.

© archive Michèle Clément
© archive Michèle Clément


Aujourd'hui, en longeant le port de LaTeste, les souvenirs de Michèle rejaillissent devant notre caméra :
La digue Ouest dédiés aux exploitants, la digue Est aux expéditeurs. La 1ère pinasse de son père appelée « Nicou-Michou » en l'honneur de ses filles. Les balades en mer avec les amis, la famille, et parfois même ceux qu'elle appelle « les estivants ». Sa grand-mère maternelle, aimée et respectée de tous, qui allait de cabane en cabane proposer la chaux à mettre sur les collecteurs en tuile. Cette grand-mère qui faisant « tout comme un homme », qui buvait au bistrot, fumait, et jouait au tiercé. Et cette autre grand-mère, blanchisseuse de métier, qui lavait les draps à la rivière puis l'emmenait en charrette jusqu'à Arcachon ramener le linge aux clients. Le goût de ses piques-niques sur le chemin, préparés avec amour. Mais aussi les fêtes de la gare où l'on élisait les « Reines » qui déambulaient fièrement sur le chariot de son père tiré par deux chevaux. Les 2000 couteaux pêchés en 3 jours seulement, avec son outil fait maison : le dildey. Et cette fameuse journée où, avec Marcel, ils ont pêché des anguilles de plus d'un kilo à n'en plus finir et où ils ont régalé tous les copains du port !

© FTV - Saison Cinq
© FTV - Saison Cinq


Sans enfants à qui transmettre ces souvenirs, ce savoir, cet amour, elle nous partage... une vie, entière.

Si c'était à refaire ? Je ne changerai rien. Je n'ai aucun regret. 

MICHÈLE CLÉMENT
FILM : LA VIEILLE DAME ET LA MER
(La teste-de-Buch) Portrait réalisé par Camille Teixeira

Portrait du bassin : Michèle Clément, la vieille dame et la mer
 

►Voir la collection des Portraits du Bassin, passeurs de mémoire
 



 
© Franck Perrogon
© Franck Perrogon

Jean Pierre Bernés, "El Memorioso", celui qui n'oubliait jamais

Jean Pierre Bernés, sans trait d’union comme il aime le rappeler, est un personnage hors du commun grand passionné de littérature et pianiste de talent. C’est tout jeune à l’âge de 4 ans, qu’il savait déjà lire et écrire, poussé par les injonctions  de sa grand-mère « tu feras du piano » qu’il jouera de l’orgue lors des mariages et enterrement de première classe pour la paroisse d’Audenge.
© FTV / SAISONCINQ
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Audenge, un village au passé très riche avec la fameuse fête locale de la Sainte-Yves très populaire où tout le village se retrouvait. Grand connaisseur de l’histoire d’ici, il rééditera les premiers écrits sur le bassin  « le chasseur d’Alouette » et nous raconte la légende des 8 sorcières d’Audenge.
© FTV / SAISONCINQ
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Le tango, « tico-tico », « voulez-vous danser grand-mère », « Nocturne » enchantent sa maison et font résonner l’ambiance d’une époque.
Sa splendide demeure, habillée de meubles d’une antiquité précieuse et d’objets d’arts de style où se fréquentent pianos anciens et statues semble immobiliser notre fameux personnage dans le temps et pour l’éternité « je viens d’un autre monde » aime-t-il énoncer.
Son envergure littéraire se laisse admirer et c’est dans un bureau empreint de souvenirs où se côtoient de grands personnages tel que Borgès dont il est le légataire universel et qu’il a traduit pour la pléiade qu’il nous conte des anecdotes tendres et intimes.
© FTV / SAISONCINQ
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Portraits du bassin : JEAN PIERRE BERNÉS, « EL MEMORIOSO », le bonus

L’on apprend sa grande admiration pour l’écrivain et les 7 années qu’il aura consacrées exclusivement à ses œuvres, habité par les références littéraires, les souvenirs d’échanges intellectuels avec l’envie de transmettre cette mémoire en rédigeant actuellement sa propre biographie.
« Personne n’est quelqu’un, un seul homme immortel est tous les hommes ». Dans ce labyrinthe de la mémoire, et à travers ces personnages et leur sensibilité, nous abordons et savourons le partage du temps pour ne pas qu’il ne s’efface et avec la conviction que la mémoire vivra toujours.  
© FTV / SAISONCINQ
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JEAN PIERRE BERNÉS
Film : JEAN PIERRE BERNÉS, « EL MEMORIOSO », CELUI QUI N’OUBLIAIT JAMAIS.
(Audenge) Portrait réalisé par Pierre Bouchilloux

Jean Pierre Bernés, portraits du bassin